18/07/2012

Per Madsen : le marin solitaire

Le drapeau à l’arrière du « Mani9 » est danois, une croix blanche sur fond rouge, mais il se termine par deux longues pointes, comme un étendard. « Seul le souverain y a droit… ainsi que tout membre du Yacht club. Il doit être hissé le matin et descendu le soir. » Per Madsen admet le laisser tout le temps « pour qu’on ne me croie pas allemand : ils sont moins bien vus en France. » Sa solitude lui pèse-t-elle ? « Non. » Il est surpris de la question. « Je lis beaucoup. »
    Il est en route pour Marseille, où sa femme et ses deux filles adultes le rejoindront. Ils feront monter le mât, calé à plat pour passer sous les ponts, et le « Mani9 » poursuivra en voilier vers la Grèce. Le nom ? « Mani » est le chiffre neuf en danois et c’est, simplement, le neuvième qu’il a construit. Le chantier – dans son jardin – a pris trois ans. 
    Il a été professeur de dessin et de mathématiques puis, il y a une dizaine d’années, s’est lancé dans l’achat et la restauration de vieilles maisons dans le Sud du Jutland, près de la frontière allemande. Il est en train de liquider cette entreprise. 
    Il fait du bateau depuis l’âge de seize ans. Il a même traversé l’Atlantique en solitaire. Un défi, un plaisir, effrayant, excitant ? « Un peu tout ça. » Parti des îles du Cap Vert, il a regagné la terre ferme à la Barbade. Comment la trouver ? « GPS, bien sûr. En plus, le ciel sur l’océan est constellé de petits nuages ; un empilement indique la terre. » Et la mer, comment est-elle ? « Impressionnante. » Dans la mer du Nord et la Baltique la houle est courte et les vagues bousculent le bateau. Sur l’Atlantique, elle est très longue, et les vagues sont larges « comme de petites collines » et plus hautes que le bateau, qui doit les escalader. Il a eu peur au début, mais s’est vite habitué.
    Comment dormir ? « Je mettais le bateau en automatique, et me faisais réveiller chaque quart d’heure. Cela suffit. J’étais bien reposé. »
    La nuit sur sa radio, des messages échangés en japonais entre de gros navires de pêche lui faisaient craindre une collision. « Ils chantaient et dansaient même. Mais je n’ai jamais rien vu de jour. »
    Alors que ces aventures, que Per Madsen raconte avec simplicité, font sentir les risques et exaltations de la haute mer, à côté de nous seules passent quelques équipes de rameurs et les petites barques en plastique rouge de « Eté en Sc’Aisne ».
L’Union

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