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03/07/2014

L’eau symbole de l’âme à la cathédrale

Michael Lonsdale avec Bernard Masson.
L’eau perçue comme le symbole de l’âme : voila le fil conducteur du concert-lecture donné à la cathédrale par les acteurs Michael Lonsdale et Odile Samoël, avec le père Vincent-Marie à l’orgue, Eric Sanarens aux percussions et le baryton Bernard Masson.
    Par des textes bibliques et profanes, avec des intermèdes musicaux, chants et improvisations, ils ont mené le public – nombreux pour un dimanche après-midi – le long de ce chemin sacré.
    Les regards ont été fixés plutôt sur Michael Lonsdale. A plus de quatre-vingts ans, il est entré, entouré des autres artistes en garde rapprochée, à cause de son apparente fragilité. Il portait ses vêtements de ville, mais avec deux grandes écharpes en étole autour des épaules, lui conférant une allure hiératique.
Michael Lonsdale, Odile Samoël, Bernard
Masson et 
Eric Sanarens saluent le public.
    Assis, le dos courbé, penché sur ses papiers, prenant des notes, il pouvait paraître dissocié de ce qui se passait. Mais à chaque fois qu’il parlait, pour présenter ou lire un texte, sa voix captait toute l’attention. L’expérience d’une vie au théâtre et au cinéma, tant d’années de fréquentation de beaux textes, lui donnent une clarté et une résonance qui n’ont rien de déclamatoire. Il dit ce qui est devant lui, c’est tout.
    Les autres artistes sont intervenus en contrepoint à cette voix, enrichissant chacun de sa manière le propos, mais surtout soutenant le personnage central.
    Don Vincent, curé de la paroisse, explique la venue du spectacle. « J’avais reçu le père Vincent-Marie, qui voulait voir l’orgue. Il m’a parlé de ce concert-lecture, et je lui au demandé « Pourquoi pas à Soissons ? » Il fait ainsi partie des événements du 1700e anniversaire du diocèse. »
L'Union

30/06/2014

La valeur ajoutée par le théâtre à l’école

Comme l’entraîneur qui encourage ses joueurs avant un match, Philippe Chatton, coordonnateur des « classes théâtre » (CHAT) du collège Saint-Just, parle à ses élèves, assis par terre dans l’entrée du Mail. Les Sixièmes et les Cinquièmes vont présenter leurs travaux de fin d’année. Les Quatrièmes l’ont déjà fait. Quand ils passeront en Troisième, le dispositif CHAT, rare encore en France, sera complet, avec quatre classes.
De g. à dr. Axel Fouquet,  Zacharie
Maaroufi  et Maël Decarnelle.
    Ces jeunes sont sociables. Trois garçons de Cinquième répondent avec enthousiasme à des questions sur l’effet sur eux de cette option théâtre. Axel Fouquet est clair : « Avant, je n’aurais même pas osé venir vous dire bonjour. » Maël Decarnelle et Zacharie Maaroufi parlent de solidarité : « Comme nous restons ensemble d’année en année, nous nous soutenons. » Ils reconnaissent que le fait de jouer leur a donné de l’assurance. « Chacun se connaît mieux. » Axel rappelle ses hésitations : « Je pensais que j’allais me ridiculiser, mais au contraire je me sens bien devant les autres. » Ils sont familiers des rites du théâtre : « Quand on te dit « m…. » avant d’entrer en scène, il ne faut pas le répéter ni dire « merci », mais « je le prends. »
    Philippe Chatton a-t-il un mot à dire sur la valeur ajoutée par les CHAT ? « Grandeur ! » s’écrie-t-il.
Dix minutes après, les plus jeunes jouent devant un public surtout familial. Soudain, ils ont pris une distance par rapport à eux-mêmes. Ils sont comédiens.
L'Union




