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12/06/2014

Un feuilleton archéologique commence pour Soissons

« On repart de zéro. » Les égyptologues Christelle Desbordes et Philippe Brissaus parlent ainsi de la « Mission archéologique de Tell Digbou ». En marge de leur conférence sur Tanis, autrefois capitale, pour les Journées nationales de l’archéologie, ils évoquent un nouveau départ vers le passé lointain de l’Egypte, dans lequel le musée de Soissons est étroitement impliqué.
    Après des décennies de travail à Tanis, près de Digbou, les deux archéologues ont envisagé des fouilles sur ce nouveau site, un terrain de 50 hectares resté étonnamment vierge à cause de sa situation isolée au nord-est du delta du Nil.
Philippe Brissaud entre Christelle Desbordes et Dominique Roussel.
    Le lien avec Soissons ? « Les autorités égyptiennes exigent un référent scientifique pour tout projet de fouilles. » Le musée de Soissons va assumer cette fonction, en parrainant la mission. Comment un petit musée de province peut-il prétendre à ce rôle ? C’est que son directeur Dominique Roussel est égyptologue de formation, a travaillé à Tanis, et en a fait le sujet de son doctorat.
    Il ne s’agit pas d’un vague projet. Le lendemain de la conférence, ils partent avec l’archéologue soissonnais Bruno Robert pour deux semaines à Digbou. « Nous passerons un jour au Caire pour les papiers, puis ferons quatre heures de taxi jusqu’au site, pour commencer le travail. » Avec quel matériel ? Philippe Brissaud indique ses deux yeux et deux pieds. « Il faut se promener, regarder et toucher. » Ils resteront seulement deux semaines. « Question de financement. » La mission dépend entièrement de dons faits par des particuliers et des entreprises. C’est seulement si d’importantes découvertes sont faites que des fonds deviendront disponibles. Les deux archéologues s’engagent à donner régulièrement des nouvelles : un feuilleton archéologique commence pour Soissons.
   Le site Internet de la mission décrit le site, l’histoire de la ville de Digbou et les découvertes déjà faites : http://www.telldibgou.fr

11/06/2014

Archéologie : les couches du passé

Fabienne Jourdain échange avec
les jeunes avant de rentrer dans le passé.
Si l’Histoire raconte ce que vivaient les gens d’autrefois, qu’est-ce qu’est l’Archéologie ? « Elle montre comment ils vivaient. » Cette réponse pertinente a été donnée par un des jeunes participants aux Journées nationales de l’Archéologie. Il répondait à une question de Fabienne Jourdain du Service du patrimoine qui, avec Krystell Duault du Musée, proposait des visites du spectaculaire bâtiment couleur rouille du Centre de conservation et d’études archéologiques (CCEA).
    Tout un programme d’expositions et de conférences avait été prévu pour un public intéressé. Entre autres, Sylvain Thouvenot présentait un « diagnostic archéologique » de l’hôtel de la Croix d’or, en parallèle à une exposition d’objets trouvés dans un dépotoir du site, datant de Louis XIV. Dominique Roussel, directeur du Musée, accompagnait les visiteurs dans les réserves du CCEA, ordinairement inaccessibles au public. Les archéologues Christelle Desbordes et Philippe Brissaut, venus en mars dernier pour une exposition de photos du site égyptien de Tanis (encore visible à Saint-Léger), ont donné une conférence à ce sujet.
    D’autres manifestations ont eu lieu au Centre d’étude des peintures murales romaines (CEPMR).
Les deux animatrices des visites pour les jeunes les ont savamment menés, par des exercices d’observation et jeux, à toucher à la civilisation gallo-romaine d’Augusta Suessonum, précurseur de notre Soissons. Ainsi ils se sont habitués aux chiffres romains, et ont même été encouragés à dessiner avec une craie sur les murs de la « faille », cette tranchée qui pourrait symboliser une descente vers les couches successives du passé, comme font les archéologues par leurs fouilles.
L'Union

10/07/2013

Donner du souffle à l’âme du théâtre romain

Après une réunion de l'association, Brigitte
Tillard fait visiter le théâtre romain de Soissons.
Des murs aveugles dans les rues de Soissons cachent de grands jardins et parcs, rarement ou jamais ouverts au public. Le plus spectaculaire et le plus important historiquement se trouve derrière le lycée Camille-Claudel. Le terrain boisé y monte par terrasses arrondies, faisant penser à un vignoble ; en effet, des vignes y avaient été plantées. Mais plus loin dans le temps, cet hémicycle approximatif aurait été le théâtre d’une importante ville romaine, Augusta Suessionum, distant avatar de Soissons.
    Le théâtre était immense, avec son mur de scène de 20 mètres de haut, et pouvait contenir 20 000 spectateurs. Ses restes intriguent depuis longtemps. Du temps où un séminaire occupait l’emplacement du lycée, quelques fouilles ont été faites. Sinon, le site, qui appartient à la Ville, s’efface doucement, les bouts de colonne s’effritent.
     Sous l’impulsion de deux guides-conférenciers, Brigitte Tillard et Erick Balin, une association fondée en mars dernier a commencé la longue marche vers une mise en valeur du site. Le premier pas sera une étude géophysique, pour déterminer ce qui se trouve sous le gazon. C’est déjà un investissement d’énergie et d’argent – qu’il faut trouver.
    Simple protection d’un patrimoine local, ou exploitation en tant que théâtre de verdure, tout dépendra d’impératifs archéologiques, financiers et associatifs. Le nom latin de l’association, « Anima theatri » – l’âme du théâtre – prouve qu’elle veut au moins y insuffler la vie.
L'Union

