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25/09/2013

Les élèves jouent en classe

Dominique Natanson signe son livre à la libraire Interlignes.
                                          Photo Dominique Natanson
Un de ses élèves est venu voir Dominique Natanson après avoir participé au jeu « Cuba 62 » en classe. « Je redouble ; l’année dernière j’ai suivi le cours sans rien comprendre ; maintenant, je comprends la Guerre froide ! »
    Un tel jeu est loin d’être un simple temps de détente. Comme les autres jeux pédagogiques qu’analysent et proposent Marc Berthou et Dominique Natanson dans « Jouer en classe en collège et en lycée », il aborde le sujet de front et en profondeur. Comment la guerre nucléaire a-t-il été évitée lors de la crise cubaine ?
    Il s’agit d’impliquer la classe dans tout le processus de réflexion, de choix, de décision et de suivi qu’implique tel sujet d’histoire, de mathématiques ou autre. Le jeu utilise la simulation, le jeu de rôle, le travail en équipe.
    C’est « sérieux », mais c’est un jeu. Ainsi, au lieu d’assister avec – ou sans – docilité à un cours magistral, les élèves, en jouant, deviennent par définition acteurs de ce qu’ils apprennent.
« Jouer en classe en collège et en lycée », editions Fabert, Paris.
L'Union

20/01/2013

Une porte vers la contemplation

Christiane Sugny (à droite) et Joëlle
Moutarde pendant la lecture des poèmes.
En ouverture de son exposition de « collages-poèmes » au théâtre Saint-Médard, Christiane Sugny a demandé à la potière Joëlle Moutarde de lire avec elle quelques-uns de ses poèmes. Ils sont brefs, des moments de perception forte. Ont-ils les dix-sept syllabes qui feraient d’eux de classiques « haïku » japonais ? De toute façon l’impact est le même : le poète enchaîne quelques mots autour d’une image, sans développement. L’auditeur reçoit cet instantané, qui résonnera en lui selon sa propre sensibilité.
    Ses collages, à l’intérieur desquels se nichent ses poèmes, tournent autant qu’eux le dos aux structures complexes. Chaque fragment d’image récupéré porte son sens, a son impact.
    Pourquoi écrit-elle ? Dans un monde continuellement pressé de faire quelque chose, d’aller quelque part, elle exprime le besoin vital de trouver une porte, celle qui mène à la contemplation, qui « donne une vraie respiration ».
L'Union

15/01/2013

Bibliothèque municipale : une nouvelle frontière

Myriam Grave s’occupe de l’étalage de livres en anglais.
Le propre d’une bibliothèque publique est d’ignorer les frontières, d’être touche-à-tout. Aucune matière n’est exclue. Le choix dans les différents genres, documentaires, fiction, manuels, textes et images dépend, non pas de critères culturels, mais de ce que sera lu. Tout y a sa place, sauf les documents trop spécialisés ou triviaux.
    La seule frontière restée intacte à la Bibliothèque municipale jusqu’à cette année était celle de la langue. Tout était en français ; les livres étrangers y étaient en traduction, ou n’y étaient pas.
    Cette frontière-là est franchie. Il y a désormais des livres en anglais, et d’autres langues suivront. La seule limite est budgétaire. Didier Tomes et Myriam Grave ont sélectionné trente-trois volumes selon la même politique de choix : des livres qui répondent à la demande.
    Il y a des classiques, tels « The old man and the sea » de Hemingway et « Alice in Wonderland » ; mais aussi, d’une chaude actualité, « Fifty shades of grey », et des œuvres de Roald Dahl et P.D. James ; même de la « chicklit » écrite par de jeunes femmes modernes pour de jeunes femmes modernes.
    La réaction des lecteurs ? Retentissante : les deux tiers du fonds anglais, exposé près de l’entrée, ont déjà été empruntés.
L'Union


