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13/05/2014

Le Festival prend fin avec un gâteau d’anniversaire

Rois vagabonds.
C’est devenu une tradition : « VO en Soissonnais » prend fin dans l’hilarité. Cette année, deux clowns des« Rois vagabonds » ont accompli une série de tours brillamment incompétents, leurs voix réduites à des cris étouffés derrière l’éloquence des corps. Ils jouaient en même temps un violon et un tuba – ce qui fait qu’un festival qui a débuté avec du Vivaldi dans « 1, 2, 3 4 saisons » a pris fin avec le même œuvre. Il y avait une foule de jeunes au Mail pour ce spectacle de clôture, et des adultes qui riaient comme des enfants.
Opus 13.
    Ce dernier jour nous avions déjà vu « Rouge chaperon », où le conte pour enfant est devenu un enjeu sanguinolent entre deux femmes.
    En avant-dernier, les deux danseurs d’« Opus 13 » ont tourné aussi inlassablement que les poissons rouges dans des bols suspendus sur le plateau, et de plus en plus énergiquement. Ainsi ils apprenaient à être ensemble en partageant le pouvoir. Seulement à la fin la femme s’est effondré tendrement dans les bras de l’homme.
    Jean-Pierre Pouget et la trentaine de bénévoles pourront se féliciter de la réussite du festival, avec autour de 2000 entrées pour 11 spectacles dans neuf lieux différents. A côté de pièces pour les tout petits, des spectacles populaires ont attiré un public peu habitué au théâtre vivant. Des pièces plus exigeantes ont nourri les sens et parfois mis au défi les nerfs de spectateurs avertis. Pour fêter ses dix ans, déclara le président, « nous l’avons souhaité plus festif et musical. » Une offre éclectique pour un large public : pour un petit festival, c’est à remarquer.
Rouge chaperon.
    Le président a ainsi clôturé « VO en Soissonnais », mais ce n’était pas fini. Pour fêter ses 126 spectacles, 220 représentations et près de 24 000 spectateurs, dont 5 600 scolaires, depuis 2004, tout le monde a été invité à suivre un orchestre de samba jusqu’à la Halte fluviale, pour partager un gâteau d’anniversaire.
L'Union
Les bénévoles "VO" sur scène.










VO jour le jour


Un festival sans inauguration est comme un opéra sans ouverture ; une inauguration sans buffet est comme un village sans café. Martine Besset l’a si bien organisé pour « V.O. » 2013 qu’elle a été rappelée cette année. Convoquer un traiteur ? « Mais non ! » s’exclame-t-elle. Pour des raisons budgétaires, mais aussi pour impliquer les gens dans l’ action, elle fait appel aux bonnes volontés et connaissances culinaires, et coordonne les résultats. Les festivaliers n’en ont pas raté une miette.


Elle change de registre, mais pas de festival. Dans « Sas » en 2007, Angeline Bouille était marionnettiste, dans la douleur d’une prison de femmes. En 2013 elle a joué « Oublie », mystère initiatique africain. Cette année elle charme et chouchoute les tout petits dans « 1, 2, 3, 4 saisons ». « Ce public m’apporte le plus. » Un prochain projet concerne le combat des « femmes Lejaby ». Pour « VO » ? Elle sourit, comme pour dire « Ca ne dépend pas de moi. »



 Le couple Sylvie Carbone et André Chaillou, elle de Soissons, lui d’Eaubonne, fréquentent « VO » depuis le début. Pourquoi ? Sylvie est enthousiaste : « J’aime même les spectacles qui je n’aime pas, car il y a toujours quelque chose à trouver. » Pour André, c’est qu’il y ait tant de différentes choses à choisir. L’année prochaine ils commenceront leur deuxième décennie dans les salles.




