29/09/2004

Jocelyne Morgenthaler, militante contre l'oubli


« Ma mère avait le souci de la justice, et c'est à cause d'elle que je travaille à Amnesty. » dit Jocelyne Morgenthaler, membre d’Amnesty International à Soissons. Elle reconnaît aussi l’influence de sa professeur Anne‑Marie Koenig, historienne et ancienne résistante.
    Amnesty dénonce les violations des droits humains et interpelle leurs auteurs. Ses pressions s’exercent contre l’emprisonnement arbitraire, la torture et la peine de mort. Son poids vient de sa réputation d’impartialité (malgré une tonalité anti‑américaine ces temps‑ci, que regrette Jocelyne Morgenthaler). Amnesty a la mémoire longue : le même prisonnier peut être suivi pendant dix ans.
    « Mes parents, tous deux ouvriers d'usine à Paris, se sont connus pendant l'exode de 1940. Plus que mon père, Alsacien et conservateur, ma mère, titi parisienne qui a quitté l'école à treize ans, a poussé ses enfants à aller plus loin. » Jocelyne, à une époque sans bourses, obtient un « pré‑salaire » dans un concours pour financer ses études, alors qu’elle militait déjà pour ses idées. Jeune agrégée, elle choisit le lycée de Soissons « parce que c'était une ville d'histoire – et pas loin de Paris ».
    Sa mère ne souhaitait pas seulement la réussite. « Elle nous a appris à nous défendre et ‑ pourquoi pas ? –défendre les autres. J'ai voulu être fonctionnaire, non pas pour profiter, ni pour la sécurité de l'emploi, certes appréciable, mais pour être au service de l'Etat. »
    Elle a connu le groupe local d’Amnesty, d’abord en « spectatrice », puis s’est engagée jusqu'à en devenir secrétaire. « J'ai pris sur moi l'enseignement des droits de l'homme. Eh bien, ça n'a pas marché comme devant une classe. Une vraie remise en question, qui m'a empêchée pour toujours de m'installer dans le confort pédagogique. Puis l'internationalisme d'Amnesty, axé sur les problèmes d'autres pays, aide à relativiser : on a envie de dire, 'Arrête de rouspéter pour des détails !' »
    « Je voulais faire quelque chose, du concret, non pas parler dans un micro. » Chaque mois, elle écrit trois lettres pour soutenir les cas choisis par le mouvement. L’indignation peut être le moteur, mais elle doit s’exprimer avec une extrême politesse. L’action contre le manque de respect des droits est toujours respectueuse.
    Jocelyne Morgenthaler commence sa trente‑neuvième et dernière année d'enseignement. La redoutée retraite lui laissera du temps pour le bénévolat social. Mais elle continuera son combat à Amnesty pour que les prisonniers d'opinion et autres offensés ne chutent pas dans l’oubli (comme dans « oubliette »).
Amnesty International : www.amnesty.asso.fr
L'Union

3 commentaires:

  1. Bonjour, j’ai eu madame Morgenthaler en terminale au lycée Gérard de Nerval. Ses cours étaient passionnants, je m’en souviens encore plus de 20 ans après ! Son engagement et sa personnalité suscitent l’admiration. Elle m’a donné la passion de la littérature et a eu la gentillesse de lire des écrits qui n’avaient rien à voir avec le programme ou les cours. J’aimerais la remercier pour tout cela.

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  3. Bonjour, j' ai aussi eu Madame Morgenthaler en cours en 1988. Ses cours étaient d'une grande richesse et sont encore gravés dans ma mémoire. Sans doute y est-elle beaucoup dans ma réussite littéraire. Elle nous a aussi fait découvrir le théâtre et grâce à elle, j' ai vu jouer Michel Bouquet dans le Malade imaginaire à la MJC.
    Sa personnalité et son professionnalisme ont été remarquables. J' ai aussi obtenu de très brillantes notes aux épreuves de français. Je lui suis très reconnaissante. Merci, Madame Morgenthaler. Je pense souvent à vous, Corinne.

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