13/12/2012

Le Soissonnais après 1918 : une lente famine

L’idée prévaut que la victoire obtenue en 1918 a mis fin aux souffrances des populations civiles. Dans l’Aisne, les gens ont pu rentrer, et la reconstruction pouvait commencer. Vivre chez soi et en paix, que vouloir de plus ?
Mary Breckinridge, dans son uniforme
d’infirmière, pèse un bébé.
    Cependant, tout manquait : nourriture, soins médicaux, et logements. Mary Breckinridge, une des Américaines venues travailler avec Anne Morgan dans le Soissonnais, parlait même d’une « lente famine ».
    D’où vient cette méconnaissance de la situation ? L’histoire militaire est abondamment documentée, mais il existe peu d’informations sur la vie civile d’après-guerre. Le livre de Karen Polinger Foster et Monique Judas-Urschel « Au secours des enfants du Soissonnais », aide à combler cette lacune.
En faisant des recherches pour un précédent livre sur Tartiers, Karen Foster, universitaire américaine qui a une maison dans le village, a trouvé une référence à des lettres écrites par Mary Breckinridge dans les années 1919-21. Elle suit leur trace jusqu’à l’université de Kentucky, et tombe sur cinquante-sept lettres, racontant le travail des volontaires américaines qui s’occupaient de la santé des enfants et d’aide sociale autour de Soissons.
    Leur contenu intéressant surtout les lecteurs français, Karen Foster a demandé à Monique Judas de les traduire. La collaboration a même été telle qu’elles signent toutes deux le livre.
    Le livre contribue à l’histoire sociale de l’époque. Mais en plus, Mary a une bonne plume, et ses lettres foisonnent d’observations, de remarques émouvantes, drôles ou, parfois, acérées. Elle aime les gens qu’elle aide. Loin d’être des objets de pitié à secourir, les Soissonnais éveillent en Mary une admiration sans limite. « Ils sont merveilleux, ces paysans de l’Aisne ! »
L'Union

18/09/2012

La grande sacristie

Depuis Victor Hugo, il est impossible d’entrer dans une cathédrale sans imaginer un dédale de pièces, passages, réduits et cachots derrière la moindre porte dans ses murs. Les journées du patrimoine ont donné l’occasion de pénétrer dans un de ces lieux habituellement fermés au public, la Grand sacristie, qui a remplacé au 18e siècle la précédente, devenue la chapelle ronde du transept sud.
    La guide-conférencière Marie-Josée Teyssier donne les informations de fond, et même une leçon linguistique en détaillant les vêtements liturgiques : aube, manipule, étole, chasuble, chape. Car l’intérêt principal est de découvrir ces vêtements anciens, conservés sur des porte-manteaux ou dans des meubles. Le plus imposant est le « chapier », immense commode en demi-cercle, avec des tiroirs qui s’ouvrent en pivotant horizontalement. Chacun contient plusieurs chapes brodées.
    Tant d’opulence est-elle inconvenante ? La guide cite l’argument avancé : « Rien n’étant plus beau que Dieu, la beauté donne accès au divin. »
L'Union

17/09/2012

Les coins et recoins de Saint-Jean-des-Vignes

La guide déplace une barrière métallique, et nous prévient : « Faites attention où vous mettez les pieds, le parcours n’est pas sécurisé. » Virginie Closset va faire visiter à une quarantaine de curieux les parties de l’abbaye Saint-Jean qui ne sont pas toujours ouvertes au public. La guide-conférencière déborde d’informations insolites, mais passe vite sur l’histoire du site, en conseillant aux nombreux non-Soissonnais venus pour l’occasion de faire aussi une visite plus classique.
    Armée d’un panneau montrant l’abbaye à son apogée, elle nous mène à l’emplacement du châtelet d’entrée, et des douves. « où on jetait les eaux usées ».
    Nous montons à la salle de travail du CIAP, au plafond soutenu par des rangées d’immenses poutres. Après la crypte, le réfectoire – resplendissant après sa récente restauration – et le cloître, elle nous indique un passage voûté vers la façade de l’abbaye. « Les frères convers, qui vivaient en dehors de l’enceinte, l’empruntaient pour aller directement aux jardins où ils travaillaient ; ou bien il permettait aux moines, soumis à une règle de silence, de discuter discrètement. » On pense aux fumeurs d’aujourd’hui qui se retrouvent sur le trottoir.
    Ce passage donne accès à la base des deux tours, normalement interdite d’accès. C’est un moment d’éblouissement : se placer dans leur axe vertical, et regarder en haut l’accumulation vertigineuse de maçonnerie et de trous, communique la pleine splendeur de ce joyau meurtri.
L'Union