Colette Clauet-Lenoir est venue écouter « Anatoli » à l’Arsenal parce qu’elle aime la musique, dont la musique grecque. Mieux connue comme secrétaire pendant 10 ans du « Café philo » de Soissons, elle projette maintenant de faire un livre à partir des volumineuses notes prises pendant les débats. Après le concert ? « Comblée. »


En 2003 Nathalie Ferréol, habituée du festival d’Avignon, s’y est trouvée avec des trous dans son emploi du temps quand les intermittents du spectacle ont fait grève. Elle était assise avec Jean-Pierre Pouget à une terrasse de café quand une idée est née : « Si on faisait quelque chose à Soissons ? » Ils ont contacté les élus dès leur retour, et « Voies off en Soissonnais » a été lancé en 2004. Dix ans après, elle est toujours bénévole du festival.
L'Union


12/05/2014

De la star grecque au labyrinthe langagier

Angélique Ionatos avec Katerina Fotinaki.
Le charme de « VO », c’est de trouver des spectacles dont on n’a jamais ou à peine entendu parler. A « Anatoli », cependant, bien des spectateurs attendaient l’occasion de voir enfin la grande Angélique Ionatos. « Je me souviens d’elle quand son jeune frère l’accompagnait à la guitare » disait une admiratrice. Avec Katerina Fotinaki, elle a chanté le répertoire grec, qui ne paraît être qu’émotion. L’amour du pays informe ce qu’elles chantent, dans des registres mi-familiers mi-exotiques. Elle a lu des poèmes en traduction – et un extrait de « Stabat mater furiosa » de Jean-Pierre Siméon, rattachant son récital ainsi à « VO » 2008.
Renaud Danner devant Etienne Cocquereau.
    « Si ça va, bravo » est un brillant exercice langagier de Jean-Claude Grumberg, interprété brillamment par Renaud Danner et Etienne Coquereau avec intelligence et exactitude. Dix-sept saynètes, démarrant sur la question « Ca va ? » ou l’exclamation « Bravo ! », avancent sur un terrain ou la logique est minée. Chacun tente d’imposer une logique dont l’autre ne voit que l’absence béante. Pour les transis d’amour des mots, la cohérence peut aller se faire voir.
    « VO » propose de rencontrer les artistes après chaque spectacle : c’est parfois riche, parfois laborieux. Après « Anatoli », on pouvait voir les deux chanteuses à côte du bar, soudain seules, livrées à elles-mêmes. La puissance sur scène avait cédé la place à la fragilité ordinaire.
L'Union

11/05/2014

Une soirée avec des monstres

Eric Goulouzelle vêtu des attributs du roi.
« VO » n’a pas peur d’ausculter les abîmes de l’esprit et du cœur humains. Cette fois, c’est « Savez-vous que je peux aimer et tuer en même temps ? » qui va le plus loin. Deux monologues, d’une femme qui coupe des sexes d’homme et les archive dans ses sacs en plastique, et d’un homme qui répète le rôle de « Richard le trois », en explorant sa propre soif d’exercer un pouvoir de vie et de mort.
Des monstres, donc, la monstruosité étant supposée correspondre à une complaisance pour les plus excessives formes de violence.
    Abondance, femme mise aux abois par la vie, raconte ses rencontres et leur suite atroce – « le sang giclait » - sur un ton moins défensif que revendicatif.
Sophie Matel ouvre un des sacs-fleurs.
    Richard tente d’imposer son pouvoir même sur le public. Une tirade féroce est suivie d’un regard en coin, et il demande « C’était bien ? » Nous nous croyions au théâtre ? Eh bien non ! Et pourtant si !
La meute de Richard
Les deux textes sont verbeux et nécessairement très, très longs : les pervers et/ou affabulateurs mettent des tonnes de mots à s’expliquer, se justifier, voire dérailler. Sophie Matel et Eric Goulouzelle génèrent parfaitement le malaise qu’il faut.
    Les effets visuels resteront dans la mémoire : elle qui ouvre sac après sac en forme de fleur pour exhiber ses prises ; lui qui émerge à la fin coiffé d’une haute couronne, et vêtu d’une traîne en plastique tachée de rouge, si longue qu’elle ne peut pas se dérouler sur la scène.
L'Union


