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12/05/2014

De la star grecque au labyrinthe langagier

Angélique Ionatos avec Katerina Fotinaki.
Le charme de « VO », c’est de trouver des spectacles dont on n’a jamais ou à peine entendu parler. A « Anatoli », cependant, bien des spectateurs attendaient l’occasion de voir enfin la grande Angélique Ionatos. « Je me souviens d’elle quand son jeune frère l’accompagnait à la guitare » disait une admiratrice. Avec Katerina Fotinaki, elle a chanté le répertoire grec, qui ne paraît être qu’émotion. L’amour du pays informe ce qu’elles chantent, dans des registres mi-familiers mi-exotiques. Elle a lu des poèmes en traduction – et un extrait de « Stabat mater furiosa » de Jean-Pierre Siméon, rattachant son récital ainsi à « VO » 2008.
Renaud Danner devant Etienne Cocquereau.
    « Si ça va, bravo » est un brillant exercice langagier de Jean-Claude Grumberg, interprété brillamment par Renaud Danner et Etienne Coquereau avec intelligence et exactitude. Dix-sept saynètes, démarrant sur la question « Ca va ? » ou l’exclamation « Bravo ! », avancent sur un terrain ou la logique est minée. Chacun tente d’imposer une logique dont l’autre ne voit que l’absence béante. Pour les transis d’amour des mots, la cohérence peut aller se faire voir.
    « VO » propose de rencontrer les artistes après chaque spectacle : c’est parfois riche, parfois laborieux. Après « Anatoli », on pouvait voir les deux chanteuses à côte du bar, soudain seules, livrées à elles-mêmes. La puissance sur scène avait cédé la place à la fragilité ordinaire.
L'Union

17/01/2014

Les Berbères de Soissons fêtent le Nouvel an

Tisekkurine et Asalasse, danseurs berbères
d’Argenteuil, ouvrent le spectacle.
Habituellement, les spectateurs entrent discrètement dans une salle de théâtre, seuls ou en couple, s’assoient et attendent. S’ils parlent, c’est en chuchotant.
    Mais quand les Berbères de Soissons et leurs amis sont arrivés au Mail pour fêter leur Nouvel an en écoutant le chanteur kabyle Mohamed Allaoua, ils se sont approprié l’espace. Hommes, femmes, garçons, filles, enfants, parfois en poussette, ils n’ont pas attendu pour commencer la fête. Dans une ambiance débordant de sociabilité, relevée par les robes de couleur et broderies, les futurs spectateurs s’installaient, se déplaçaient, discutaient. Les plus jeunes dévalaient les marches. Une chaîne de télévision berbère menait des entretiens. L’association locale Tilleli, qui agit pour une plus grande reconnaissance de la langue berbère, recrutait. De toute évidence le Nouvel an était déjà une telle réussite que le spectacle n’allait être qu’un joyeux bonus.
    Précédé du groupe de danse Tisekkurine et Asalasse, le chanteur Yazid Meradi a fait la première partie. Les spectateurs commençaient à quitter leurs places pour danser devant le plateau.
    Chantre de l’amour du couple, de la famille, Mohamed Allaoua, immense vedette de la chanson berbère, a comblé son public, accompagné par le groupe de danse. Le programme annonçait « 1h30 » de spectacle : on pouvait déjà deviner qu’il ne se terminerait qu’après minuit. L’an 2964 berbère était sur les rails.
L'Union

27/12/2013

Unité des soins palliatifs : le chant en cadeau

C’est la saison des cadeaux ; mais que donner à des personnes proches de la fin de vie ? Christine Lalouette d’Anizy a rassemblé un groupe de chanteurs de sa ville et ses alentours, et cette « chorale sans nom » est venue dans l’Unité de soins palliatifs de l’hôpital avec un programme de chants de Noël. « C’est la première fois que nous sommes ici » explique-t-elle.
Les chanteurs d’Anizy dans l’Unité des soins
palliatifs, devant les nounours accrochés au mur.
    Ils ont chanté dans les couloirs, devant les portes ouvertes des chambres. « Douce nuit, sainte nuit », « Il est né le divin enfant » : ils célébraient une naissance dans un lieu où la mort est plus familière. L’effet sur tous était palpable. Cette musique était autant à l’intention du personnel médical et des bénévoles de l’USP, qui côtoient la vie qui s’efface.
    Des dizaines de « doudous » – nounours, poupées, peluches – sont accrochés aux murs des couloirs de l’unité, prêtés pour cette période des fêtes, et qui portent souvent le nom donné par leurs propriétaires. Les enfants se séparent un temps des objets qui les réconfortent, comme pour rassurer ceux qui paraissent si loin d’eux. C’est une façon de rappeler que la vie vibre encore ici.
L'Union