21/06/2014

La fin d’une aventure théâtrale

« Comment t’appelles-tu ? » « Alice, pour le moment ». Cette réponse est également le titre de la pièce de Sylvain Levey que l’atelier Théâtre du collège Saint-Just a présentée au Mail.
La rencontre entre Alice (Jade
Paganessi) et Gabin (Simon Gillot).
    Une jeune refugiée peine à trouver sa place, sur le chemin de l’école, à l’école, dans les divers lieux où son père trouve du travail. Les garçons la harcèlent, puis l’un d’eux vient vers elle. A la fin de l’histoire, devenue femme, mère, elle a trouvé sa place.
    L’écriture, imagée et narrative, se prête parfaitement au style choral de la production. Les rôles sont partagés par une douzaine d’élèves, ce qui jette de multiples éclairages sur chaque personnage. Ce choix fait que tous restent sur scène du début à la fin, un défi relevé avec une puissance évidente par les jeunes comédiens.
    Chaque spectacle annuel de l’atelier nous a habitués à leur forte présence. Ils regardent la salle et se laissent regarder, essentiel au théâtre mais que les amateurs n’arrivent pas toujours à assurer.
    Le public leur a fait une ovation, d’autant plus nourrie que c’est pour la dernière fois. Après treize ans, Philippe Chatton, professeur et animateur de l’atelier, y met fin. « L’année prochaine, il y aura une quatrième « classe théâtre » au collège, et cela me prend tout mon temps. » En effet, il coordonne le dispositif « CHAT », dont les élèves de la toute première classe arrivent maintenant en Troisième. « L’atelier ne recevra plus de subvention. Déjà, nous n’avons pas le professionnel intervenant d’avant. Cette année seul Vincent Dussart de l’Arcade est venu une fois. »
    Les classes CHAT ont un tel succès qu’il y a maintenant une audition pour y entrer. L’atelier, qui a tant fait pour prouver la valeur du théâtre pour ses participants, leur cède la place.
L'Union

12/06/2014

Danser un poème sur l’esplanade du Mail

Sabine Stourbe tend trois cordes rose bonbon sur le trottoir de la rue Saint-Martin. Deux volontaires quittent la terrasse de café voisine pour l’aider à présenter le « flashmob » qu’elle organise vendredi prochain sur l’esplanade du Mail. Se tenant par le bras, ils se mettent chacun sur une corde, ferment les yeux, et avancent. Les passants regardent ce funambulisme à terre.
    Professeur au collège Lamartine, Sabine veut prolonger le « flashmob » du Printemps des poètes, pour lequel le chorégraphe José Monsalvo avait conçu cet exercice. En fond sonore, le poème « Liberté » de Paul Eluard sera lu, avec toutes ses associations à cette époque de commémorations.
    Sabine invite ses amis, collègues, élèves passés et présents, et tous les autres qui voudraient simplement « danser un poème » à venir au Mail à 19 heures le vendredi 13. Il y aura des cordes pour tout le monde. Rien ne sera imposé.
    Le sens de l’événement ? Sabine réfléchit. « Revisiter le lien entre l’individuel et le collectif. Mais ça c’est trop intello. Le plaisir du jeu. Etre présent, dans la joie d’être ensemble. » Elle y voit trois formes de confiance : « en soi-même, avançant les yeux fermés, en les autres, par le contact physique, et en ce moment-là du parcours de la vie. »
    Le flashmob sera suivi d’une « auberge espagnole » pour ceux qui veulent apporter un plat et partager les plats des autres.
L'Union

10/06/2014

La mort s’invite en fin de saison au Mail

Il flottait un parfum de fin de saison au Mail pour « J’ai couru comme dans un rêve ». L’annulation d’une pièce avec les Bohringer père et fille pour cause de maladie fait de ce spectacle le dernier au Mail. Il reste deux grands concerts dans d’autres salles, mais Jean-Marie Chevallier, le directeur, pouvait dire « C’est la fin » avec le ton de celui qui a mené un programme culturel intense depuis la rentrée 2013. Même le public semblait déjà sur le départ, peu nombreux pour une pièce qui porte pourtant la puissance et l’intelligence du théâtre.
Les idées de mise en scène émergent
d’une longue recherche collective.
    Elle raconte le dernier temps de vie de Martin, atteint d’une tumeur foudroyante. Loin d’aller vers la clarté et la paix, il se trouve « dans un labyrinthe », bousculé par toutes les forces que la mort suscite en lui et autour de lui. Peur, amour, abandon, érotisme, rire prennent forme à travers les sept comédiens, dans un jet continu d’idées, de trouvailles, de mots et de mouvements.
    La compagnie « Les sans cous » fait penser au Théâtre du soleil. Chaque acteur assume son rôle individuel jusqu’à en faire « une métaphore » selon le terme d’Ariane Mnouchkine. Mais ils se sont investis autant dans une longue recherche collective. Ces personnages finement campés, cette intense créativité partagée font sourdre l’émotion dans la salle. Voir Martin, agonisant, tenir son bébé est bouleversant, et la cérémonie qui entoure sa mort est sublime. Il rencontre une jeune femme qui s’avère avoir été ce bébé : nous y dépassons le réalisme pour atteindre le mythe de la vie qui se perd et renaît, de génération en génération.
L'Union


