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26/08/2014

Orgues d’été : troisième et dernier concert

Jean-Philippe Merckaert avant son concert.
« Mettre en valeur les différentes couleurs de l’instrument » : pour Vincent Dupont, président des Amis des orgues de Soissons, c’est le sens du concert de Jean-Philippe Merckaert à la cathédrale. Le jeune organiste admet avoir adapté son programme à l’orgue néo-classique, en choisissant Franck, Vierne, Jongen et Dupré. « J’ai joué pour un office ici il y a dix ans, en faisant un remplacement, sinon c’est ma première fois. L’instrument est admirable et l’acoustique magnifique. »
    Originaire de Mons en Belgique, Jean-Philippe Merckaert a naturellement inclus deux compositeurs belges : « Franck et Jongen, tous deux de Liège. ».     Il vit au Japon avec son épouse japonaise, organiste comme lui, et ils passent l’été en Europe. Il a été accompagné à Soissons par Jean Defrêche, son premier professeur au conservatoire de Mons, qui a même accepté de monter à la tribune d’orgue et tourner les pages pour son élève. Une amie est venue aussi pour aider avec les registres, surtout dans la « Symphonie-Passion » de Dupré, « particulièrement ardue » expliquait-elle.
Avec son premier professeur
montois, Jean Defrêche, après le concert.
    Pour commencer, son interprétation de la « Fantaisie en la majeur » de César Franck était une grande leçon de clarté et de sensibilité, confirmée par la suite. « Cathédrales » de Louis Vierne, évoquant la grandeur de l’architecture gothique, résonnait parfaitement parmi les piliers de pierre de Soissons. Après deux pièces de Joseph Jongen, les quatre mouvements de la symphonie de Marcel Dupré, allant de l’attente du Sauveur jusqu’à la Résurrection, auguraient en fait de l’année liturgique entière qui s’écoulera avant le prochain cycle de concerts d’été.
L'Union

08/07/2014

Un nouveau monde s’ouvre

Victor Moisseron et Marianne Delcourt,
 avant d’entrer en scène à la cathédrale.
C’est le dernier « Hourra ! » du programme du Mail. Plus de neuf cents spectateurs, dont une brochette de personnalités municipales, départementales, régionales, et même une parlementaire, se sont retrouvés pour la « Symphonie des Siècles ». Ce concert est donné chaque année par les élèves des conservatoires et écoles de musique de l’Aisne, après les ateliers suivis avec leurs professeurs et des membres de l’orchestre des Siècles. Elle complète chaque fois avec éclat et émotion la saison culturelle.
    Quatre-vingts stagiaires, avec une vingtaine de professionnels, ont porté ainsi tout un concert à la cathédrale, à nouveau disponible pour de tels événements.
    Deux violoncellistes de Saint-Quentin ont commenté les ateliers. Marianne Delcourt n’avait besoin que d’un mot, « Génial ! » Pour Victor Moisseron « C’est travailler ensemble qui compte. » Il n’y a pas que des scolaires : Arnold Desongins, professeur de maths à Laon et stagiaire, s’enthousiasmait pour François-Xavier Roth, « Chef d’orchestre tout de même international ».
    Sous sa direction, le programme était tourné vers l’Amérique et, selon un spectateur, « Ils ont joué de mieux en mieux, jusqu’au dernier mouvement du dernier morceau. »
La cathédrale fait le plein.
    Ils ont démarré sur un extrait de « Rodeo » d’Aaron Copland, « square danse » américaine aux rythmes enlevés qui ne cachaient pas la complexité de la partition. De Samuel Barber, connu surtout pour son « Adagio for strings », l’orchestre a joué « Knoxville » au ton élégiaque, pour soprano et orchestre.
    Le morceau principal a été la symphonie du « Nouveau monde » de Dvorak. Archiconnue, elle prend un autre éclairage jouée en direct, révèle ses subtilités. Dans le contexte du concert, la série d’accords vers la fin ouvrait la perspective d’un monde nouveau, celui qui attend ces élèves musiciens.
L'Union