17/12/2013

Yvette Guilbert : danser pour ne pas s’enfoncer

Nathalie Joly avec son pianiste Jean-Pierre Gesbert.
En deux récitals dans le cadre intime de la petite salle du Mail, la comédienne et chanteuse Nathalie Joly a présenté les chansons et la carrière d’Yvette Guilbert, star du « caf’conc’ ». Elle a maîtrisé le mordant, la force, les outrances de cette amie de Freud, qui a inventé le « chant parlé », et transformé le chant de music-hall en commentaire désabusé sur les passions humaines.
    Le premier soir, elle a parcouru les débuts de la gloire de Guilbert. Le lendemain, c’était la seconde période, lorsque la « diseuse » a quitté les cabarets parisiens pour parcourir le monde, innover, et renouveler les sources de son art. Les chants sont poignants ou hilarants, ou les deux en même temps, et Nathalie Joly les interprétait sans rater un seul effet.
    En réalité, par ses œillades, sa coquetterie, ses crâneries, Yvette Guilbert partageait un secret avec son public : que la vie humaine est aussi un marécage de bassesses et de malheurs, et que ne pas s’y foncer il vaut mieux garder le pied léger en dansant.
    La voix enregistrée de Guilbert est comme une lame de rasoir. Mais lorsqu’un artiste fait revivre une vedette du passé, il est à juger lui-même. Les comparaisons sont déplacées, au-delà d’une vraisemblance de base. Nathalie Joly dépasse l’imitation pour arriver à une évocation, généreuse et entraînante.
L'Union

31/08/2013

Une chorale néerlandaise à Saint-Charles

                                                                                           Photo : GVE
Le Gestels Vocaal Ensemble, chorale néerlandaise, a la bonne habitude de venir passer quelques jours en France chaque septembre, et d’y donner des concerts. Cette année, sa tournée aura lieu dans l’Aisne, et le premier de ses trois concerts sera donné à l’ancienne chapelle Saint-Charles de Soissons.
    Le répertoire de cette vingtaine de choristes, dirigés par Jan Snel, est caractérisé par une grande diversité de compositeurs, styles et périodes. A Soissons, le programme comprendra des œuvres d’une douzaine de compositeurs, de Palestrina à John Taverner, en passant par Orlando Gibbons, Bach, Liszt et Bruckner.
    L’événement est organisé pour aider à la restauration de la chapelle.
L'Union

07/05/2013

Pierre et le loup swinguent

Les choristes de Cuffies et Jean-Moulin ouvrent la soirée.
Le travail soutenu en amont du spectacle a assuré à « Concerts de poche » une belle salle pour une version jazz de « Pierre et le loup » de Prokoviev par The Amazing Keystone Big Band. Après des mois d’ateliers de chant choral dans les écoles de Cuffies et Jean-Moulin, les élèves ont chanté en première partie. Grâce aux parents, frères et sœurs, il ne restait pas une seule place libre dans la grande salle du Mail. Un jeune public en attente est vibrant et bruyant, mais exigeant : des vagues d’applaudissements ironiques ont marqué le fait que, bien après l’heure annoncée, il n’y avait encore personne sur scène pour les recevoir.
Sylvain Thomas avec son tuba
avant le concert.
    Une fois arrivés, les jeunes choristes ont vite mis la salle en rythme avec un air russe et un chant gospel.
    Après eux, la vingtaine de musiciens jazz ont sorti l’œuvre de Prokoviev de son chemin archi-familier en faisant swinguer tous les personnages : le chat, le loup et Pierre, dont la sage promenade devient une danse pleine de balancements. Le public était toute attention.
L'Union