05/09/2012

Un témoignage sur le Soissonnais de l’après-guerre 14-18

Karen Foster (à g.) et Monique Judas.
Karen Foster ne sera pas en France lorsque le livre qu’elle a réalisé avec Monique Judas sortira. Elle aura repris son poste de professeur d’art et d’archéologie à l’Université de Yale. Les coauteurs ont présenté le projet avant son départ.
    C’est en faisant des recherches en ligne pour son livre de 2005 sur le village de Tartiers, où elle a une maison, que Karen Polinger Foster a trouvé des références à la vie des Soissonnais après la guerre de 14-18. Il s’agit d’extraits de lettres annexés à l’autobiographie de Mary Breckinridge, une Américaine arrivée en France en 1919 comme infirmière volontaire. Il existe peu d’informations sur la vie des civils pendant cette période, et Karen Foster s’est mise à la recherche des documents concernés. « J’ai contacté l’université du Kentucky, qui tenait les archives de la famille Breckinridge. Il n’y avait pas de problème, et j’ai reçu les documents dans un carton. »
    Il y a cinquante-sept lettres, dans lesquelles Mary raconte à sa famille, dans le détail et avec élégance et humour, ses expériences avec le Comité Américain pour les Régions Dévastées (CARD). L’ensemble constitue un témoignage exceptionnel sur les problèmes de santé publique et d’aide à l’enfance. Elles donnent aussi des informations précieuses sur les événements, la société française et l’action humanitaire dans le Soissonnais de l’après-guerre.
    Pour les rendre accessibles aux lecteurs français, Karen Foster devait prévoir leur traduction. Monique Judas-Urschel, professeur d’anglais dans une autre vie, s’est mise au travail.
    Elles se sont vite rendu compte de la délicatesse de la tâche. Pour traduire, il ne suffit pas de trouver l’équivalent français des mots: il faut détecter la « voix » de l’auteur, et la faire parler dans l’autre langue. Leurs échanges ont été si denses que, de simple traductrice, Monique Judas est devenue coauteur.
    Leur livre « Au secours des enfants du soissonnais » sera publié le 13 septembre, et Karen Foster reviendra à Soissons pour une conférence le 15 décembre.
L'Union

27/05/2010

La Résistance à Soissons


Les premiers actes de résistance contre les occupants allemands ont eu lieu dans le Soissonnais en 1940. Ce réseau local a été démantelé, et les résistants qui lui ont succédé ont rejoint le mouvement national. Une pétition circule à présent pour instaurer une Journée nationale de la résistance le 27 mai, date anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance (CNR) en 1943.
Soissons est la seule ville dans l’Aisne à marquer la journée par une série de manifestations, dont une exposition en quatre parties. La chapelle Saint Charles illustre la participation de réfugiés allemands à la Résistance en France. L’abbaye Saint Léger propose des documents d’époque à Saint Léger, et deux autres expositions sur la Résistance nationale et dans l’Aisne.
Robert Foreau-Fénier, qui accompagne l’exposition à Saint Charles, est une mine de connaissances et d’anecdotes sur ce sursaut local et national, fondateur de bien des valeurs adoptées dans la France d’après-guerre.
L’Union

04/08/2008

Ils ne partiront pas


Fin d’été, et les visiteurs commencent à quitter le Soissonnais, ou y repassent au retour de leurs vacances. Sous le soleil redevenu éclatant, d’autres étrangers ne partiront pas. Au cimetière britannique près de Tigny les hommes qui s’y sont battus en 1918, à la fin d’un autre été, restent dans un cadre où la nature est maintenue au garde à vous : lignes droites, plantes grasses et rosiers sages devant chaque pierre tombale, herbe rasée de près. Un des messages dans le registre adresse « mon arrière arrière grand oncle ». La guerre a rendu ces jeunes hommes oncles pour toujours, jamais pères.
L'Union

21/06/2007

Accident de Vierzy : une douleur collective


Une trente-quatrième fois, les familles des victimes, la ville de Soissons, le Département et la Région ont été représentés devant l’abbaye St Léger, pour fleurir le monument élevé après la catastrophe ferroviaire de Vierzy en 1972. La gravité de l’événement l’avait porté au-delà des deuils individuels pour en faire une douleur collective. C’était un vendredi matin de juin lorsque la nouvelle de l’accident de la veille a parcouru la ville, qui ne l’a jamais oublié.
Les dix enfants de la famille Pacquot ont perdu leurs parents dans l’accident. Françoise Reymann, qui avait neuf ans, et son frère Patrice Pacquot sont revenus à Soissons pour la commémoration.  « J’avais dix-neuf ans » se rappelle Patrice  « et j’étais brancardier volontaire, du côté Paris du tunnel. Un train arrivait de Paris pour prendre les blessés. » Son long souvenir reste vif et le trouble encore.    
L’Union

Patrick Day, Edith Bochand, Edith Errasti et Jacques Desallangre,
 entourant une jeune fille des générations d’après la
 catastrophe de Vierzy, se recueillent.