13/12/2012

Le Soissonnais après 1918 : une lente famine

L’idée prévaut que la victoire obtenue en 1918 a mis fin aux souffrances des populations civiles. Dans l’Aisne, les gens ont pu rentrer, et la reconstruction pouvait commencer. Vivre chez soi et en paix, que vouloir de plus ?
Mary Breckinridge, dans son uniforme
d’infirmière, pèse un bébé.
    Cependant, tout manquait : nourriture, soins médicaux, et logements. Mary Breckinridge, une des Américaines venues travailler avec Anne Morgan dans le Soissonnais, parlait même d’une « lente famine ».
    D’où vient cette méconnaissance de la situation ? L’histoire militaire est abondamment documentée, mais il existe peu d’informations sur la vie civile d’après-guerre. Le livre de Karen Polinger Foster et Monique Judas-Urschel « Au secours des enfants du Soissonnais », aide à combler cette lacune.
En faisant des recherches pour un précédent livre sur Tartiers, Karen Foster, universitaire américaine qui a une maison dans le village, a trouvé une référence à des lettres écrites par Mary Breckinridge dans les années 1919-21. Elle suit leur trace jusqu’à l’université de Kentucky, et tombe sur cinquante-sept lettres, racontant le travail des volontaires américaines qui s’occupaient de la santé des enfants et d’aide sociale autour de Soissons.
    Leur contenu intéressant surtout les lecteurs français, Karen Foster a demandé à Monique Judas de les traduire. La collaboration a même été telle qu’elles signent toutes deux le livre.
    Le livre contribue à l’histoire sociale de l’époque. Mais en plus, Mary a une bonne plume, et ses lettres foisonnent d’observations, de remarques émouvantes, drôles ou, parfois, acérées. Elle aime les gens qu’elle aide. Loin d’être des objets de pitié à secourir, les Soissonnais éveillent en Mary une admiration sans limite. « Ils sont merveilleux, ces paysans de l’Aisne ! »
L'Union

05/09/2012

Un témoignage sur le Soissonnais de l’après-guerre 14-18

Karen Foster (à g.) et Monique Judas.
Karen Foster ne sera pas en France lorsque le livre qu’elle a réalisé avec Monique Judas sortira. Elle aura repris son poste de professeur d’art et d’archéologie à l’Université de Yale. Les coauteurs ont présenté le projet avant son départ.
    C’est en faisant des recherches en ligne pour son livre de 2005 sur le village de Tartiers, où elle a une maison, que Karen Polinger Foster a trouvé des références à la vie des Soissonnais après la guerre de 14-18. Il s’agit d’extraits de lettres annexés à l’autobiographie de Mary Breckinridge, une Américaine arrivée en France en 1919 comme infirmière volontaire. Il existe peu d’informations sur la vie des civils pendant cette période, et Karen Foster s’est mise à la recherche des documents concernés. « J’ai contacté l’université du Kentucky, qui tenait les archives de la famille Breckinridge. Il n’y avait pas de problème, et j’ai reçu les documents dans un carton. »
    Il y a cinquante-sept lettres, dans lesquelles Mary raconte à sa famille, dans le détail et avec élégance et humour, ses expériences avec le Comité Américain pour les Régions Dévastées (CARD). L’ensemble constitue un témoignage exceptionnel sur les problèmes de santé publique et d’aide à l’enfance. Elles donnent aussi des informations précieuses sur les événements, la société française et l’action humanitaire dans le Soissonnais de l’après-guerre.
    Pour les rendre accessibles aux lecteurs français, Karen Foster devait prévoir leur traduction. Monique Judas-Urschel, professeur d’anglais dans une autre vie, s’est mise au travail.
    Elles se sont vite rendu compte de la délicatesse de la tâche. Pour traduire, il ne suffit pas de trouver l’équivalent français des mots: il faut détecter la « voix » de l’auteur, et la faire parler dans l’autre langue. Leurs échanges ont été si denses que, de simple traductrice, Monique Judas est devenue coauteur.
    Leur livre « Au secours des enfants du soissonnais » sera publié le 13 septembre, et Karen Foster reviendra à Soissons pour une conférence le 15 décembre.
L'Union

08/02/2011

Le nouveau rythme d’un blog


Depuis trois ans le blog « Marque-pages Soissons » s’efforce de créer et de nourrir un courant d’écriture contemporaine inspirée par les gens, l’histoire, les paysages et l’architecture d’ici. Chaque mois, une photo choisie par le Comité de rédaction servait de point de départ à des textes qui pouvaient encercler la terre, décoller vers l’espace, plonger dans les profondeurs. L’inspiration était locale, l’imagination universelle.
Depuis un an, le blog accompagne aussi les expositions à la Bibliothèque municipale, chacune déclenchant une réflexion, une fiction, une réminiscence.
L’intention a été de susciter une aventure littéraire collective. Ecrire, lire ou commenter : toute forme de participation y contribue.
A présent, le rythme s’assouplit. Chacun réagira à ce qu’il a vu, entendu, vécu, sans attendre un déclencheur mensuel. D’autres y réagiront selon leur sensibilité.
L’Union