30/10/2012

Des voix de lumière à la cathédrale

A ce stade du travail, certains des Petits chanteurs
 franciliens se  réfèrent encore aux partitions.
A la cathédrale, le cycle quotidien prend fin chaque jour avec les Vêpres. Dimanche, alors que la nuit fermait les vitraux une heure plus tôt que la veille, l’office a pris une ampleur exceptionnelle, avec la présence des Petits chanteurs franciliens. Cette « maîtrise », formée d’élèves du collège Stanislas de Paris passent quatre jours des vacances scolaires à la maison Sainte-Croix de Belleu. Ils y travaillent sur leurs concerts de Noël.
    Les responsables ont proposé de faire chanter la maîtrise à l’office des Vêpres, suivi d’un concert. Régis de la Roche, directeur musical, dit le plaisir de chanter dans « cette belle cathédrale », alors que d’habitude ils doivent se contenter de la petite chapelle du collège. Le programme comprenait des œuvres du 16e au 19e siècle, dont un « Kyrie » de Tomas Luis da Victoria, spectaculaire superposition de couches de chant en une complexe polyphonie. Répétitions obligent, ils ont offert plusieurs chants de Noël avant l’heure.
    Que dire de ces voix de lumière ? Entre une soprano féminine et une voix de garçon, la différence n’est pas tant dans le timbre ou la puissance, que dans la nature fugace de celle du petit chanteur : à la puberté elle se cassera, puis descendra vers les profondeurs d’une voix d’homme.
L'Union

22/06/2010

Carmen à guichets fermés


Les enfants de CM.....

Pour l’avant-dernier spectacle de la saison au Mail, la salle a été glorieusement pleine. Cela s’explique par le choix d’une valeur sûre auprès du public, l’opéra « Carmen », mais aussi par l’animation en amont, spécialité des « Concerts de poche » de Gisèle Magnan. Des groupes de choristes qui répètent depuis des mois ont chanté les numéros d’ensemble de l’opéra dans une première partie. Les CM1 et 2 des écoles de la Gare et Michelet, la chorale de l’EJC, des enseignants et un groupe des centres sociaux : soixante enfants suivis d’une soixantaine d’adultes, cela assure une bonne centaine de familles et d’amis dans la salle.

.... suivis des adultes
La version abrégée de l’opéra dégage et révèle le jeu essentiel de Carmen. Elle exerce son pouvoir sur un homme fort jusqu’à l’abaisser, puis s’en détourne avec dédain pour en trouver un autre. Le toréador ne s’en échappe que parce son prédécesseur tue Carmen.
Dans un décor simple mais ingénieux, quatre solistes ont raconté cette histoire mortifère. Un autre plaisir a été la présence de musiciens dans la fosse d’orchestre, alors que de plus en plus de compagnies de danse et autres se fient aux enregistrements. Il est vrai que l’opéra s’y prêterait difficilement !
L’Union

27/04/2010

La musique baroque italienne et flamande à Saint Léger


Le programme du concert donné dans l’abbaye Saint Léger débordait de titres et de noms italiens, flamands et même anglais, plutôt inconnus pour le non-spécialiste de la musique baroque. Mais en fait nous avons écouté deux longues séquences, dans lesquelles les différents morceaux s’enchaînaient, le début du suivant rebondissant sur la fin du précédent. Alors au lieu de devoir applaudir régulièrement – ou d’hésiter, de peur d’intervenir maladroitement entre deux mouvements d’une sonate – nous avons pu laisser s’accumuler l’effet des différentes œuvres.
C’est par un choix et un ordonnancement rigoureux que Jean Tubéry, directeur de l’ensemble La Fenice, a pu composer ce programme en fleuve.
Dans la première partie italienne, la créativité des compositeurs bouillonnait à l’intérieur des cadres formels de l’époque : c’est ce qui donne toute sa tension à la musique baroque.
La seconde partie présentait des œuvres plus champêtres, plus dansantes. C’est Jean-Michel Verneiges de l’Adama qui avait suggéré de faire entendre à Soissons cette musique contemporaine de « L’adoration des bergers » de Rubens à la cathédrale. Allions-nous être nombreux à retourner voir ce tableau célèbre, les échos du concert dans les oreilles ?
L’Union







Les musiciens de La Fénice derrière
Jean Tubéry, sur les marches
descendant à la salle capitulaire.