03/07/2014

L’eau symbole de l’âme à la cathédrale

Michael Lonsdale avec Bernard Masson.
L’eau perçue comme le symbole de l’âme : voila le fil conducteur du concert-lecture donné à la cathédrale par les acteurs Michael Lonsdale et Odile Samoël, avec le père Vincent-Marie à l’orgue, Eric Sanarens aux percussions et le baryton Bernard Masson.
    Par des textes bibliques et profanes, avec des intermèdes musicaux, chants et improvisations, ils ont mené le public – nombreux pour un dimanche après-midi – le long de ce chemin sacré.
    Les regards ont été fixés plutôt sur Michael Lonsdale. A plus de quatre-vingts ans, il est entré, entouré des autres artistes en garde rapprochée, à cause de son apparente fragilité. Il portait ses vêtements de ville, mais avec deux grandes écharpes en étole autour des épaules, lui conférant une allure hiératique.
Michael Lonsdale, Odile Samoël, Bernard
Masson et 
Eric Sanarens saluent le public.
    Assis, le dos courbé, penché sur ses papiers, prenant des notes, il pouvait paraître dissocié de ce qui se passait. Mais à chaque fois qu’il parlait, pour présenter ou lire un texte, sa voix captait toute l’attention. L’expérience d’une vie au théâtre et au cinéma, tant d’années de fréquentation de beaux textes, lui donnent une clarté et une résonance qui n’ont rien de déclamatoire. Il dit ce qui est devant lui, c’est tout.
    Les autres artistes sont intervenus en contrepoint à cette voix, enrichissant chacun de sa manière le propos, mais surtout soutenant le personnage central.
    Don Vincent, curé de la paroisse, explique la venue du spectacle. « J’avais reçu le père Vincent-Marie, qui voulait voir l’orgue. Il m’a parlé de ce concert-lecture, et je lui au demandé « Pourquoi pas à Soissons ? » Il fait ainsi partie des événements du 1700e anniversaire du diocèse. »
L'Union

11/06/2014

Orchestre de Picardie : la musique dans la rue

Alors que l’orchestre de Picardie répétait une dernière fois juste avant son concert de vendredi, derrière la grande porte de l’abbaye Saint-Léger encore ouverte, la musique de Schoenberg remplissait la rue, un avant-goût du riche programme à venir.
    Après « L’entrée de la reine de Saba » de Handel qui ouvrait le concert avec entrain, l’orchestre sous Arie van Beck a abordé le gros morceau, un concerto pour quatuor à cordes et orchestre de Schoenberg, d’une difficulté notoire. Au milieu, la violoniste Joanna Rezler du quatuor Joachim a eu un grand sourire. Un incident ? « Au contraire » précise-t-elle plus tard, « un moment difficile que nous avions réussi ! »
Le chef d’orchestre Arie van Beck présente
le compositeur anglais Benjamin Ellin.
    Après ce monument à la fois Romantique, moderne et même Baroque, car il est fondé sur un concerto de Handel, et avant de terminer par du Beethoven, le public soissonnais a eu le privilège d’entendre en création mondiale (après Amiens la veille), et en présence du compositeur anglais Benjamin Ellin, sa Sinfonia n° 2, une commande de l’orchestre de Picardie. Il la présente en quelques mots. « J’étais ici en hiver, il faisait très froid, très beau, et cela influence le premier mouvement, dans sa lenteur. Ensuite, j’ai vu la cathédrale d’Amiens, et le second mouvement utilise une ancienne mélodie moyenâgeuse. » Arie van Beck intervient avec son humour néerlandais : « Et la finale termine l’œuvre ! »
    La musique est subtile, résolument contemporaine sans brusquer les oreilles, créant une ambiance posée, qui touche au mystère que le compositeur reconnaît à la Picardie.
    Parlant – en anglais – après le concert, Benjamin Ellin, rayonnant, et qui connait notre région en tant que compositeur et chef d’orchestre, s’est réjoui : « J’avais tout un orchestre, alors que la Sinfonia n°1 était pour orchestre à cordes seulement. »
L'Union