29/07/2010

Un livre d’histoires vécues


Le phénomène est fréquent. De lointains parents, de vieux amis, des camarades de classe s’enthousiasment à se retrouver par Internet, trouvent vite que la vie les a trop séparés, et laissent tomber.
Alors comment expliquer que les anciens de l’école du Tour de Ville, répondant à un appel lancé sur le site « Les copains d’abord », restent soudés ? Depuis 2008 ils continuent à se rencontrer, certains venant de loin. Ils ont sorti un livre de souvenirs, dont ils ont récemment tiré une série de saynètes, « La vie d’une cité d’hier ».
Il faut penser que ces enfances vécues ensemble dans la cité d’urgence du Bois des Sapins ont forgé des liens que les événements de la vie n’ont pas entamés. La pauvreté dans des baraquements sans eau ni électricité, au lieu d’alimenter le malheur, a créé une solidarité, une capacité à être heureux malgré tout, et une reconnaissance envers ceux parmi lesquels ils ont grandi.
Francis Diot, qui s’était investi pleinement dans le premier volume collectif (voir Francis Diot : la vie d'une cite), a décidé de poursuivre l’aventure littéraire en sortant seul une suite, « Eh ! raconte… ». Il s’agit des témoignages plus fouillés de la génération précédente, celle qui a vécu les premiers temps de la cité, dont la vie a été bouleversée par l’exode de 1940 et la guerre, et qui ont néanmoins communiqué à leurs enfants un optimisme à toute épreuve.
L’auteur commence par raconter, avec beaucoup de tendresse, l’histoire de ses propres parents, et notamment leur amour de la musique dont il a hérité.
Il a enregistré puis transcrit les témoignages. Cela a permis aux personnes de revenir sur un passé qu’ils avaient souvent tu jusque là. En fait, les qualités littéraires de ce livre comptent moins que sa fonction essentielle : en consignant ces histoires par écrit, les empêcher d’être englouties dans le grand silence qui suit ce qui n’est que dit.
L’Union

25/06/2010

Raconter d’autres vies


L’auteur Jean-Pierre Cannet avait animé en mars des ateliers d’écriture au collège Gérard-Philippe, dans les centres sociaux et au Mail. Son intervention faisait partie de « Ca va la famille ? », le projet de la compagnie de l’Arcade, qui devait impliquer le plus grand nombre d’habitants du Soissonnais.
Il est revenu à Soissons pour entendre les comédiens lire des textes sortis de ses ateliers, devant leurs auteurs et quelques amis.
Deux sujets sont abordés : le père, la mère. Il s’agit de mettre en mots ces puissants symboles. Les pères et mères merveilleux ou abusifs, l’accouchement, l’inceste, le poids du passé : toutes ces histoires prennent vie dans la voix des acteurs.
Pour Jean-Pierre Cannet, d’ailleurs, les auteurs et les comédiens ont en commun le fait de « raconter d’autres vies ». La fiction, en écartant les uns et les autres de leur propre image autobiographique, les mène au fond de l’être. « A travers elle nous touchons au plus intime de la condition humaine. »
L’Union




Les comédiens de l’Arcade
applaudissent les auteurs
des textes qu’ils viennent de lire.

12/05/2010

Un "étonnant fantasme"


« Titus-Carmel, la bibliothèque d'Urcée »
Plus que toute autre forme de la culture humaine, une bibliothèque conjugue secret et disponibilité. Les livres sur leurs étagères ne révèlent rien - ils vous tournent même le dos - mais il suffit d'en prendre un, l'ouvrir, et tout est là.
Le musée de Soissons publie un beau livre pour marquer l'exposition Titus-Carmel. Plus qu'un catalogue, il reproduit la totalité des cent œuvres de la « Bibliothèque d'Urcée », accompagnées d'un texte de Marc Blanchet. « La peinture a envahi la bibliothèque » écrit-il. Dans un style dense mais avec les cadences de la langue parlée, il examine cet « étonnant fantasme », en dégage la profondeur, ses relations à la violence, la mort.
Regarder des reproductions d'œuvres, c'est un peu se satisfaire de la photo d'une tarte au sucre au lieu de la croquer pour de vrai. Mais cela peut aviver la mémoire, permettre une étude détaillée. En plus, dans ce livre l'auteur ajoute les mots que l'artiste avait bannis de sa bibliothèque.   L'Union