10/05/2014

Un amour impossible

Dodo (Ralph Talyor) redresse Bambolina
(Celia Mendizabal) dans le parc de Septmonts.
Jouant devant leur remorque-loge dans l’ombre du donjon biscornu de Septmonts, les accessoires éparpillés sur l’herbe, les deux clowns-acrobates de la compagnie anglaise « Cercle de deux » auraient pu être des saltimbanques moyenâgeux, s’arrêtant en chemin pour amuser la populace.
    Le sujet du spectacle « Dodo et Bambolina » émerge aussi d’un long passé. Comme le mythe grec de Pygmalion, les « Contes d’Hoffman » ou le ballet « Coppélia », il met en scène un homme attiré par une créature qui est inaccessible parce qu’elle n’est pas vivante. Dodo, le clown Ralph Taylor, aussi impérieux que chétif, gère comme il peut sa turbulente poupée, jouée avec d’hallucinants gestes mécaniques par Celia Mendizabal. Ce drôle de couple se supporte, au prix de légers agacements, mais sans affection.
    Dodo se couche et Bambolina s’éveille, aussi gracieuse qu’elle avait été machinale. Elle flotte sur un trapèze, où le rejoint son amoureux pour des évolutions acrobatiques lyriques, accompagnées d’une version larmoyante de « Over the rainbow ». C’est naïf et sentimental, et c’est émouvant. Un spectacle populaire.
    Puis la poupée remonte sur son socle. Le quotidien d’une attraction de kermesse reprend. Du rêve ne restent que les peines de cœur.
    Tout cela sous une pluie fine mais persistante. Simple inconfort, pour acteurs et public ? « C’était très dangereux » répond Ralph Taylor. « Le trapèze était glissant. » L’illusion avait été parfaite.
L'Union

09/05/2014

Un exploit en ouverture

Nicolas Bonneau cite le récit du match écrit par Normal Mailer.
Au théâtre, il y a des représentations, consistant à rejouer un spectacle, des performances qui frappent par leur force et, plus rarement, des exploits, qui pulverisent les attentes comme un coup de poing. Le terme va bien pour « Ali », choisi pour la soirée inaugurale de « VO ». Il raconte le match de boxe en 1974 entre les poids lourds George Foreman et Mohammed Ali, au Zaïre: « rixe dans la jungle » disait-on. Les cocréateurs, Nicolas Bonneau qui fait le récit avec sa bonne bouille, et Mikael Plunian and Fannytastic, musiciens restés dans les ombres du plateau, mélangent texte, musique et séquences vidéo sur grand écran, pour situer la rencontre dans le contexte de la lutte des droits civiques, la guerre du Vietnam et la vie de chaque boxeur.
    Le spectacle est comme touché par la grâce : les gestes, sons et éclairages, et surtout les longs extraits du film du match, sont justes.
    Parlant après le spectacle, Nicolas Bonneau admet le danger que le sujet n’éloigne d’éventuels spectateurs : « Beaucoup de femmes vont au théâtre, en amenant parfois leur mari - de moins en moins ! »
    Le vrai exploit a donc été d’intéresser à un tel match ceux, sûrement nombreux dans la salle, pour lesquels la boxe n’est qu’un exutoire ritualisé de la virilité agressive. La tension montait à chaque reprise du combat sur l’écran, jusqu’à l’effondrement terrible au 7e de Foreman, qui semblait dominer le malin Ali. Une bagarre était devenue un poème épique.
L'Union