22/01/2010

Le plaisir d’être tristes ensemble


Agnès Jaoui, artiste multi-talentueuse s’il en est – comédienne, metteur en scène, scénariste – est venue au Mail chanter, à l’occasion de la sortie de son album « Dans mon pays ». La musique est surtout « latino », avec même un numéro en « ladino », qu’elle appelle « le yiddish des juifs ashkénazes ».
Elle invite le public au « plaisir d’être tristes ensemble ». En effet, les chansons puisent souvent dans la souffrance et le dépit de femmes délaissées. D’autres parlent de la nostalgie des exilés. La chanson-titre, écrite par Jaoui, évoque un pays inimaginable où « les amoureux sont protégés ».
Elle est accompagnée par « El quintet oficial », six musiciens – si ! – venus pour la plupart d’Amérique latine. Entre les chansons elle intercale un discours aimable mais décousu, parfois laborieux. Aurait-elle mieux fait de le gommer ? En fait, ses remarques servent à mettre une distance entre cette artiste française et ses chansons en espagnol ou portugais. Elle interprète ces autres cultures pour son public. Quand un des musiciens intervient dans un numéro de flamenco avec une voix rauque et authentique, la salle est saisie.
Une soirée triste, alors ? Le paradoxe de la musique est de pouvoir exprimer la plus grande douleur, et d’émouvoir ceux qui l’écoutent, sans les accabler.
L’Union

21/10/2009

Samson et Dalila: du chat au tigre


Il y a un charmant paradoxe entre les dorures joliment défraichies de la chapelle Saint Charles et le combat que mene Malika Bellaribi-Le Moal, pour sortir l'opéra d'un cadre compassé et le rendre vivant pour les publics populaires (voir l’Union du 16 octobre). Mais « Samson et Dalila » s’y est intégré sans rien perdre de son originalité.
L’opéra était donné en avant-première, sans costumes ni mise en scène, avec des solistes et un chef des chœurs venus de Paris, les chorales Adefram de Belleu et « Opéra dévoilé » de Paris, accompagnés au piano et à la clarinette. Vu la petitesse des moyens, les artistes amateurs, et son côté improvisé, c’était un peu comme si nous prenions un petit chat sur les genoux pour la soirée. Mais dès les premières notes, révélant la force avec laquelle la partition puissante de Saint Saëns serait chantée. le minou s’est sauvé, et nous nous sommes trouvés assis sur un tigre. Dans cet opéra qui ressemble à un oratorio, les chanteurs étaient partout à la hauteur des passions exprimées. Le hurlement final lorsque Samson fait tomber le temple était glaçant.
Les Parisiens s’étaient déplacés pour l’occasion. En novembre-décembre, les Belleusiens iront à Paris, chanter l’opéra une dizaine de fois.
L’Union

17/10/2009

Les trois libertés de Malika Bellaribi-Le Moal


Malika Bellaribi-Le Moal aurait pu ne pas s’écarter du chemin qui semblait tracé pour une fille de parents immigrés d’Algérie. Mais un grave accident l’a éloignée de sa famille, et elle a découvert une autre culture, une autre religion et, à la messe dans l’institution religieuse où elle était soignée, la musique classique. Adulte, elle s’est consacrée au chant, sans oublier son passé. « Réconcilier les valeurs de ses origines avec celles de son pays de naissance : voilà le travail à faire. » Par des mises en scène minimalistes, et en abrégeant les partitions, elle favorise la rencontre entre les publics défavorisés, ghettoïsés, et l’opéra, « art complet, qui rassemble et aide à grandir ».
Depuis plusieurs années elle vient à Belleu, produire des spectacles en complicité avec Robert Foreau-Fénier de l’Adefram, association dévouée aux relations franco-marocaines. Cette fois c’est « Samson et Dalila » de Saint-Saëns, joué à Soissons avant d’aller à Paris. Malika y retrouve ses grandes préoccupations : « la liberté des peuples, la liberté des religions, et la liberté d’aimer ». En attendant de répéter, elle parle de ses enthousiasmes, si nombreux qu’elle en rit elle-même. La voir avec des choristes, c’est comprendre que pour elle le chant est un moyen d’ouvrir la voix, le corps et le cœur.
L’Union

13/03/2009

Silence pour le chant du fado !