02/06/2014

Le dérèglement des sons

Les Zic Zazou interrompent le concert sans interrompre la musique.
Un bruissement sociable remplissait la grande salle du Mail, celui d’un public dont beaucoup étaient venus voir des parents et amis sur scène. L’Harmonie municipale de Soissons allait donner un concert, l’électron libre étant l’intervention annoncée des neuf membres de Zic Zazou. En 2012 ce groupe avait fait sa propre musique dans cette salle, uniquement sur des outils d’atelier, en y injectant soigneusement une bonne dose de désordre.
    Avant le spectacle, des bruits en coulisses suggèrent qu’on y fabriqe les instruments pour le concert. La soixantaine de musiciens s’installent, commencent à jouer, normalement, sous la direction de Pierre Lemaire. Les Zic Zazou font irruption, ouvriers d’entretien qui essaient d’expulser orchestre et public. Qu’importe, ils sortent leurs outils et se mettent bruyamment au travail… mais parfaitement synchronisés avec la musique.
Le chef d’équipe entreprend de faire un brin de musicologie, illustrée aimablement par l’orchestre. Un air d’anarchie s’installe, les chants et partitions se mêlent, la musique atteint des paroxysmes.
    Pour Pierre Lemaire, chef depuis 2010, l’expérience était bien agréable. « L’Harmonie travaille les partitions depuis un mois et demi ; nous avons eu une seule rencontre avec deux du groupe, et le jour de la représentation nous avons répété toute la journée. Il fallait surtout éviter le moindre « blanc », qui casserait l’ambiance. » Comment a-t-il pris le fait d’être arraché plusieurs fois à son estrade et renvoyé comme un malpropre ? « Ca faisait partie du jeu. »
    Le concert était donc continuellement déréglé, mais montrait surtout les capacités de l’Harmonie à s’arranger de tout, en faisant toujours honneur à la musique qu’elle jouait.
L'Union

31/05/2014

Des musiciens néerlandais jouent du baroque français

Dans la cour du gîte de la Ferme de la Montagne à Ressons-le-long, une vingtaine de personnes sont assises autour d’une grande table, au demi-soleil d’après-midi. L’ambiance est détendue ; mais ce n’est qu’une pause entre deux séances de répétition d’orchestre.
    C’est la troisième fois que le « Kennemer consort », ensemble de cordes néerlandais, s’installe ici pour préparer son concert de printemps. Cette année, le programme est particulièrement exigeant. Ils joueront la symphonie n° 7 de Mendelssohn, et la Sérénade de l’américain Arthur Foote. Mais le vrai défi sera le concerto pour orgue et cordes de Michel Corrette, « petit trésor de baroque français » selon l’orchestre. Il mettra bien en valeur l’orgue récemment restauré d’Ambleny. Sous la direction de Benoït Debrock, Isabelle Fontaine, titulaire des grands orgues de Soissons, sera la soliste. « Nous ne répéterons avec l’orgue que samedi et dimanche matin » dit avec quelque appréhension un membre de l’orchestre. Pourtant, quoique tous amateurs sous leur chef professionnel, ils sont connus comme étant « d’un très bon niveau ».
    Les musiciens apprécient leur séjour annuel en Picardie, et notamment la grande salle de répétition du gîte qu’ils rejoignent aussitôt. La musique n’attend pas.
L'Union

21/05/2014

Consensus musical pour l'orchestre "Les Siècles"