08/05/2014

Commençons par les plus petits

« VO en Soissonnais » sait nous plonger dans l’horreur : pensez à « Stabat mater furiosa » en 2008, ou les marionnettes marionnettophages des « Trois vieilles » de 2111. Mais il met aussi en valeur les spectacles destinés aux plus jeunes, et susceptibles d’en faire des spectateurs avertis plus tard.  
Claudine van Beneden et Angeline Bouille
 préparent leur hivernage sous la neige d'hiver.
Le premier spectacle du festival a eu lieu devant des enfants de la Maternelle de l’école Ramon, au centre social Saint-Crépin. « 1, 2, 3, 4 saisons » part de l’œuvre de Vivaldi pour suivre, en musique et comptines, le cycle des saisons. Plus qu’un charmant spectacle, il a mis son petit public sous le charme. Claudine van Beneden et Angeline Bouille rayonnaient d’amabilité, tout en se permettant bien des touches de malice. Les mimiques de Claudine cherchant à attraper une mouche qui l’agaçait, ou les petits coups de bâtons échangés en musique – l’arrière-train de chacune produisant un son différent – ont bien fait rire, alors qu’un orage a fait peur a certains.
    Le festival permet ainsi aux plus jeunes de voir devant eux des personnes qui jouent. « Je te fais un cadeau » dit un garçonnet après le spectacle. Apparemment il n’en avait pas entre les mains, mais voulait dire combien il avait aimé. Il n’aurait pas pensé l’offrir à un écran de télévision.
L'Union



22/05/2013

Un chat dans un sac

Mounir Margoum commence « A portée de crachat » par une épreuve redoutable pour un acteur : debout au devant de la scène, il se laisse longuement regarder par la salle. Sans identité théâtrale, les spectateurs le voient tel qu’il est. Puis un sourire se forme, et son rôle de Palestinien israélien émerge. Mais l’homme ne sera jamais caché par le personnage.
    Il raconte les effets de son état ambigu : voulant rentrer d’un séjour à Paris, il subit la nervosité avec laquelle les Israéliens traitent les Palestiniens, surtout ceux qui ont un passeport israélien : contrôle, recontrôle, re-recontrôle, brusqueries, silences et excuses. Ayant enfermé les Palestiniens comme des chats dans un sac, les Israéliens justifient toutes leurs brimades et discriminations par le danger d’être griffés s’ils en laissent un sortir. La logique est inattaquable.
    La présence physique de Mounir Margoum est musclée, et le texte traite le sort des Palestiniens avec un humour sardonique. A la fin, nu sous la douche, l’homme écarte ses deux étiquettes nationales, et aspire seulement à poser sa tête dans une patrie qui soit la sienne.
L'Union

Un couple uni

Philippe Hottier et Stéphanie Marc reprennent la pose pour une photo.
Il y a des couples qui restent unis par inertie ou convention ; d’autres par engagement passionnel. Parmi ceux-ci, les chanceux sont liés par l’affection et l’amitié ; mais la détestation est un liant aussi puissant. Le couple dans « Occident » vit d’insultes et de menaces, ne sait plus s’en passer.
    Il rentre du bar. Toute sa force corporelle bloqué dans les épaules et les bras, il fulmine. Elle l’attend, le visage noué. Maniant mieux la parole, elle le réduit chaque fois à l’impuissance. Il trouve un exutoire commode pour sa violence en l’exportant dans le racisme.
    Le couple a des moments d’apaisement, de tendresse même, mais se reprend vite. Même un projet de séjour à la mer, dans une chambre face aux vagues, ne résiste pas à la routine.
    La mise en scène est austère, sans décor ni effet pour adoucir l’affrontement. Le texte est découpé en épisodes par un éclat de Vivaldi. Les comédiens, Philippe Hottier et Stéphanie Marc, émeuvent sans jamais perdre la petite distance qu’il faut au théâtre. Comment font-ils ? C’est le secret des bons acteurs.
L'Union