31/05/2014

Les jeunes critiques de Soissons

« Notre envoyée spéciale Lucie L. est allée voir le spectacle « Fables » au Mail…. » Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle recrue de l’Union, mais d’un exercice de la classe de Cinquième « Théâtre » (CHAT) au collège Saint-Just. A la demande du coordonnateur Philippe Chatton, un intervenant, qui avait rendu compte du spectacle en son temps (voir l’Union du 10 mai) et donné des indications avant la représentation, vient de revoir les élèves pour entendre le résultat. Il avait insisté sur l’importance de soigner la première phrase (« sinon le lecteur passera tout de suite aux pages sportives »), et la dernière (« il faut une chute, et une chute fait du bruit »), en n’oubliant pas le milieu (« clair et concis »).
    Cette adaptation des « Fables » de La Fontaine fait honneur aux textes mais les encadre d’une mise en scène farfelue et débordant d’énergie, avec deux acteurs. Chaque élève a réagi à sa façon, et la principale leçon a été bien intégrée : écrire, non pas pour montrer combien on a appris, comme dans un devoir, mais pour partager une expérience et aider le lecteur à se faire un avis.
    Lucie l’envoyée évoque la mise en scène en quelques mots : « A partir d’un carton, d’un bout de plastique, et d’autres objets insignifiants qui appartiennent à la poubelle, ils font apparaître un monde de mouvement, de morale, drôle et cruel à la fois. »
    Pour Thomas, c’était « trop imagé », détournant l’attention du texte.
    Aloïs laisse de l’ambiguïté : « Les comédiens… sont capables de faire rire n’importe quand ce qui est plus ou moins plaisant », alors que Valentine termine rondement : « Ce spectacle est très surprenant, avec suspense et créativité. »
    Les CHAT entendent explorer davantage cette frontière entre les mondes du spectacle et de l’écriture journalistique.
L'Union

22/05/2014

Quand le train-train quotidien déraille

La voisine (Anne-Cécile Tune)
 occupe le coin cuisine.
Les projecteurs éclairent un intérieur lamentablement banal : table et chaises, placards, coin cuisine. Un homme affalé dans un fauteuil se lève, allume la radio, vérifie sa coiffure dans la glace, se remplit un verre, le touille, le boit. Ses gestes sont amplifiés, formalisés, d’une grâce saccadée. Le train-train quotidien est sur les rails.
    La compagnie Arcosm a joué « Traverse » deux fois au Mail, pour les scolaires puis les adultes : après tout, pour le chorégraphe Thomas Guerry et le musicien Camille Rocailleux, créateurs de ce mélange de mime, danse, bruitages et musique, « un bon spectacle pour enfants doit être un bon spectacle pour tous ».
Un dîner extravagant.
    On tambourine à la porte, une voisine fait irruption, dérange tout, repart. Deux hommes apparaissent, disparaissent, et enfin tous les trois, voisins réels ou imaginés, font dérailler la vie étriquée du locataire, envoyant valser toutes ses routines. Ses premiers gestes persistent, mais repris, élargis, transformés de tics suintant l’ennui en grands mouvements chorégraphiés. Les quatre se concertent, se bousculent, entrent et sortent par les portes, les placards, les armoires. Un portrait décroché du mur est retourné pour faire apparaître une nappe, des assiettes, des couverts, des verres. Un repas extravagant s’engage.
    A la fin, décor et accessoires rangés, les lumières baissent sur les quatre convives qui remplissent chacun un verre, le touillent, le boivent. Pour le public, le geste est devenu un vieil ami. La monotonie de l’existence est abolie, le temps d’un rêve ou d’une révolution.
L'Union

20/05/2014

L’entrée des artistes

Les élèves de l'atelier de Vincent Dussart.