29/03/2010

La famille s’invite à Gérard-Philippe


« Je suis le père de mes pensées. » Fabien a écrit la phrase, l’auteur Jean-Pierre Cannet se réjouit en la lisant. Ce dramaturge, romancier, nouvelliste est venu de Vézelay animer un atelier d’écriture au collège Gérard-Philippe, dans le cadre du projet « Ca va la famille ? » de la compagnie de l’Arcade, (voir l’Union du 24 mars). Des trois séances, la première a pris pour sujet la mère, celle d’aujourd’hui le père, et ils finiront, explique Jean-Pierre, avec « les enfants : comme ça nous avons la famille ».
Virginie Kieffer, professeur de lettres, a organisé cette rencontre pour la classe de 3e DP6 (Découverte professionnelle avec six heures de stage par semaine). Le binôme est important : elle connaît les élèves, alors chacun est pour Jean-Pierre une page blanche.
La consigne est d’écrire une fiction, seule façon, selon Jean-Pierre, de « mettre une distance » et ne pas se perdre dans leur propre histoire. Tous écrivent. Le silence est relatif, mais surprenant. Puis des volontaires lisent devant la classe – « Soyez respectueux » rappelle Jean-Pierre. Une brève discussion des qualités du texte suit.
Pour des enfants confrontés plutôt à ce qui dépasse leurs capacités, Virginie et Jean-Pierre savent l’importance pour eux de se montrer capables d’écrire – et d’y prendre plaisir.
En se voyant père de ses propres pensées Fabien fait un pas de plus, élevant sa réalité au dessus de l’ordinaire.
L’Union

18/01/2010

Florian Rubiz dans l’intimité d’Hugo Pratt


Debout derrière ses livres empilés, Florian Rubis est tonique et nerveux comme une… BD, où texte et images jouent à saute-mouton. Cela lui va bien car, déjà fan d’Hugo Pratt à deux ans, il est devenu professionnel du secteur. « La bande dessinée et les livres de jeunesse me passionnent » explique-t-il, « ce mélange d’images et de texte. »
Il est passé à Soissons signer sa biographie du grand créateur de Corto Maltese. Il déborde d’anecdotes sur son maître, dont il était collaborateur. « Je me destinais au professorat, mais Hugo Pratt m’a regardé, avec ses yeux bleus qui perçaient aux tréfonds de l’être, et m’a dit « Tu vas t’ennuyer. » Il est alors devenu photographe, éditeur – « dans le sens anglais du terme » – et journaliste.
Tous deux ils partageaient un amour débridé pour l’Irlande. « Hugo Pratt gardait tous les livres sur l’Irlande dans la chambre à coucher de sa maison en Suisse, une partie de sa bibliothèque de 30 à 40 mille volumes. » Florian montre même la plaque dans « Les celtiques » qui a fait de lui un amateur de bandes dessinées.
Il a son propre projet d’album : « une 24 pages, pour commencer » mais, en vrai pro, il n’en dira pas plus avant de trouver un éditeur. Un autre Corto Maltese attend-il dans les coulisses ?
L’Union

11/01/2010

Le peintre et le blog : Salim Le Kouaghet face à Marque-pages Soissons

La rencontre a lieu dans l'atelier de Salim Le Kouaghet, au fond de son jardin, à Arcy-Sainte-Restitue. Il gèle dehors mais, comme bien des artistes plasticiens, Salim semble à l'épreuve du froid. Il prépare les lithographies qu'il exposera à la bibliothèque de Soissons. Il reçoit les auteurs du blog « Marque-pages Soissons » pour parler d'un projet commun.
L'artiste est déjà connu pour ses toiles lacérées, agrafées. La technique de la litho demande une autre approche. Il admet avoir besoin d'humilité : il coupe ses « signes » dans la pierre, mais le tirage sur papier introduit toujours l'inattendu. « L'attente de découvrir la première épreuve est un instant unique » a-t-il écrit.
Catherine Martinelli, Jeannine Haibe, Jean Sudarovicz et Denis Mahaffey ont formé « Marque-pages Soissons » en 2007, avec l'intention de créer une activité littéraire locale. La démarche était simple : à partir d'une image, produire chaque mois un écrit selon l'inspiration de chacun. En accord avec la bibliothèque, Marque-pages entend à présent « accompagner en écriture » les expositions, à commencer par celle de ce peintre kabyle devenu Tardenois.
Plutôt que de commenter les œuvres, les auteurs - auxquels peut se joindre tout visiteur - y trouveront un point de départ pour une nouvelle, un poème, un souvenir ou un essai. Ce sera à chaque fois l'occasion d'une aventure littéraire partagée.
L’Union