Une furieuse envie

Marie Delhaye raconte « Madame Bovary » avec quelques éléments sommaires, figurines, personnages découpés dans du carton, accessoires, qu’elle dispose sur une table. Elle fait plus qu’illustrer le roman : la magie marionnette opère, et l’histoire d’Emma devient visible, les rêves et aspirations qui mènent à son suicide dans un monde qui les a floués.
    La manipulation est délicate, la bande sonore d’une pertinence parfaite. Sur le visage de la narratrice passent toutes les émotions que ressent Emma, ajoutant une dimension de comédienne au spectacle.
    Surtout le spectacle donne une furieuse envie de revenir au livre. Les marionnettes titillent l’imagination, et la lecture lui permettra de se déployer pleinement.
L'Union

21/05/2013

VO jour le jour 2013

Comme chaque année, nous donnons la parole à ceux qui font le festival, au jour le jour.


Rencontré juste avant de jouer « Otus » premier spectacle du festival, pour les touts petits, Christian Ribière, marionnettiste,
 comédien, conteur – et auteur et metteur en scène de ce spectacle. Qu’est-ce qui l’attire dans le théâtre de marionnettes ? «C’est pouvoir donner des intentions aux objets. »


Croisés à la Halte fluviale, Béatrice Turci et Didier Babilotte, derrière le bar qu’ils y tiendront pendant le festival, pour le compte de « La boule à facettes », qui aura son propre festival en septembre. C’est en servant à boire qu’ils le feront connaître.


Couchée dans l’herbe à Septmonts, en attente du clown argentin Toylete, Véronique Baudoux, de Crépy en Laonnois. En formation de photographe, et préoccupée par le corps et ses mouvements, elle a proposée de s’exercer à VO, à titre bénévole. « C’est une occasion rare de photographier des spectacles. »
L'Union

Beckett sans paroles

Claudio Stellato prend l’air après « L’autre ».
Tout est dans le titre. « L’autre » serait moi-même, mais la face sombre, enfermée. Le danseur et artiste de cirque Claudio Stellato met en scène cet autre, seul, dominé par ce qui l’entoure, survivant de minute en minute. Il se mesure à un tapis rouge et deux meubles, les escalade, les fait tomber, explorateur perdu sans espoir de rentrer chez lui.
    Une table-coffret sert de refuge, mais en le coupant du monde. Une haute armoire aux allures de cercueil le menace, l’attire, le rejette, l’emprisonne avec un claquement de porte. Le tapis se déroule, se retrousse, pour rien, pour le narguer. Seuls sons : le souffle, et les bruits que font les meubles en glissant, en tombant.
    Cela paraît d’abord un numéro d’équilibriste. Mais petit à petit les lois de la physique sont enfreintes : les meubles ont leurs propres intentions. L’obscurité cache les manipulations de l’invisible Martin Firket.
    C’est du Beckett sans paroles, avec le même humour noir, le même message : lutter ou ne pas lutter ne changera rien. Mais on lutte.
   Enfin, il quitte l’armoire en marchant, apparemment en l’air, pour disparaître dans la nuit. Vers la liberté ou la mort : ne seraient-elles pas la même chose ?
L'Union

Les reines dans l’arène

Barbara et Lula enfin réconciliées devant les applaudissements.
Parmi les surprises de « It’s so nice », la plus inattendue est de repartir avec un somme d’informations sur deux reines rivales du 16e siècle, Elizabeth d’Angleterre et Mary d’Ecosse.
    Lula Béry et Barbara Sylvain se sont bien documentées sur le sujet, consultant les sources, allant même en Ecosse. Alors pourquoi être surpris ? C’est que la conférence se révèle vite engloutie par la confrontation entre les deux conférencières, au moins aussi complexe, subtile, acharnée et politique que celle, historique, entre les reines. La collaboration entre la grande Lula, dont la compétence – relative ! – cache une abyssale fragilité émotive, et la petite Barbara, anxieuse, pleine d’amabilités idiotes, mais implacable, montre des fissures de plus en plus béantes.
    Elles se démènent, par le texte, le costume, la vidéo, la musique, la danse, mais le sujet est dépassé par leur propre lutte. Fine, grossière, polie, rageuse, même érotique, et un moment poignante, elle tient le public en haleine bien plus que la joute royale.
L'Union

