31/01/2012

« L’homme à tête de chou » : la chaise vide


Une vieille chaise de bureau à roulettes, renversée, occupe seule la scène. Un danseur entre, la regarde et la redresse. Quelqu’un et quelque chose sont absents. Cette absence planera sur « L’homme à tête de chou », spectacle chorégraphique de Jean-Claude Gallotta tiré de l’album de Gainsbourg, dans lequel un amant jaloux tue une effrontée shampouineuse avec un extincteur. Alain Bashung raconte ce fait divers sordide sur la bande sonore.
    La chaise serait le cercueil prémonitoire de la mort de Marilou. Mais elle est autant l’absence de toute raison ou réflexion chez les personnages. Ils ne pensent point aux conséquences de leurs passions et paroxysmes, se lancent à corps perdu, et le corps est perdu.
    Treize danseurs accompagnent la musique. Gallotta n’a recours à l’anecdotique que pour l’assassinat, représenté au ralenti par plusieurs couples simultanément, comme dans ces jeux de miroirs qui réfléchissent à l’infini. Pour le reste ils dansent, en parallèle à l’histoire, les sensations, attirances, violences et folie qu’elle suscite. Une sexualité exacerbée s’empare des corps.
Jean-Claude Gallotta parmi les danseurs.
    Un homme nu est amené sur la chaise, face à la salle et portant une tête de singe. Il l’enlève, s’habille, et danse avec sa partenaire le duo le plus lyrique du ballet. Le sublime côtoie le dégradant. Enfin, la folie les écrase tous, titubants dans le vide.
    Le style de Gallotta se reconnaît dans les brusques pas à l’intérieur de mouvements d’ensemble, mais surtout dans l’individuation des danseurs, leurs visages, leurs corps et leur interprétation. Loin est l’image du corps de ballet sévèrement aligné, des cygnes au plumage de tête uniforme.
    Le spectacle, et les danseurs, dégagent une énorme puissance, et le public l’a reconnue en leur faisant une ovation. Gallotta, présent dans la salle, les a rejoints sur le plateau.
    Gainsbourg a pris le thème de la célèbre « Oh Malou, oh Marilou » des premières notes de la sonate « Appassionnata » de Beethoven. Cela aurait pu être le titre du spectacle.
L'Union

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