10/10/2011

Mariette : les dessous du sublime

Dans le rôle de Mariette, la vieille servante de « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen, Anne Danais ponctue ses paroles par une petite grimace répétée, les lèvres relevées et serrées, comme pour dire « C’est comme ça et pas autrement ! » Les faux-semblants de la bienséance ne sont pas pour elle.
Pour « Les soliloques de Mariette », la comédienne a rassemblé les monologues de la servante, qui lui permettent de raconter, les yeux dans les yeux des spectateurs, les dessous des intrigues sublimes du livre. Elle fait rire autant qu’Anne Roumanoff, quatre jours avant et deux étages au-dessus, mais sur un autre registre, avec un texte radieux. Entre les variétés et le théâtre la ligne de démarcation est ici littéraire.
Aussi attentive à tout ce qui passe dans sa grande maison bourgeoise et dans le monde qu’au « brillage » de l’argenterie, Mariette n’est pas dupe. Elle porte l’humilité d’une domestique comme elle porte son tablier : parce qu’il le faut pour son travail.
Anne Danais applaudie après son spectacle.
Anne Danais, peu connue jusqu’à son triomphe avec ce spectacle à Avignon en 2009, en avait eu l’idée il y a un quart de siècle ; mais elle à dû attendre la cinquantaine pour pouvoir décemment jouer la vieille bonne. Anne Quesemand l’a mise en scène. Elles rendent ces épais blocs de texte limpides comme des comptines.
Le discours de Mariette fait rêver aux autres grandes servantes littéraires. Si sa Nourrice avait pu parler ainsi de Juliette et son Romeo ; si la Françoise de Proust avait pu dire ses quatre vérités sur le petit Marcel ; si la bonne des quatre filles March avait admis ce qu’elle pensait réellement d’elles…
L’Union

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