Les élèves avec Rama Grimberg.
Pour la 13e fois, les élèves des clubs, ateliers et classes de théâtre de l’Aisne se retrouvent à Soissons pour les Journées départementales scolaires des arts du théâtre. Pendant trois jours ils participent à cinq ateliers différents sur le thème « Paroles d’aujourd’hui – La mise en je(u) ». L’événement se termine par une présentation publique des travaux dans la grande salle du Mail.
Fred Egglinton avec ses stagiaires.
    Un regard dans plusieurs ateliers montre la diversité des approches. Dominique Richard, auteur de pièces sur l’enfance, met en chœur un extrait d’une de ses pièces ; deux élèves jouent en miroir. Rama Grimberg de la compagnie Abadie fait répéter chacun tour à tour, en augmentant constamment l’intensité du jeu. Avec Fred Egglinton des Ben’arts les élèves travaillent leur placement sur scène. Vincent Dussart de l’Arcade crée une ambiance rieuse de travail. Didier Perrier de L’Echappée fait émerger une cohérence de ses stagiaires. Partout, les jeunes comédiens se plient aux exigences du monde du théâtre.
Dominique Richard en répétition.
    Morgan Sanson est élève au lycée Gay-Lussac à Chauny, où il fait partie d’un atelier de théâtre trilingue, français, anglais et espagnol. Entend-il devenir comédien ? « Non, je veux faire des études médicales, mais j’aime y retrouver mes amis. Cela aide les plus timides. Moi je ne suis pas timide, plutôt très sociable. » Plus qu’un remède au manque d’assurance, le théâtre scolaire est un moyen d’expression.
    Deux jours plus tard, les groupes répètent successivement sur scène, avant de jouer devant le public le soir. Ils sont transformés. Les élèves Dussart lisent encore, mais le grand plateau, l’éclairage qu’on ajuste, le metteur en scène qui les… met en scène : tout contribue à générer la tension nécessaire au spectacle.
L'Union

13/05/2014

Le Festival prend fin avec un gâteau d’anniversaire

Rois vagabonds.
C’est devenu une tradition : « VO en Soissonnais » prend fin dans l’hilarité. Cette année, deux clowns des« Rois vagabonds » ont accompli une série de tours brillamment incompétents, leurs voix réduites à des cris étouffés derrière l’éloquence des corps. Ils jouaient en même temps un violon et un tuba – ce qui fait qu’un festival qui a débuté avec du Vivaldi dans « 1, 2, 3 4 saisons » a pris fin avec le même œuvre. Il y avait une foule de jeunes au Mail pour ce spectacle de clôture, et des adultes qui riaient comme des enfants.
Opus 13.
    Ce dernier jour nous avions déjà vu « Rouge chaperon », où le conte pour enfant est devenu un enjeu sanguinolent entre deux femmes.
    En avant-dernier, les deux danseurs d’« Opus 13 » ont tourné aussi inlassablement que les poissons rouges dans des bols suspendus sur le plateau, et de plus en plus énergiquement. Ainsi ils apprenaient à être ensemble en partageant le pouvoir. Seulement à la fin la femme s’est effondré tendrement dans les bras de l’homme.
    Jean-Pierre Pouget et la trentaine de bénévoles pourront se féliciter de la réussite du festival, avec autour de 2000 entrées pour 11 spectacles dans neuf lieux différents. A côté de pièces pour les tout petits, des spectacles populaires ont attiré un public peu habitué au théâtre vivant. Des pièces plus exigeantes ont nourri les sens et parfois mis au défi les nerfs de spectateurs avertis. Pour fêter ses dix ans, déclara le président, « nous l’avons souhaité plus festif et musical. » Une offre éclectique pour un large public : pour un petit festival, c’est à remarquer.
Rouge chaperon.
    Le président a ainsi clôturé « VO en Soissonnais », mais ce n’était pas fini. Pour fêter ses 126 spectacles, 220 représentations et près de 24 000 spectateurs, dont 5 600 scolaires, depuis 2004, tout le monde a été invité à suivre un orchestre de samba jusqu’à la Halte fluviale, pour partager un gâteau d’anniversaire.
L'Union
Les bénévoles "VO" sur scène.










VO jour le jour


Un festival sans inauguration est comme un opéra sans ouverture ; une inauguration sans buffet est comme un village sans café. Martine Besset l’a si bien organisé pour « V.O. » 2013 qu’elle a été rappelée cette année. Convoquer un traiteur ? « Mais non ! » s’exclame-t-elle. Pour des raisons budgétaires, mais aussi pour impliquer les gens dans l’ action, elle fait appel aux bonnes volontés et connaissances culinaires, et coordonne les résultats. Les festivaliers n’en ont pas raté une miette.