Apprenant que Cristina Branco chanterait le fado, Joäo Carvalho, qui habite la Marne, a fait le voyage jusqu’à Soissons. « J’aime le fado. Quand j’étais garçon, je le chantais dans la rue. » D’autres personnes d’origine portugaise se sont trouvées dans la salle du Mail, même si la majorité du public était venue pour goûter un genre exotique, qu’elle connaissait ou découvrait à cette occasion.
Qu’est-ce que le fado ? Chant populaire portugais : la définition est bien sommaire. « Blues portugais », dit-on, pour ses sujets tristes et son plein d’émotion, encore sans englober toutes les formes qu’il prend depuis ses débuts. Cristina Branco est à la fois fidèle à la tradition d’Amalia Rodriguez, et novatrice dans son choix d’auteurs. Ceux qui ne comprenaient pas les paroles sont restés nécessairement en dehors de leur sens, portés néanmoins par la voix et ses modulations, les mélodies, et l’effet cumulatif du rythme à deux temps.
La salle est restée réservée, peut-être devant la retenue de Cristina Branco elle-même. Seul un numéro pour trois guitares, sans chant, a déclenché un vrai enthousiasme. Le moment le plus évocateur est venu à la fin, lorsque Cristina Branco a entamé « Tout est fado ». Les Portugais dans la salle s’y sont joints, et elle a éloigné enfin le micro, laissant entendu sa voix naturelle, souple et fraîche. Cela rappelait les origines populaires du fado, improvisé dans les cafés de Lisbonne, quand le fadiste était annoncé par le cri traditionnel de « Silêncio que se vai cantar o fado ! » - silence pour le chant du fado.
L’Union

25/09/2008

L’avenir de Not’en chœur

Pour mettre en valeur le patrimoine des petites églises de campagne, « Not’en chœur » de Belleu est venue chanter à Chacrise. Cette chorale a la bonne idée d’amener son avenir avec elle, pour la première partie du concert. Cependant, vu la verve avec laquelle les adultes ont chantée, ces enfants ne prendront pas leurs places de si tôt.
L'Union

30/05/2007

Sanseverino : le slammer du swing


C’était la fin de la saison 2006-7 au Mail, et tous les boutons de commande, son, lumière et dynamisme, ont été réglés au niveau maximal pour Stéphane  Sanseverino, en concert avec ses douze musiciens.
Un commentateur sur Internet, avec le sens de la formule, l’appelle « le slammer du swing ». Ses textes sont denses, élaborés, débités avec précipitation, et volontiers provocateurs, mais accompagnés sur scène par sa musique qui prend la priorité sur les mots, pour créer un spectacle jubilatoire.
Sanseverino avait débuté dans le jazz manouche, mais a élargi ensuite son offre jusqu’au « big band » plein de cuivres pour corser le son. Le swing, musique à quatre temps qui exploite toutes les ressources des musiciens, ensemble et en riff, est irrésistible de rythme pour les auditeurs, et cela se voyait – le mot ne veut-il pas dire « balancement » en anglais ? L’énergie généreuse des musiciens a mis souvent debout les spectateurs, pas tous des jeunes, pour mieux participer à la fête.
Des images émergent, de films avec l’orchestre de Basie ou Ellington, ou d’un campement gitan lorsque Sanseverino, assis avec un petit groupe (« Comme vous êtes assis » dit-il à la salle), a fait penser à Django Reinhardt et ses camarades.
Une autre image fugitive venait de l’encombrement de la scène, instruments, micros, chaises, pupitres, caissons de retour : la saison se termine, et il faut bien que les bagages soient faits, que tous les saltimbanques qui ont occupé le théâtre reprennent leur route.
L’Union


Sanseverino en robe noire étincelante pour une de ses chansons – la provocation comme stratégie de scène.