Raphaël Pidoux à la viole de gambe pour jouer Haydn au Mail.
L’orchestre Les Siècles, sous son énergique et sympathique chef François-Xavier Roth, vient à Soissons deux fois dans l’année. Il vient de donner un concert au Mail ; la seconde fois ce sera en juillet avec « La symphonie des Siècles », où l’orchestre est rejoint par une foule de jeunes qui ont suivi un stage, impressionnés de se trouver avec des professionnels devant le public.
    L’orchestre avait sa configuration classique pour le concert au Mail. La brève ouverture d’« Idomenée » de Mozart a lancé le programme avec concision, suivie du concerto pour violoncelle en ut de Haydn. Le soliste Raphaël Pidoux a rappelé que l’œuvre était longtemps perdue : « J’ai connu le petit-fils de l’homme qui a sauvé la partition à Dresde, juste avant les bombardements. »
    La 5e symphonie de Beethoven est tellement connue, a été tant enregistrée, qu’il pouvait sembler ne rien offrir de nouveau. Mais voir jouer par des musiciens ajoute une autre dimension. L’auditeur suit les échanges entre les pupitres, les oreilles deviennent actives, entendent le fameux motif à quatre notes évoluer constamment, puis revenir sous une autre forme au dernier mouvement.
    Un concert a aussi sa fonction sociale. Pour ce premier événement de son genre depuis les élections, deux maires se sont trouvés dans la salle, l’ancien et le nouveau, comme les deux adjoints à la culture, et d’autres. Tous se sont rejoints dans ce consensus musical.
L'Union

20/05/2014

Une promenade musical baroque

La peinture et la musique se sont faites complices au musée Saint-Léger, pour marquer la Nuit européenne des musées. Quatre membres de l’ensemble baroque La Ritournelle, qui devait plus tard donner un concert dans l’abbaye, ont proposé une captivante « promenade musicale » préliminaire dans la salle des peintures.
    Les violonistes Ingeborg Kleijnjan et Sabelline Rohr, Antoine Chauvin à la viole de gambe et le contre-ténor Jean-François Lefèvre ont joué des œuvres de Caldara, Corelli, Purcell, Lully et Handel, devant un public debout ou assis par terre. Chaque fois qu’il participait, la voix du chanteur, haut placée comme une voix de femme, mais clairement une voix d’homme par le timbre, prenait sa place au-dessus du son des instruments,
   Les musiciens jouaient devant deux tableaux, d’Achille regardant le cadavre de Patrocle devant les murs de Troie, par Pellegrini, et du Christ montrant ses blessures par Cecco Bravo. L’art et la musique résonnaient ainsi l’un avec l’autre pour créer une expérience complète.
L'Union

16/05/2014

Un récital pour aider les enfants autistes

Au milieu de la fièvre théâtrale de « VO en Soissonnais », un concert dans la salle Saint Charles samedi dernier proposait un passage musical sans effets de mise en scène, ni projecteur. La violoniste Alexandra Greffin Klein et la pianiste Aline Piboule y ont donné un récital au bénéfice de l’association « Autisme espoir vers l’école » (AEVE).
    Dans première partie, elles ont bien fait sourdre le lyrisme russe dans la sévère structure de la 1ère sonate de Prokofiev. La sonate à Kreutzner de Beethoven, si souvent entendue, prend tout de même une nouvelle plénitude, quand les instrumentistes sont là, entourées des dorures de l’ancienne chapelle.
    Le concert était en fait un cadeau d’anniversaire offert à un auditeur qui ne s’est pas identifié, et qui a saisi l’occasion d’aider l’AEVE.
    A l’entracte Bruno de la Presle, venue de Paris, s’est adressé à l’auditoire pour présenter l’association. Les bénévoles formés de l’AEVE aident les enfants autistes en nourrissant leurs centres d’intérêt par le jeu, selon « la méthode 3i » : individuelle, intensive et interactive.
    Il insiste sur le respect de l’enfant. « Notre démarche n’est pas comportementale, mais développementale. Mon petit-fils a été dans cette situation, c’était très difficile. » Enfant qui ne communiquait pas, « il est maintenant en Cinquième, premier de la classe. »
L’AEVE a un site Internet : www.autisme-espoir.org
L'Union