Elle change de registre, mais pas de festival. Dans « Sas » en 2007, Angeline Bouille était marionnettiste, dans la douleur d’une prison de femmes. En 2013 elle a joué « Oublie », mystère initiatique africain. Cette année elle charme et chouchoute les tout petits dans « 1, 2, 3, 4 saisons ». « Ce public m’apporte le plus. » Un prochain projet concerne le combat des « femmes Lejaby ». Pour « VO » ? Elle sourit, comme pour dire « Ca ne dépend pas de moi. »



 Le couple Sylvie Carbone et André Chaillou, elle de Soissons, lui d’Eaubonne, fréquentent « VO » depuis le début. Pourquoi ? Sylvie est enthousiaste : « J’aime même les spectacles qui je n’aime pas, car il y a toujours quelque chose à trouver. » Pour André, c’est qu’il y ait tant de différentes choses à choisir. L’année prochaine ils commenceront leur deuxième décennie dans les salles.




Colette Clauet-Lenoir est venue écouter « Anatoli » à l’Arsenal parce qu’elle aime la musique, dont la musique grecque. Mieux connue comme secrétaire pendant 10 ans du « Café philo » de Soissons, elle projette maintenant de faire un livre à partir des volumineuses notes prises pendant les débats. Après le concert ? « Comblée. »


En 2003 Nathalie Ferréol, habituée du festival d’Avignon, s’y est trouvée avec des trous dans son emploi du temps quand les intermittents du spectacle ont fait grève. Elle était assise avec Jean-Pierre Pouget à une terrasse de café quand une idée est née : « Si on faisait quelque chose à Soissons ? » Ils ont contacté les élus dès leur retour, et « Voies off en Soissonnais » a été lancé en 2004. Dix ans après, elle est toujours bénévole du festival.
L'Union


12/05/2014

De la star grecque au labyrinthe langagier

Angélique Ionatos avec Katerina Fotinaki.
Le charme de « VO », c’est de trouver des spectacles dont on n’a jamais ou à peine entendu parler. A « Anatoli », cependant, bien des spectateurs attendaient l’occasion de voir enfin la grande Angélique Ionatos. « Je me souviens d’elle quand son jeune frère l’accompagnait à la guitare » disait une admiratrice. Avec Katerina Fotinaki, elle a chanté le répertoire grec, qui ne paraît être qu’émotion. L’amour du pays informe ce qu’elles chantent, dans des registres mi-familiers mi-exotiques. Elle a lu des poèmes en traduction – et un extrait de « Stabat mater furiosa » de Jean-Pierre Siméon, rattachant son récital ainsi à « VO » 2008.
Renaud Danner devant Etienne Cocquereau.
    « Si ça va, bravo » est un brillant exercice langagier de Jean-Claude Grumberg, interprété brillamment par Renaud Danner et Etienne Coquereau avec intelligence et exactitude. Dix-sept saynètes, démarrant sur la question « Ca va ? » ou l’exclamation « Bravo ! », avancent sur un terrain ou la logique est minée. Chacun tente d’imposer une logique dont l’autre ne voit que l’absence béante. Pour les transis d’amour des mots, la cohérence peut aller se faire voir.
    « VO » propose de rencontrer les artistes après chaque spectacle : c’est parfois riche, parfois laborieux. Après « Anatoli », on pouvait voir les deux chanteuses à côte du bar, soudain seules, livrées à elles-mêmes. La puissance sur scène avait cédé la place à la fragilité ordinaire.
L'Union

11/05/2014

Une soirée avec des monstres

Eric Goulouzelle vêtu des attributs du roi.
« VO » n’a pas peur d’ausculter les abîmes de l’esprit et du cœur humains. Cette fois, c’est « Savez-vous que je peux aimer et tuer en même temps ? » qui va le plus loin. Deux monologues, d’une femme qui coupe des sexes d’homme et les archive dans ses sacs en plastique, et d’un homme qui répète le rôle de « Richard le trois », en explorant sa propre soif d’exercer un pouvoir de vie et de mort.
Des monstres, donc, la monstruosité étant supposée correspondre à une complaisance pour les plus excessives formes de violence.
    Abondance, femme mise aux abois par la vie, raconte ses rencontres et leur suite atroce – « le sang giclait » - sur un ton moins défensif que revendicatif.
Sophie Matel ouvre un des sacs-fleurs.
    Richard tente d’imposer son pouvoir même sur le public. Une tirade féroce est suivie d’un regard en coin, et il demande « C’était bien ? » Nous nous croyions au théâtre ? Eh bien non ! Et pourtant si !
La meute de Richard
Les deux textes sont verbeux et nécessairement très, très longs : les pervers et/ou affabulateurs mettent des tonnes de mots à s’expliquer, se justifier, voire dérailler. Sophie Matel et Eric Goulouzelle génèrent parfaitement le malaise qu’il faut.
    Les effets visuels resteront dans la mémoire : elle qui ouvre sac après sac en forme de fleur pour exhiber ses prises ; lui qui émerge à la fin coiffé d’une haute couronne, et vêtu d’une traîne en plastique tachée de rouge, si longue qu’elle ne peut pas se dérouler sur la scène.
L'Union