19/05/2007

La chasse aux sons au Mail

Il y a un très grand, un tout petit, une petite et deux moyennes. La combinaison des tailles empêche déjà de prendre « Cinq de cœur » au sérieux.
L’appellation « quintet vocal à cappella » laisse supposer un récital classique, musique ancienne et retenue sur toute la ligne. En fait, seule la formation est classique chez ces cinq chanteurs, ce qui s’entend à leur puissance vocale et au phrasé. Pour le reste, leur nouveau spectacle « Chasseurs de sons » déjante du premier au dernier moment – et même au-delà, lorsqu’un chanteur frustré qui essaie de pousser une ultime chansonnette est poursuivi par les trois chanteuses munies de filets à sons.
Dans la tradition des Frères Jacques, Cinq de cœur utilise la musique pour faire rire, et le public du Mail s’y est prêté avec enthousiasme. Pour illustrer ou raconter des situations cocasses, rigolotes ou surréelles, les artistes enchaînent des mélodies puisées dans l’opéra, le music-hall, le pop. Reconnaît-on ce qui accompagne des chamailleries sur scène ? Oui, c’est le Toccata de Bach. Tout y passe : n’a-t-on pas encore entendu le thème du « Sacre du printemps » ? Il viendra dans la minute qui suit. Ils font même les effets sonores, porte qui grince, moustique qu’on écrase, soucoupe volante qui atterrit.
Le groupe, qui existe depuis une quinzaine d’années, se produit jusqu’en juin à Paris. Il permet à la saison du Mail de s’approcher de sa fin – encore un spectacle et c’est tout - dans le bon humour et les rires.
L’Union

Constats de vie en musique


Par sa concentration des spectacles sur cinq jours, Voies Off ressemble un peu à une partition dont les mouvements se succèdent. Après le démarrage fracassant et empressé par Yanowsky et Parker vient « Le nez en l’air » plus élégiaque, à l’abbaye Saint Léger.
Michèle Bernard n’est pas une petite débutante, qui nous serinerait ses espoirs, ses amours déjà déçues, ses opinions tranchées sur le sort du monde qui l’attend. C’est une femme qui a pris le temps de s’adapter aux réalités, de faire sa paix avec la vie, ou d’approfondir ses révoltes.
Un petit salon de musique avait été monté à la croisée de Saint Léger, mais l’acoustique est trop sonore et solennelle pour un récital qui se veut intime. Il fallait aussi toute la chaleur de Michèle Bernard pour empêcher la fraîcheur de la nef de refroidir les spectateurs.
Ses textes sont amples, et ses mélodies les suivent plutôt d’imposer leur priorité. Comme une conteuse, Michèle Bernard, sereine, inquiète ou enjouée, raconte en musique ce qu’elle a constaté du monde et de ceux qui y vivent. Le public fidèle de Voies Off, et qui se retrouve d’un spectacle à l’autre autour de la ville, a montré, par son nombre et ses applaudissements, qu’il était prêt à s’en laisser conter par elle.
L’Union

28/04/2007

« Diva et ténor » : un spectacle qui atteint sa cible


La salle du Mail héberge des pièces, des ballets, des opéras, des concerts de jazz. L’après-midi de temps en temps, elle remplit une autre de ses fonctions : accueillir un spectacle qui offre à un public senior, majoritairement féminin, et assourdi par le rock et le rap, pire encore le métal, une musique à faire vibrer leurs souvenirs. « Diva et ténor », spectacle en forme de récital de la compagnie Trabucco, fait tout pour assurer ce rôle.
Les chanteurs, Marco Balsamo, grand brun au profil grec, et Anne-Laure Savigny, petite brune mignonne, ont tout pour faire plaisir aux yeux, et des voix solides. Ils sont accompagnés sur scène par quatre musiciens. En solo et en duo, ils font le tour des tubes inusables de l’opérette, de la chanson : Léhar, Brel, Piaf, Luis Mariano, Offenbach. Tubes parce que tout le monde les connaît jusqu’aux paroles ; inusables parce qu’ils forcent l’admiration à chaque fois par leur vigueur mélodique.
Un tel spectacle, pour un public qui apprécie tout, qui applaudit constamment, qui réagit aux propos des artistes, pourrait devenir machinal. Les gens y assistent en partie pour oublier pendant deux heures les impôts, les infirmités, les élections, l’échauffement climatique qui sévit dehors. Mais il n’y a pas de tromperie sur la marchandise. Les chanteurs y vont généreusement, et font même preuve de tendresse envers leurs spectateurs. « Diva et ténor » vise à éveiller des souvenirs en musique et, d’après les « bravos » lancés, il atteint sa cible.
L’Union