17/04/2014

Un concert exemplaire

Le troisième et dernier concert de la saison de l’association Concerts de poche a été exemplaire, par rapport à sa mission, qui est de toucher, à travers de grands musiciens, des populations a priori peu concernées par la musique classique.
    En amont du récital par le clarinettiste Michel Portal et le pianiste Michel Dalberto, un autre clarinettiste, Antoine Daulhac, et la comédienne Célia Grincourt ont animé des ateliers dans les écoles et centres sociaux. En inventant ensemble une histoire, improvisée ensuite en musique, les participants ont apprivoisé ce qui pouvait paraître loin de leur quotidien.
    Ensuite, le concert a eu lieu, non pas dans une des salles de musique de la ville, mais au centre social de Presles. Les voisins et enfants occupaient les premiers rangs, nous autres remplissions les autres.
Enfin, Michel Portal et Michel Dalberto ont remis chaque morceau dans son contexte, simplement et avec humour. Ainsi, c’est la rencontre d’un clarinettiste qui a amené Brahms à écrire, parmi ses dernières œuvres, la sonate no. 2. Les quatre pièces d’Alban Berg composées en 1914, et résolument modernes, présagent la chute de l’empire austro-hongrois. La sonate de Poulenc est sa dernière composition, alors qu’il souffrait d’un cancer.
    Après le concert, les deux musiciens, dont Michel Portal en personnage hiératique – il avait arrêté d’un geste un photographe indélicat, devaient partager un goûter avec leur public.
L'Union

09/04/2014

Le violoncelle et la kora

Ballaké Sissoko et Vincent Segal accordent
leurs instruments avant de jouer.
C’est une belle coïncidence : deux concerts au Mail à deux jours d’intervalle ont fait entendre une musique à la fois alerte et apaisante, lyrique et pleine d’humour, sans emphase ni esbroufe. Le bassiste Avishai Cohen et son trio avaient reçu une ovation dans la grande salle bien remplie (voir l’Union du 4 avril) ; deux jours plus yard, dans la petite salle toute pleine et plus intime, Vincent Segal au violoncelle et Ballaké Sissoko à la kora ont été accueillis avec des bravos et des interpellations.
    La kora malienne attirait les regards. Avec une demi-calebasse surmontée d’un haut manche, elle ressemble à un luth démesuré, mais c’est une harpe, que le musicien joue en restant en face. Des anneaux sur le manche servent à l’accorder avant chaque morceau.
    Les musiciens, qui jouent ensemble depuis longtemps, savent mêler le son des deux instruments, européen et africain. Vincent Segal fait chanter son instrument, mais en tire aussi les sons les plus inédits, parfois comiques, glissant même quelques notes de « Il y a longtemps que je t’aime » dans une des compositions. En même temps Ballaké Sissoko crée une dentelle de son, légère et complexe, faisant danser comme à la harpe irlandaise.
    Au programme, ce sont les airs traditionnels qui généraient un sentiment de sérénité, de profondeur. L’épanouissement était à portée d’oreille. Deux fois dans la semaine, c’est un comble.
L'Union

29/03/2014

La musique et la guerre

Emmanuel Legrand avec Marion Julien au piano.
La violoncelliste Emmanuelle Bertrand, venue en musicienne et actrice au Mail l'année dernière dans le sombre "Block 43", est revenue pour un récital « Scènes partagées », entourée cette fois de professeurs de conservatoire du Département, en duo, trio et quintette. Leur connivence, à travers les regards échangés, était sans doute pour beaucoup dans le bel équilibre de leur jeu.
    Le programme proposait des œuvres contemporaines de la Grande guerre. Ce cadre leur donnait, c’est sûr, un éclairage particulier, surtout dans une région qui a vécu si intimement cette guerre.
    La sonate pour piano de Debussy illustre la révolution musicale qui coïncidait avec les bouleversements de l’histoire. Debussy innove, casse les processus et séquences classiques, alors que le trio de Fauré qui l’a suivi représente plus une évolution de ce qui l’a précédé.
    Pièce maîtresse du concert, la plus appréciée du public, le Quintette de Louis Vierne, commence dans la plénitude et l’épanouissement. Soudain, la musique est fracturée. Elle se reprend, mais plus trouble, comme après une blessure profonde. Savoir qu’il a été composé après la mort de son fils, « fusillé pour l’exemple » en 1917, ne pouvait que colorer l’accueil par les auditeurs dans la salle.
L'Union