10/05/2014

La Fontaine dans les détritus

Olivier Benoît (à droite) et Jean-Baptiste
Fontanarosa sont le bœuf et la grenouille.
« La langue du 18e est quand-même difficile » disait avec quelqu’appréhension la directrice qui escortait ses élèves dans la petite salle du Mail. « Fables » : allions-nous assister à une sage déclamation des textes de La Fontaine, soigneusement mis en scène ? Ou à un spectacle tellement ingénieux que l’œuvre y disparaîtrait corps et âmes ?
    Des bruits d’orage remplissent la soudaine obscurité. Un sac en plastique flotte dans l’air comme un hibou blanc. Deux hommes surgissent dans la lumière et dansent sur une musique urgente de comédie musicale. Le spectacle est lancé. Bêlements, caquètements, bonnet de laine, crête de papier journal : ils esquisseront quelques traits animaux, pas plus. Après tout, La Fontaine visait les vices, faiblesses et excès des hommes, sous le léger voile du monde animal.
    C’est agité, énergique, ingénieux. Mais le texte de chaque fable est prononcé avec une parfaite clarté. Il prime sur l’action. Les acteurs font honneur au « plus grand poète français », comme le dira Olivier Benoît plus tard.
    La scène est encombrée de vieux cartons, exploités savamment au fil des histoires. Le spectacle se termine par une tempête, avec soufflante et éclats de lumière. Tout est balayé jusqu’aux premiers rangs de spectateurs. Une tempête fabuleuse, comme il se doit. Entre les orages, au milieu de ses détritus, la civilisation s’est exprimée.
L'Union

Un amour impossible

Dodo (Ralph Talyor) redresse Bambolina
(Celia Mendizabal) dans le parc de Septmonts.
Jouant devant leur remorque-loge dans l’ombre du donjon biscornu de Septmonts, les accessoires éparpillés sur l’herbe, les deux clowns-acrobates de la compagnie anglaise « Cercle de deux » auraient pu être des saltimbanques moyenâgeux, s’arrêtant en chemin pour amuser la populace.
    Le sujet du spectacle « Dodo et Bambolina » émerge aussi d’un long passé. Comme le mythe grec de Pygmalion, les « Contes d’Hoffman » ou le ballet « Coppélia », il met en scène un homme attiré par une créature qui est inaccessible parce qu’elle n’est pas vivante. Dodo, le clown Ralph Taylor, aussi impérieux que chétif, gère comme il peut sa turbulente poupée, jouée avec d’hallucinants gestes mécaniques par Celia Mendizabal. Ce drôle de couple se supporte, au prix de légers agacements, mais sans affection.
    Dodo se couche et Bambolina s’éveille, aussi gracieuse qu’elle avait été machinale. Elle flotte sur un trapèze, où le rejoint son amoureux pour des évolutions acrobatiques lyriques, accompagnées d’une version larmoyante de « Over the rainbow ». C’est naïf et sentimental, et c’est émouvant. Un spectacle populaire.
    Puis la poupée remonte sur son socle. Le quotidien d’une attraction de kermesse reprend. Du rêve ne restent que les peines de cœur.
    Tout cela sous une pluie fine mais persistante. Simple inconfort, pour acteurs et public ? « C’était très dangereux » répond Ralph Taylor. « Le trapèze était glissant. » L’illusion avait été parfaite.
L'Union