28/10/2009

La sorcière prête ses livres


Sophie Froger et la gentille sorcière.
Les lecteurs adultes entrent dans la bibliothèque en passant par le sas au dessus de la cour anglaise. Mais un regard d’enfant peut le changer en un pont de verre entre la ville et une île dont les habitants sont des livres. Arrivé sain et sauf, l’enfant trouvera à gauche les documentaires, qui font un de ces remue-méninges. A droite, hors de vue, les romans rient, pleurent en se racontant. Des tableaux exposés en haut des marches s’admirent dans les yeux des visiteurs.
En bas, la bibliothèque jeunesse. Là, le problème, c’est de faire rester les livres sur les étagères ! Ils sont d’un remuant !
Au fond, une porte. C’est la maison de la sorcière, qui se régale lorsque Sophie (Froger) et Catherine (Burnier) viennent lui lire des histoires. Et comme elle est gentille, cela ne la dérange pas que des enfants écoutent aussi.
Pour Hallowe’en, ils peuvent se glisser dans sa maison et entendre ces contes. Après, chacun peut amener un livre à la maison, la sorcière veut bien. Puis la bibliothèque ferme. Les livres que personne n’a choisis se serrent sur leur étagère, en rêvant que demain, quelqu’un…
L’Union

28/01/2009

Un premier roman écrit à Breny


Cécile André écrit. Chaque après-midi, quand c’est calme, et la nuit, elle sort un gros paquet de cahiers, de papiers, se met devant son ordinateur, et écrit, griffonne, met en forme, retape, relit et modifie, jusqu’à trouver les mots, le ton qu’elle recherche.
Elle a un petit logement dans une bâtisse à côté de la route qui traverse le village de Breny. C’est un lieu neutre, apte à laisser travailler l’imagination pour inventer des histoires.
Cécile naît à Epinay sur Seine et grandit dans l’Oise où, adolescente, elle gagne un prix avec un poème simple, austère, « L’hiver ». Ensuite, une vie mouvementée laisse peu de place à l’écriture, jusqu’à son arrivée dans l’Aisne. Elle y écrit son premier roman, « N’oublie jamais », en dix mois. « Je suis mère au foyer, parce que je veux profiter au maximum de mes enfants, et en même temps cela me donne le temps d’écrire. »
Son livre raconte un amour brisé par un accident mortel, des revenants retenus dans une longue attente, et des retrouvailles au-delà de la mort. Le monde des vivants côtoie celui des esprits. « J’aime ce qui est fantastique. J’ai tout inventé, le nom du village, les personnages et leurs noms, tout. Ce n’est pas autobiographique. » La couverture du livre, réalisée par Cécile elle-même, fixe en une image les différents niveaux d’existence qui s’y côtoient : le héro en ombre, le chien qui sait encore le voir, et le lieu de l’accident. « Nous avons fait des centaines de kilomètres pour trouver le bon virage. »
« J’ai écrit le livre pour moi » dit-elle. Mais sa belle-sœur, intriguée, l’a lu, l’a aimé, et a lancé Cécile sur la voie de l’édition. Après tout, un auteur a besoin d’un agent littéraire.
L’Union