27/02/2014

Le tango soissonnais sort en Cd

Le tango, ce « souffle parti de l’Argentine pour décoiffer le reste du monde », attire tant les amateurs parce qu’il subvertit les rythmes habituels, crée des balancements entêtants.
    Dans le cadre de leur formation « Duo mains croisées », Jaime de Hagen et Pascale Lam, professeurs au conservatoire de Soissons, jouent la musique de piano à quatre mains. Voulant élargir le répertoire limité, Jaime s’est mis au travail de composition. Né à Buenos Aires, berceau du tango, il se tourne vers ses rythmes. Le résultat est une suite, « Para ma ciudad » – « pour ma ville », qui dépeint ses quartiers emblématiques ou ses états d’esprit. De mélodies planantes en échos de musique classique, d’airs de danse traînants en éléments de jazz, la partition reflète une grande culture musicale
    Ils l’ont déjà jouée dans le Soissonnais, à Prague et sur la chaîne « Radio nacional clásica Argentina ». Maintenant, ils ont sorti un Cd contenant les douze mouvements de « Para mi ciudad ». Ceux qui désirent étudier chez eux la musicologie du tango, comme ceux qui veulent chavirer corps et âmes dans ses ralentissements et accélérations syncopés, peuvent commander « Para mi ciudad » sur le site www.jdehagen.fr.
L'Union

02/02/2014

La réussite du Mail

La grande salle du Mail était pleine pour le récital du quatuor « Dissonances ». Cet exploit en termes d’audience terminait un mois de janvier dense. Des onze spectacles de danse, ballet, mime et comédie, musique classique, jazz, rock et folk, seul Alfredo Arias, programmé un samedi soir, n’avait attiré qu’un public restreint.  
La chorale fait la première partie de soirée – à droite le violoniste
David Grimal, fondateur de « Dissonances ».
    Mais tant de centaines d’auditeurs pour la musique de chambre de Schubert et Debussy, c’est tout de même exceptionnel. L’explication reflète la réussite d’efforts à long terme pour faire venir un plus large public vers la « Scène culturelle ». Ce récital des « Concerts de poche » avait été précédé par le recrutement dans les quartiers excentrés de la ville d’une chorale, formée pendant des mois par Karine Tassan, et qui a fait la première partie de la soirée avec aplomb. Les musiciens du quatuor l’ont accompagnée avec simplicité, offrant une belle concertation. Les parents et amis de chaque choriste, en s’ajoutant aux habitués du Mail, ont rempli la salle. Après le chant, ces auditeurs sont restés attentifs à la musique de chambre, interprétée par des instrumentistes qui réussissent cet autre exploit de faire ressortir un jeu de soliste à l’intérieur d’un travail d’ensemble.
    Février au Mail recommence sur les chapeaux de roue avec du théâtre, dont une adaptation de « Mon trâitre » de Sorj Chalandon et, pour la quatrième année, la « Semaine de la création théâtrale », qui permet aux compagnies professionnelles de la ville d’accueillir chacune son public dans le cadre prestigieux du Mail.
L'Union