Les détritus de la vie

Stéphane Benazet, Dely Guyon et Sylvia Bruyant saluent le public.
« Le baiser de la veuve » ouvre sur une éloquente image de scène : des amas de vieux journaux et magazines autour d’une presse à balles. La pièce sondera trois vies dont les protagonistes n’arrivent pas à laisser derrière eux le détritus de l’adolescence. Une gagnante revient voir deux perdants, prendre sa revanche pour un viol collectif à l’école.
    « VO en Soissonnais » habitue tellement ses fidèles à des spectacles novateurs, vifs, comiques ou sombres, qui ouvrent de petites fenêtres dans la tête du spectateur, qu’il est difficile d’admettre une déception devant une pièce convenue et emphatique, jouée avec emphase.
    La pièce est parfois comparée à « Des souris et des hommes ». Un critique américain a un commentaire dévastateur : « Horovitz n’a rien d’un Steinbeck ».
L'Union

20/05/2013

Chorégraphier le langage

Les trois comédiens subissent le vivre-ensemble d’un autobus bondé.
Pour le spectacle d’ouverture du Festival, Michel Abécassis a mis en scène et joué, avec Guillaume van t’Hoff et Pierre Ollier, « Exercices de style » de Raymond Queneau. Ces 99 célèbres variations sur le thème d’une querelle fugitive dans un autobus parisien, en changeant de point de vue et de vocabulaire, sont à la fois un défi et un filon d’or pour des comédiens ; ceux-ci relèvent brillamment le défi et font briller l’or.
    La chorégraphie des mouvements et gestes est méticuleuse, avec une diversité apparemment infinie de trouvailles corporelles. Mais les voix sont autant chorégraphiées : les textes sont chantés, éructés, criés, scandés, susurrés, partagés avec la salle.
Dîner au centre festivalier avant de jouer !
        Pierre Ollier, venu à VO pour « Vian v’la Boris » en 2011, est comme un pilier au rugby, celui qui sait ce qu’il fait, notamment pour un trajet d’autobus reproduit avec seulement ses lèvres. Cela permet aux deux autres de garder un air légèrement surpris, comme s’ils ne savaient pas comment s’y prendre chaque fois.
    Il y des instants qui dépassent l’entendement : Guillaume van t’Hoff, religieux progressant en habit blanc avec une chandelle, prend sa jupe entre index et pouce, comme une demoiselle traversant délicatement un champ de pâquerettes. Pourquoi ? Une telle question ne se pose pas, voyons !
L'Union



19/05/2013

Festival sur Aisne

Jean-Pierre Pouget entre
Mireille Tiquet et Jean-Marie Carré.
La neuvième édition de « VO en Soissonnais » a été lancée sur les berges de l’Aisne. Le Président Jean-Pierre Pouget rappelle l’importance accordée à l’écriture contemporaine – en admettant que Raymond Queneau, auteur du spectacle d’ouverture, n’est mort que « depuis quelques années ». Le festival survivra parce qu’il arrive à renouveler et à rajeunir ses cohortes de bénévoles.
    Mirelle Tiquet, représentant la Ville et la Région, et Jean-Marie Carré, pour l’Agglomération soissonnaise, soulignent leur soutien à cet événement à rayonnement régional, en échangeant des propos sur les subventions, et la répartition des spectacles parmi les communes autour de Soissons.
    Les discours marquent le début officiel du festival. Le brouhaha qui les a suivis dans le Centre festivalier de la Halte fluviale marque la montée de l’ambiance joyeuse et concentrée qui le caractérise.
L'Union