21/10/2008

Denis Lefèvre sort un inspirateur de la démocratie chrétienne de l’ombre


Une biographie sert d'habitude à éclairer, derrière un personnage public que tout le monde croit connaître, l’être dans son milieu, son humanité. Le livre que Denis Lefèvre consacre à Marc Sangnier a une fonction plus fondamentale. Il entend sortir d’un oubli relatif cet inspirateur de la démocratie chrétienne. Sangnier lui-même l’a dit : « Je suis habitué à jeter des semences dans les sillons et à ne pas engranger les récoltes. »
Sangnier (1873-1950), croyant fervent venu d’un milieu aisé, contestait la traditionnelle opposition entre l’église et la démocratie. Il disait même le catholicisme indispensable à la démocratie, « comme une des forces (…) qui aident l’homme à courber son intérêt particulier devant l’intérêt général ». Son engagement était tel qu’il trouvait le Front populaire bien timoré dans ses réformes « qui ne sont qu’une sorte d’amendement du régime capitaliste actuel ».
Par son mouvement « Le Sillon » il a eu un impact sur beaucoup d’hommes de gauche et du centre, ses héritiers se trouvant à présent plutôt au Modem.
Ancien premier ministre Lionel Jospin avec Denis Lefèvre.
Denis Lefèvre, issu du milieu agriculteur à Breny, où il habite encore, a choisi de cultiver les mots au lieu des champs. Il a connu Sangnier en écrivant son livre sur les Emmaüs. Il résume ainsi ses préoccupations : « l’amitié franco-allemande, la construction européenne, la justice sociale, le développement de l’économie solidaire et sociale pour faire contrepoids à un capitalisme « dévoyé », la recherche d’une troisième voie, la place laissée aux plus pauvres dans nos sociétés, nos relations avec les pays en voie de développement ».
Par ses propres efforts au comité de jumelage du canton avec Grasleben en Allemagne, Denis Lefèvre poursuit ainsi l’œuvre de Sangnier.
Une réception dans la délicieuse salle de rédaction de l’institut Marc Sangnier à Paris a marqué le lancement du livre. L’auteur y à répondu aux questions de la petite-fille de Sangnier, entourés de ceux qui, comme Lionel Jospin, reconnaissent son inspiration dans leur propre vie.

Marc Sangnier, l’aventure du catholicisme social, Ed. MamE
L’Union


27/03/2007

Slam au Havana Café : la démocratisation de la poésie

« Soirée historique ! » L’animateur connu Hot le Pilote a lancé avec ces mots le premier « Slam poésie » à être tenu à Soissons. Le ton fougueux, presque sportif, est censé éviter que la poésie reste confinée poliment dans ces minces recueils si difficiles à localiser dans les librairies, pour la faire déclamer en public. Tous ceux dans la salle qui le veulent sont invités à dire ou à lire des poèmes, les leurs ou d’autres. Les mots deviennent paroles.
Laurence Piret et Marc Douillet, membres de la Ligue des Droits de l’Homme à Soissons, ont organisé l’événement, pour marquer la semaine internationale contre le racisme. Le slam et les droits de l’homme ? Oui, parce il donne la parole sans distinction d’âge, de couleur, de religion, ou autres, à ceux qui la veulent, pour dire ce qu’ils veulent, mais en vers. La liberté d’expression, le refus de la discrimination, du jugement littéraire hautain, caractérisent le slam. Le poète américain Bob Holman définit le phénomène comme « la démocratisation de la poésie ».
Le Havana café était bondé, jusqu’à déborder parfois sur le trottoir. Les inscrits parmi les auditeurs attendaient, patiemment ou timidement, une feuille pliée à la main, de voir sortir leur nom du bonnet de laine. Le slam peut être un tournoi, avec des éliminatoires, mais ce premier essai a été non-concurrentiel. Trois slammeurs, jeunes mais expérimentés, venus de Paris enrichir l’événement, ont présenté des poèmes dans lesquels le vent de dérision et d’indignation qui souffle dans les banlieues des grandes villes devient beauté poétique, force de vie malgré tout.
Les poètes locaux étaient plus retenus, mais tous ont été applaudis dans une ambiance de concert pop, laquelle, bien sûr, ne conviendrait guère aux poèmes que le choc entre introspection et vocabulaire rend plus difficiles d’accès.
Marie-José Geoffroy, présidente de la LDH, envisage de répéter l’expérience, nourrissant ainsi la créativité et l’appréciation poétiques locales.
Quelques personnalités politiques, Patrick Day, Claire Le Fléchet et Gilbert Collet, étaient là pour applaudir, mais sans prendre la parole qui, à cette occasion, était réservée aux poètes.
L’Union









 Hot le pilote anime la soirée slam devant
 une salle comble au Havana café.