09/05/2014

Un exploit en ouverture

Nicolas Bonneau cite le récit du match écrit par Normal Mailer.
Au théâtre, il y a des représentations, consistant à rejouer un spectacle, des performances qui frappent par leur force et, plus rarement, des exploits, qui pulverisent les attentes comme un coup de poing. Le terme va bien pour « Ali », choisi pour la soirée inaugurale de « VO ». Il raconte le match de boxe en 1974 entre les poids lourds George Foreman et Mohammed Ali, au Zaïre: « rixe dans la jungle » disait-on. Les cocréateurs, Nicolas Bonneau qui fait le récit avec sa bonne bouille, et Mikael Plunian and Fannytastic, musiciens restés dans les ombres du plateau, mélangent texte, musique et séquences vidéo sur grand écran, pour situer la rencontre dans le contexte de la lutte des droits civiques, la guerre du Vietnam et la vie de chaque boxeur.
    Le spectacle est comme touché par la grâce : les gestes, sons et éclairages, et surtout les longs extraits du film du match, sont justes.
    Parlant après le spectacle, Nicolas Bonneau admet le danger que le sujet n’éloigne d’éventuels spectateurs : « Beaucoup de femmes vont au théâtre, en amenant parfois leur mari - de moins en moins ! »
    Le vrai exploit a donc été d’intéresser à un tel match ceux, sûrement nombreux dans la salle, pour lesquels la boxe n’est qu’un exutoire ritualisé de la virilité agressive. La tension montait à chaque reprise du combat sur l’écran, jusqu’à l’effondrement terrible au 7e de Foreman, qui semblait dominer le malin Ali. Une bagarre était devenue un poème épique.
L'Union

08/05/2014

Commençons par les plus petits

« VO en Soissonnais » sait nous plonger dans l’horreur : pensez à « Stabat mater furiosa » en 2008, ou les marionnettes marionnettophages des « Trois vieilles » de 2111. Mais il met aussi en valeur les spectacles destinés aux plus jeunes, et susceptibles d’en faire des spectateurs avertis plus tard.  
Claudine van Beneden et Angeline Bouille
 préparent leur hivernage sous la neige d'hiver.
Le premier spectacle du festival a eu lieu devant des enfants de la Maternelle de l’école Ramon, au centre social Saint-Crépin. « 1, 2, 3, 4 saisons » part de l’œuvre de Vivaldi pour suivre, en musique et comptines, le cycle des saisons. Plus qu’un charmant spectacle, il a mis son petit public sous le charme. Claudine van Beneden et Angeline Bouille rayonnaient d’amabilité, tout en se permettant bien des touches de malice. Les mimiques de Claudine cherchant à attraper une mouche qui l’agaçait, ou les petits coups de bâtons échangés en musique – l’arrière-train de chacune produisant un son différent – ont bien fait rire, alors qu’un orage a fait peur a certains.
    Le festival permet ainsi aux plus jeunes de voir devant eux des personnes qui jouent. « Je te fais un cadeau » dit un garçonnet après le spectacle. Apparemment il n’en avait pas entre les mains, mais voulait dire combien il avait aimé. Il n’aurait pas pensé l’offrir à un écran de télévision.
L'Union



12/04/2014

Les particules élémentaires : un long coup de poing

Il y a toujours un frisson lorsque les lumières baissent dans la grande salle du Mail. La réalité se retire, le spectacle commence. Mais l’ambiance était encore plus fébrile pour « Les particules élémentaires », car le Mail a coproduit cette pièce, adaptée et mise en scène par Julien Gosselin à partir du roman de Michel Houllebecq. Jean-Marie Chevallier, directeur du Mail, explique : « Il y a eu une petite aide financière, nous prenons le spectacle ici, et surtout nous avons mis la salle à disposition pour travailler. » Nous étions là pour voir ce qui en émergerait.
Les demi-frères Bruno (Alexandre Lecroc,
à gauche), et Michel (Antoine Ferron).
    La pièce montre deux demi-frères, Michel et Bruno, l’un incapable de sentiments profonds, l’autre en quête de satisfaction sexuelle, et qui témoignent du déclin de l’être humain, remplacé à la fin par une race de clones immortels et joyeux.
    Les acteurs s’adressent directement au public pour dire cette histoire, distanciant ainsi la violence radicale des propos. A l’entracte les avis étaient partagés, surtout sur l’écriture de Houellebecq,« que je n’aime pas du tout » dit un spectateur. Est-ce la volonté de choquer, de dépasser les limites, de déborder dans l’obscène ? Un autre parle avec admiration d’un « long coup de poing dans la figure ».
    Mais tous ont adhéré aux valeurs théâtrales, la force et la diversité de la mise en scène, traduite par dix jeunes acteurs. Par leur profond engagement collectif ils font penser au Théâtre du Soleil, en créant un monde où nous avions le privilège d’être admis pendant les trois heures du spectacle.
    Après Avignon en 2013 et ce passage par Soissons, 200 représentations sont prévues, dont une cinquantaine dans le cadre on ne peut pas plus prestigieux du théâtre de l’Odéon à Paris.
L'Union