03/01/2014

Le Jour de l’an en musique

L’optimisme est de mise au Nouvel an : ne dit-on pas « Bonne année » comme une constatation plus qu’un vœu ? Ainsi, le programme d’un concert du Jour de l’an se devait d’être positif, présentant l’avenir sous son meilleur jour. La « Symphonie de poche » sous la direction de Nicolas Simon a fait le nécessaire avec humour et précision musicale, pendant plus de deux heures.
Contre-bassiste Lucas Henri et corniste
Yun-Chin Chou jouent Tchaïkovski.
    Comme au célèbre concert à Vienne, le rythme de la valse a prédominé. En ajoutant un troisième temps au deux de la marche humaine, il invite tout naturellement à la danse, ses chavirements, ses pâmoisons. Rappelons qu’à ses débuts la valse était considérée aussi indécente que le « twerking » actuel. Chabrier, Tchaïkovski, Waldteufel, les deux Strauss ont fourni de bons exemples. L’ambiance sur scène et dans la salle était enjouée, les musiciens se montraient en verve, et le chef d’orchestre faisait office de maître des cérémonies jovial.
    Le principe de cet ensemble est simple : il joue des œuvres orchestrales avec seulement une dizaine d’instrumentistes. Cela impose certains escamotages : en l’absence d’un célesta, la danse de la Fée dragée du « Casse-noisette » a dû compter sur une flûte. Mais les avantages sont conséquents : les œuvres même les plus rabâchées prennent un nouvel éclairage. Chaque pupitre étant tenu par un soliste, le son devient individuel, l’oreille de l’auditeur est encouragée à être analytique.
    Avec « Le beau Danube bleu » et la « Marche Radetzsky » de Strauss en finale, ce concert, premier du genre à Soissons, rejoint la grande tradition des réjouissances musicales d’Europe centrale, une façon de générer une gaieté de cœur au début d’une année qui ne sera peut-être pas aussi rose que la musique par laquelle elle débute.
L'Union

09/12/2013

Une leçon d’écoute pure

Jos Houden, Françoise Rivalland, Fiamma Bennett,
 Maxime Nourrissat et Lucas Genas terminent ensemble le spectacle.
Si pour « Le lac des cygnes », au lieu d’avoir les danseurs sur scène et l’orchestre dans la fosse, les musiciens montaient sur scène et jouaient la partition de Tchaïkovski sur toutes sortes d’instruments farfelus ? C’est l’aspect dadaïste de « Répertoires », où une centaine de « pièces de concert pour la scène », du compositeur d’avant-garde Mauricio Kagel, ont été interprétées par cinq musiciens-comédiens au Mail.
    Un homme gratte le disque vinyle collé à son visage. Un autre boite en tirant des couinements d’un trombone dans lequel son pied est coincé. Une femme à quatre pattes fait un boucan avec des sabots de cheval.
     Les musiciens jouent avec une concentration d’acier, seules de rares expressions traversant les visages  Trois panneaux servent de coulisses : ils en émergent, s’y éclipsent.
    Chaque morceau dure quelques secondes, joués sur des instruments aussi inattendus que les sons qu’ils produisent. Ce sont les éléments d’une musique qui passe outre aux mélodies et harmonies pour faire entendre les bruits. Le spectacle décape les oreilles, les ouvrant à l’écoute pure.
L'Union

30/11/2013

Un récital entre multi-percussion et marimba

Des tornades de notes de Xenakis, frustrant toute tentative d’y trouver des schémas rythmiques habituels, aux pâmoisons argentines de Piazzolla, Vassilena Serafimova a montré qu’avec les seuls instruments de percussion elle pouvait faire, non seulement tout un récital mais un spectacle. Elle a joué sur un ensemble « multi-percussion » et un marimba, ce xylophone sud-américain démesuré déjà entendu au Mail en septembre lors du concert de l’Atelier départemental d’orchestre d’harmonie. Les nombreux enfants parmi le public du centre social de Chevreux ont été séduits. Elle prenait, déposait, changeait ses baguettes selon le morceau, selon l’instrument, se déplaçait constamment. Elle a même collé des morceaux de bande adhésive sur des touches de son marimba pour en altérer le son, avant de jouer sa propre improvisation sur des thèmes bulgares.
    L’adaptation de morceaux pour piano de Piazzolla et pour violon de Bach a illustré la virtuosité de Vassilena Serafimova, en jetant une lumière nouvelle et intrigante sur ces œuvres.
L'Union