23/03/2007

Le printemps des poètes : Galilée poursuit sa vision


Depuis 2006 et jusqu’en 2009, l’Ecole Galilée s’engage dans un projet d’école : « Maîtriser la langue ». Il s’agit de la langue écrite, lue et parlée. C’est un programme qui pouvait se limiter à une rigueur implacable d’orthographe, de grammaire et de syntaxe. Mais ce serait compter sans la démarche générale de cette école, déjà connue pour son respect des biorythmes des élèves, en insistant, dans l’horaire quotidien, sur les périodes de plus grande réceptivité des classes. Nathalie Kinet, la directrice, aime le nom de l’école. « Galilée a changé la vision du monde, et j’aime penser que nous aussi, nous la changeons ici. »
Les enfants avec leur institutrice Wanda Tordeux.
. Pour la maîtrise de la langue, alors, les enseignants donnent une grande place à la poésie. Une dissertation requiert une approche logique, de la suite dans les idées, un sérieux dans la pensée. Un poème libère le poète de ces exigences, en privilégiant l’imagination, en lui permettant de sautiller entre les idées et les images. « La poésie transgresse les codes » explique Nathalie Kinet. Mais autant que la prose elle permet un apprentissage de la langue, souvent « entre les vers ».
« Le printemps des poètes », programme national lancé par le Ministère de la culture, a bien trouvé sa place dans ce contexte.
 Parmi les activités, l’éditrice et typographe Christine Brisset Le Mauve a animé des ateliers avec les élèves. Dans une salle de classe, un groupe d’enfants des moyenne et grande sections maternelles a crée ensemble un poème écrit au tableau : « J’aime les poèmes en M, les souris en I, les corbeaux en O, les pigeons en ON, la rivière en R. » La typographe se fait aider pour trouver les caractères d’imprimerie dans une caisse. Un jeu ? En fait, les enfants cherchent, non pas dans un alphabet mais en reconnaissant la forme des lettres. C’est une initiation à la lecture. Ensuite, ils font la queue pour imprimer le texte sur une presse. Leur poème devient un objet à emporter, une preuve de créativité – et de maîtrise.
Dans l’entrée de l’école, « l’arbre du printemps »  est en cours d’installation. Elle s’y ajoute aux trois des autres saisons, pour servir de support aux poèmes accrochés par les élèves, les enseignants, les parents, les intervenants extérieurs. Une forêt de paroles.
L'Union

22/03/2007

Le prix Terra pour Denis Lefèvre : de l’éléphant au ver à soie

Dans « Ulysse » James Joyce prend presque mille pages pour raconter une seule journée dans la vie d’un Dublinois. En moins de trois cents, Denis Lefèvre réussit à retracer dix millénaires de l’histoire des animaux domestiqués par l’homme.
« Le loup, l’homme et Dolly », qui vient de gagner le nouveau prix Terra, créé pour encourager des contributions au grand débat sur le monde agricole, évoquer l’élevage, de ses débuts à nos jours. L’agriculture, une activité nécessaire mais sans pertinence dans un monde technologique ? Denis Lefèvre continue, de livre en livre, à démontrer le contraire, qu’elle « se situe sur les frontières d’un monde en mouvance » : le clonage, la marchandisation, les maladies qui sautent la barrière entre les espèces, sont des préoccupations majeures aujourd’hui.
L’élevage date de l’âge néolithique, lorsque les peuples du « Croissant fertile » passent de la chasse et de la cueillette à la production de récoltes et de bétail. L’apprivoisement des animaux commence, pour arriver à vingt-cinq espèces : équidés, bovins, ovins, caprins et volaille, mais aussi l’éléphant et le ver à soie.
L’impact du livre vient de sa capacité à analyser et illustrer des sujets familiers à tous mais flous. La concurrence entre l’éleveur et l’agriculteur ? La Bible met le doux pasteur Abel en face du rustre cultivateur Caïn. La montée du christianisme au Moyen age ? L’évêque de Laon excommunie les chenilles qui ravagent les récoltes. La transhumance alpine et provençale ne serait pas qu’un folklorique événement saisonnier mais, pour Fernand Braudel, le pendant occidental du grand nomadisme oriental. Les chevaux de trait ne se développent qu’au 20e siècle.
Mais l’auteur va plus loin que l’anecdotique : il examine tous les aspects historiques et contemporains de l’élevage, des positifs comme la vaccination aux plus scandaleux, comme la dépendance européenne des aliments importés, ou la maladie de la vache folle.
Qu’est‑ce qui a motivé le jury en lui attribuant ce prix ? Interrogé au Salon de l’agriculture, Luc Guyau, président des Chambres d’agriculture, apprécie « la façon dont l’homme est placé au centre de l’histoire des animaux ». Pour Jean‑Christophe Rufin, prix Goncourt 2001, « il montre la continuité dans l’histoire des animaux et des hommes, et fait la soudure entre le passé et le futur ». Anne Hudson, journaliste à France Info, est catégorique : « C’est agréable. C’est bien écrit. C’est facile à lire. »
Denis Lefèvre vient du milieu agricole mais, vivant à côté de la ferme familiale à Oulchy-le-Château exploitée par son frère et sa sœur, il a choisi, au lieu de creuser la terre, de creuser le sujet par l’écriture. Il travaille maintenant sur les végétaux, leur passé, leur présent et leur avenir pour les hommes.
L'Union