29/03/2014

Les CHAT se préparent

Sur deux rangées de chaises, face à face dans la petite salle du Mail, des inconnus attendent pour répéter. C’est pourtant la classe de Quatrième à horaire aménagé théâtre (CHAT), dont les visages ont souvent été vus sur scène lors des présentations de travaux, qui répète. Qu’est-ce qui les rend méconnaissables ?
Margaux et Pauline masquées.   Photo P.Chatton
Les traits déroutent. De petits vieux, de grandes filles, des jeunes bizarres. L’explication : chacun porte un masque, qui cache juste les joues et la lèvre supérieure et ajoute un nez saillant, mais qui suffit pour tout transformer. C’est le théâtre masqué qui opère sa magie, car se cacher le visage libère tout le corps.
    Les jeunes acteurs échangent des dialogues improvisés avec Alice Riquet d’Art Tout Chaud, intervenante professionnelle.
    A l’auditorium en haut, les élèves de Cinquième ont du mal à se contenir. Le metteur en scène Didier Perrier les encourage : « L’excellence, je m’en passe : l’exigence, non. »
    Dans deux heures tous seront devant le public de la grande salle, démontrant leur grandissante capacité à jouer un personnage en restant eux-mêmes.
L'Union



28/03/2014

Les Fables de La Fontaine renouvelées

Le plateau du Mail n’était éclairé que par des bougies, que de grands bacs cachaient au public, et qui produisaient une luminosité plus qu’une lumière.
Dans la luminosité des bougies,
Jean-Denis Monory et Armelle Roux.
    Une femme, le front et les yeux dissimulés par un masque domino, entre, s’assied au clavecin, commence à jouer. Un homme la rejoint, mi-marchant, mi-dansant, les mains en constant mouvement, et s’adresse à la salle : « Maître Corbeau sur un arbre perché… ».
    Fables de La Fontaine et « Folies françaises » de Couperin alterneront le long de ce spectacle de Jean-Denis Monory. Déjà venu à Soissons en 2012 avec « Les femmes savantes », il poursuit ici sa méticuleuse restitution du théâtre baroque du 17e siècle. Le texte est déclamé avec la prononciation de l’époque, accompagné d’un langage gestuel raffiné.
    Ce style crée-t-il alors une curiosité lointaine, qui ne passionnera que les historiens du théâtre ? En fait, dire des textes archi-connus dans ce cadre leur donne de la distance. La combinaison de parole, musique, geste et danse, en ramenant les Fables à leurs sources contemporaines, les rafraîchit et les renouvelle.
L'Union

24/03/2014

Music-hall : piétiner les codes du masculin

Jean-Luc Revol (à g.) et Denis d’Arcangelo.
Georges et Gaëtan sont « Les  2 G », vieux troupiers du music-hall campés par Denis d’Arcangelo et Jean-Luc Revol en queue-de-pie. Revenus de tout sauf de leurs manières extravagantes, désabusés de tout sauf du ravissement d’être devant un public, ils ont offert un pétillant « best of » d’adieu aux spectateurs de la petite salle du Mail.
      Chansons lestes, tours de magie, souvenirs bien trop intimes : une grivoiserie transgressive flotte comme un parfum ou claque comme une jarretière. Une représentation de Moïse traversant la mer Rouge est évoquée. Georges exulte : « J’étais la Mère rouge ! ». Un morpion savant funambule épate la salle – puis s’y sauve. G et G le localisent « avec plein de copains » chez un spectateur, qu’ils invitent à les rejoindre plus tard pour récupérer la vedette en vadrouille.
    Denis d’Arcangelo et Jean-Luc Revol amusent, s’amusent, mais ce ne sont pas que des amuseurs : par leur folles manières ils s’adonnent à un travail de sape du convenable, se prennent exprès les pieds dans la théorie des genres. Voilà le mâle qui piétine les codes du masculin, tourne ses gestes raides et dominateurs en pièce montée rococo. L'idée qu'un homme adoptant ces comportements singe ou ridiculise les femmes n'est pas juste : c'est une affaire entre hommes, périlleuse – et d’autant plus désopilante -– parce qu'elle fissure la façade du pouvoir de l'homme.
L'Union