10/10/2013

Invitations d’artistes : « Résonances » entre en jeu

Sylvie Pommerolle entourée, de gauche à droite,
par Norman Calabrese, Salim Le Kouaghet,
Thierry Bronchain et Régis Pommerolle Pommerolle.
Pendant quatre jours, du 11 au 15 octobre, Norman Calabrese, Salim Le Kouaghet et Jean Denis exposeront leurs tableaux à Vaill
y-sur-Aisne. Mais cette exposition conventionelle s’animera le samedi soir, lorsque le collectif « Résonances » entrera en jeu. Des musiciennes, chanteurs et un comédien burlesque prendront place dans cet « atelier d’artiste », et l’art deviendra vivant. Sylvie Pommerolle jouera au piano des morceaux de compositeurs ayant cherché une inspiration dans la musique populaire de leur pays, comme Bartok et Grieg, et les trois peintres les traduiront devant le public en gestes de peinture sur une toile. Le son et l’image s’interpénétreront. Les oreilles et les yeux se prendront à témoin.
     Pour faire monter la sauce, Olivier Parisis, comédien burlesque, ajoutera une confusion clownesque au spectalce ces performances.
L'Union

09/10/2013

La musique pour survivre

Pascal Amoyel et Emmanuelle Bertrand après leur récital au Mail.
Sur un ton insouciant qui s’avérera déplacé, Emmanuelle Bertrand au violoncelle et Pascal Amoyel au piano commencent leur récital avec un air romantique plutôt rabâché, «Liebesfreude » de Kreisler. Ils nous plongent ensuite dans un répertoire sublime mais sombre, et qui se détourne des harmonies et rythmes convenus de la musique classique.
    « Block 15 » est basé sur le témoignage de deux détenus d’Auschwitz, Anita Lasker Wallfisch et Simon Laks. Ils ont survécu parce qu’ils étaient musiciens dans l’orchestre du camp, avec un statut privilégié, mais soumis à une discipline digne d’un grand orchestre. Fins musiciens et accomplis comédiens, Emmanuel Bertrand et Pascal Amoyel alternent récit et musique.
    Bach, Bloch, Amoyel lui-même, Messiaen : les compositeurs cernent le tragique, la tristesse de la condition humaine, que transcende pourtant la musique. Les humiliations et cruautés subies n’assourdissent jamais la musique.
    D’un métier ou d’une distraction, la musique devient un moyen de survie. Anita et Simon ont survécu grâce à leur talent, mais aussi par la musique qui les portait. « Block 15 » illustre cette vérité en accordant la priorité à la musique, d’autant plus intensément que c’est un récital plus qu’un spectacle.
    Comme un retour à une banalité qui recouvrirait les horreurs vécues dans les camps, le récital termine là où il avait commencé, dans la joyeuseté de la valse de Kreisler.
L'Union

21/09/2013

Atelier d’orchestre d’harmonie : un travail concerté

Quatre saxophonistes de l’orchestre d'harmonie.
Le compositeur Maxime Oliot était présent au Mail pour présenter sa suite « Les voyages de Gulliver », joué par l’Atelier départemental d'orchestre d'harmonie. Cet ensemble est formé d’élèves venant de suivre un stage à Chauny, avec des instrumentistes professionnels et des professeurs de conservatoire. Il explique qu’il se destinait à la musique de film à l’époque. En effet, la pièce ressemble à une bande sonore, mouvementée, changeante, passant de l’anecdotique à l’envolée lyrique. Les deux autres œuvres au programme, « Dakota » de Jacob de Haan, évocation de la vie de la tribu indienne des Dakotas, et un concerto de David Gillingham pour marimba, ce démesuré xylophone sud-américain, avaient la même qualité de musique accessible sans être superficielle.
    L’attachant, dans un tel événement, démonstration de compétences affinées pendant le stage, est la petite appréhension que trahissent les stagiaires, vite remplacée par la jouissance de jouer devant un public disposé à apprécier leurs efforts. Sous la direction de Nicolas Simon, de l’orchestre Les Siècles, ils ont fait face avec élan à toutes les exigences musicales, en tonalités et rythmes, dans un travail concerté.
L'Union