Luc Guyau, président des chambres d'agriculture, et Anne Hudson, journaliste à France-Info, entourent le lauréat Denis Lefèvre.

04/02/2006

Soutiens-Sida: aider les personnes à trouver leur propre force

La semaine de.... Denis Mahaffey
Samedi
Prenez le Hamas. Les Palestiniens ont suivi les injonctions occidentales, et élu leurs représentants. Aïe, aïe, aïe ! Mauvais esprit. Elire, d’accord, mais pas ceux-là ! Les Occidentaux n'en veulent pas, peu importe le choix des Palestiniens.
En fait, après les fulminations vaines d’Arafat, Israël entendra mieux cette voix d’airain : « Tant que vous vous couchez sur nos droits, vous ne dormirez jamais tranquilles. »
Dimanche
D’un noyer qui régnait sur les champs entre Ecuiry et Septmonts seule reste la souche amputée. En mes vingt ans de vallée de la Crise, alors que ses jardins sont coquets, les lacérations de l’environnement continuent. Pourtant c’est notre jardin à nous tous.
Lundi
Intervention auprès des étudiants infirmiers, sur l’action associative dans le combat contre le Vih/Sida. Il y a dix ans, un ami est mort du Sida chez nous, faisant débuter le voyage qui mène devant ces jeunes. A Soutiens, nous ne sommes pas des sauveteurs. Notre présence peut seulement aider les personnes à trouver leur propre force. La lumière qui en résulte nous éblouit autant qu’eux.
Mardi
Soleil froid d’hiver. Familier, pas plus : le temps a coupé mes racines en Irlande, mais elles y restent, je n’en ai pas pour ailleurs. Mon pays a si bonne presse. On remarque mon accent : « Vous êtes anglais ? » « Irlandais. » « Oh, excusez-moi. Beau pays ! Jamais été là, mais ça doit être beau. » A ma femme « Et vous ? » « Je suis néerlandaise. » « Mmm... »
Mercredi
J’attends l’Union, pour savoir où va le monde, en commençant par « Clovis et versa ». J’aime quand ce billet est assez épicé pour taquiner les amygdales de ceux qui sont obligés de l’avaler parce qu’ils en sont la cible.
Jeudi
Violences à l’école. L’écrivain irlandais John McGahern parle d’une « étrange colère » qui saisit des hommes parlant de leurs années d’école. La violence autoritaire est une tradition ancienne. Seulement, la soumission n’y est plus de l’autre côté. J’imagine le courroux d’enseignants se sentant visés par ces remarques !
Vendredi
Comme un château dont on ne compte pas les pièces, Soissons a trop d’associations pour les énumérer. J’écris sur les bénévoles, un double plaisir : celui de percevoir en chacun, dévoué, mordu ou révolté, les valeurs qui le font vivre ; et celui de l’écriture, ce don de la civilisation par lequel nous fixons la parole, en empêchant que la brise du temps ne l’emporte sur nos lèvres. Ainsi, cette semaine finit dans le bonheur des mots.
L'Union

26/01/2006

L'auteur et l'artiste


L’art imite l’art. Pour la signature au magasin Cora de son livre « Sacred arms, les héritiers d’un savoir ancien », l’auteur soissonnais Franck Godfrin (à droite) s’est fait accompagner par le dessinateur Cyril Coupey. Le croquis de l’un reproduit le personnage de la couverture du livre de l’autre, tandis que de jeunes spectateurs défilent pour regarder. Franck, qui admet avoir commencé à dessiner et à écrire pour se soustraire à une enfance ardue, a vendu presque la totalité du premier tirage de son livre. Il songe déjà à une deuxième impression de ce qui ne doit être que le début d’un long voyage dans le fantastique.
L'Union