Une petite musique

Christian Ribière, Marie-France Michel, Otus et ses amis.
Premier spectacle joué au festival, « Otus » a fait découvrir à un public de Maternelle venu de Fère en Tardenois l’histoire d’un enfant né d’une poussière d’étoiles. Il rencontre d’autres créatures, s’endort et fait un mauvais rêve.
    Le Théâtre Burle, venu de Lorraine, utilise des marionnettes de table, pas plus grandes qu’une main de marionnettiste. Otus créé une mélodie sur un xylophone. Cette petite musique l’enchante, l’entoure, et le sauve des monstres de la nuit. Le théâtre peut ainsi aborder les peurs enfantines, qui deviennent matière de jeu.
    Les spectateurs sont entrés dans l’histoire, en la commentant comme s’ils jouaient entre eux. Les applaudissements pouvant éveiller Otus qui dort, les marionnettistes leur demandent de sortir sur la pointe des pieds. Tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un jeu, ils s’exécutent : c’est du théâtre.
L'Union

24/05/2012

Le vivre-ensemble – à haute voix


Les vingt lecteurs de l’atelier animé par Vincent Dussart.

Dans le cadre de « V.O. », Vincent Dussart de l’Arcade a animé un atelier sur le vivre-ensemble des hommes en société.
Plus précisément, le sujet était « la lecture à haute voix », à partir de « Prométhée poème électrique » de Nicolas Chaffin. Mais les participants n’ont rien appris sur l’élocution ni la projection de la voix. Ils se sont exercés à la lecture chorale, ce qui implique une sensibilité d’ensemble, la capacité de chacun à sentir les autres.
Le lecteur ne doit jamais se cacher derrière le texte. Comme un acteur dont, selon Vincent Dussart, le rôle principal est de se laisser regarder tel qu’il est, un lecteur doit être présent pour l’autre, visiblement lui-même. Sans cela, écouter un lecteur ne fait que freiner la lecture qu’on peut faire dans sa tête, calé dans un fauteuil chez soi.
La sensibilité et la présence pour l’autre ne seraient-elles pas des vertus de base pour vivre ensemble dans une société humaine ?
L'Union

22/05/2012

Les sirènes de Septmonts


Satya Roosens scrute le visage
 de Mirte Courtens dans l'eau de l'étang.

Les spectateurs, assis dans l’herbe le long de l’étang de Septmonts, en face d’une plateforme flottante, voient trois danseurs-nageurs – deux femmes, un homme – émerger de l’eau, y replonger, se rouler sur le radeau, y danser. Le ballet « Two sink, three float » de Satya Roosens en fait des créatures marines. Entre le mâle et les deux femelles, toujours aux aguets, s’engage une relation d’attirance, de rejet, de chasse, d’agression, toujours aux aguets. La chorégraphie traduit puissamment ce comportement de phoques mais, paradoxalement, ne rend que plus éloquente, plus poignante, la nature humaine des danseurs.
L’Union

Toucher à l’intimité

La comédienne me regarde dans les yeux, moi parmi les spectateurs, et dit « Tu es tellement beau. Je te désire. » Elle arque le dos. L’acteur me touche le bras, pose sa tête contre ma jambe. C’est « Corpus eroticus », conçu et mis en scène par Virginie Deville. Dans une alcôve, une femme nue dans une baignoire, sous une mousse de billes de polystyrène, dit ses désirs. Dans une autre, hermétiquement noire, un homme aux yeux bandés dit ses conquêtes.
    Les textes lumineux de Marie Nimier et Camille Laurens, joués par Anne de Rocquigny et Fosco Perinti, traitent des instincts et comportement érotiques. Que l’érotisme de chaque spectateur soit éveillé ou non est une question personnelle. Pour tous, le spectacle gomme la frontière entre celui qui joue et celui qui regarde. En touchant à l’intimité que je garde pour moi au théâtre fait-il de moi un voyeur ? Alors ne le suis-je pas toujours, plus au moins, en étant spectateur ?
L’Union

Fosco Perinti à l’entrée de son alcôve, après le spectacle.