24/10/2006

La musique chorale à la cathédrale


Le Festival des cathédrales de Picardie 2006 a poursuivi son voyage musical en Italie à la cathédrale de Soissons. Après le répertoire profane vénitien à Septmonts de Poïésis, le chœur « Vox cordis » d’Arezzo a présenté la musique sacré de Rome; dont celle de deux rénovateurs, Palestrina au 15e siècle siècle et Liszt au 19e.
    Sous la direction of Lorenzo Donati, les choristes ont illustré brillamment le rayonnement musical de Rome. Selon les exigences du programme, ils se regroupaient, se déplaçaient. Pour le premier chant gréogorien, « Ave Maria maris stella » - plus ancien que la cathédrale elle-même – les voix d’hommes, devant la tribune d’orgue, ont été rejointes par celles des femmes placées à la croisée, en un moment de grande intensité. Le chant enveloppait le public : l’acoustique tenait du merveilleux.
    Après l’entracte, le public a eu l’occasion d’entendre « Via crucis », le chemin de croix, œuvre tardive de Liszt, dénuée, intérieure, bien loin de ses partitions torrentielles plus connues. De Palestrina à Liszt, des chants liturgiques anciens à la messe chorale de la messe chorale de l’époque romantique, le changement se trouve surtout dans les harmonies, qui deviennent rêveuses, et dans le développement plus théatral.
L’Union

06/06/2006

Maxime Le Forestier chante Georges Brassens : deux généreux se rencontrent

Le chanteur après le spectacle.
En 1972, Maxime Le Forestier a fait la première partie du spectacle de George Brassens au Bobino à Paris. Plus de trente ans plus tard, au centre culturel, l’un présente un récital des chansons de l’autre, mort depuis une vingtaine d’années.
    Assis sur un haut tabouret devant des rideaux sombres, dans un îlot de lumière qui se module en pâlissant, en s’intensifiant, Maxime Le Forestier tient sa guitare sur les genoux, et son public dans la main. Il est sans artifice, détendu ou, le grand art étant de cacher l’art, sait le paraître. Toute tension est absente. Les chansons sont consignées dans un cahier, et il laisse la salle les choisir en criant tel numéro. Une fois, avant de chanter, il dit « Mesdames… », et souhaite que, Brassens ayant écrit de si belles chansons d’amour des femmes, elles veuillent bien lui pardonner celle-ci, sombre histoire d’une femme que rien ne rachète, ni la beauté, ni l’esprit, ni même la compétence culinaire.
    Sa voix est comme une main chaude qui caresse un chat, et les gens qui remplissent la grande salle semblent effectivement ronronner de plaisir. Ils dépassent le statut de spectateurs, en manifestant leur complicité, leur satisfaction, leur connaissance du répertoire, et bien sûr par les demandes de chansons qui fusent.
    Les textes de Brassens sont de petits miracles d’intelligence libertine. Il sait comme personne placer des expressions rabâchées là où, allumées par la mélodie, elles flamboieront. « Parlez-moi d'amour et je vous fous mon poing sur la gueule – sauf le respect que je vous dois. » Ses rythmes ont fait l’objet de bien des études. Il y a trois éléments : le rythme de la voix, celui de l’accompagnement, et les petits pas de danse entre les deux.
    Sincères, tendres, amicaux, moqueurs, voluptueux, Brassens et Le Forestier ne sont pourtant jamais dupes. Les sentiments remplissent la vie de rires, de larmes, de colères justes et injustes ; la sentimentalité ne fait qu’en accentuer le vide.
    Par moments, comme lorsqu’il rappelle que « tous les gars du village étaient là la-la-la-la là » pour regarder Margot donner le sein à son chat, le récital nourrit une telle ambiance que les spectateurs peuvent se mettre à espérer qu’en étant un peu plus généreux, un peu plus solidaires, un peu plus épris de justice sociale, ils pourraient faire ensemble un monde meilleur. C’est précieux, même si d’aucuns ont pu reprendre d’autres opinions politiques au vestiaire en sortant.
L'Union