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28/05/2014

Quatuor David Enhco : le lyrisme sans épate

Son frère, le pianiste de jazz Thomas Enhco, était au Mail en 2012. Même sa mère, Caroline Casadesus, y avait chanté en 2008. Mais nous étions peu dans la petite salle du Mail à savoir que David Enhco, trompettiste, venu donner un concert avec son quatuor, avait déjà été là en 2013, avec l’Amazing Keystone Big Band. « C’est alors que j’ai rencontré la Direction, et je suis là aujourd’hui, avec ces musiciens. »
    Le début du concert a donné le ton pour la musique de ces quatre jeunes jazzmen. Le piano lance une sorte de mouvement perpétuel, que vient rejoindre la trompette presqu’en accompagnement, sans aucun effet excessif. Avec Florent Nisse à la contrebasse, Maxime Sanchez au piano et Gautier Garrigue à la batterie, le groupe maintient cette économie de moyens, laissant leur musique faire son chemin en douceur.
    David Enhco parle des étroites relations entre eux, leurs improvisations collectives, les tours qu’ils se jouent : « J’ai voulu écrire quelque chose d’injouable pour eux, mais qui me laisse frimer : eh bien ils n’ont eu aucun mal à l’apprendre ! »
    Leur jazz atteint parfois le lyrisme : « Oiseaux », composé par Florent Nisse, a un tel air de « standard » qu’on attendrait presque l’intervention d’une chanteuse.
    Le jeu de Maxime Sanchez, « une nouvelle recrue, et un des meilleurs musiciens que je connais » selon David Enhco, est presque confidentiel, tout en dégradés. Les mains restent au milieu du clavier, sans faire le grand écart pour épater le public, un style qui correspond bien à la ligne du quatuor.
L'Union

04/04/2014

Avishai Cohen : un éclecticisme légendaire

De gauche à droite, Nitai Hershkovits,
Avishai Cohen et Daniel Dor réagissent
à l’ovation dans la salle du Mail.

Londres, Saint-Pétersbourg, Madrid, Buenos Aires, Montevideo… et Soissons : le Mail fait partie de la liste prestigieuse de villes étapes pour la tournée actuelle d’Avishai Cohen. Les amateurs du bassiste israélien n’ont pas rate l’occasion. Le jazz remplit rarement une salle à ce point, et le nombre de visages inconnus laissait penser que beaucoup étaient venus de loin.
    Ils n’ont pas été déçus. Avec Daniel Dor à la batterie, Avishai Cohen et le pianiste Nitai Hershkovits ont pu explorer leur osmose, se renvoyant des phrasés, virant de l’insistant à des passages d’une extraordinaire douceur. Leurs échanges, échos, contrastes et interruptions mutuels sont non seulement brillants mais toujours faciles à écouter : « Je n’écris pas pour moi-même » admet Cohen.
Avishai Cohen chante en hébreu.
    Hershkovits pratique autant le martèlement incisif que le lyrisme serein. Cohen, s’effaçant au début derrière ce piano, a vite révélé une virtuosité qui pouvait laisser la salle essoufflée. Son légendaire éclecticisme allait des rythmes espagnols à un standard, joué comme dans un piano bar où les clients siroteraient leur martini. Il a même chanté en hébreu.
    D’applaudissements en ovations, la salle a réagi comme l’aiment les musiciens, en montrant le plaisir que donnait la musique.
L'Union

01/04/2014

Oscar Peterson : un appétit d’ogre

Antoine Hervé s’enthousiasme
pour Oscar Peterson.
Avec la cinquième de ses six conférences sur le jazz, Antoine Hervé persiste à distiller une perpétuelle insatisfaction. Quand il joue, entraînant toute la salle dans ce qu’il appelle « la pulsion de la vie » du jazz, il nous frustre en s’arrêtant pour parler. Mais alors il a une telle éloquence pleine d’humour, donne tant d’informations et d’aperçus fascinants, qu’il est dommage qu’il se mette à illustrer son propos… au piano.
    Il a évoqué « le plus grand jazzman canadien de tous les temps », le pianiste Oscar Peterson, sa brillante virtuosité, sa créativité inépuisable. Tout ce qu’il touche se met à briller. Il boit à toutes les sources, les adapte à ses idées. Il a un appétit d’ogre pour la vie.
    Antoine Hervé aime élargir les horizons au-delà de l’individu, pour parler d’histoire et de tendances. Pour lui, le jazz est bien plus dans la filiation de la musique classique que l’est la musique moderne, par son respect des structures, son aspect symphonique, sa gestion d’harmonies.
    La conférence a eu lieu dans la petite salle du Mail, qui assure une plus grande proximité entre artiste et public. Il a pu d’ailleurs profiter ainsi du piano Steinway loué pour « Scènes partagées » la veille, au lieu de se satisfaire du Yamaha maison.
L'Union

21/03/2014

Jazz : quand le free et le trad se rencontrent

Pascal Bréchet le guitariste et Daniel Amadou le clarinettiste, voisins à Cuisy-en-Almont, se sont retrouvés dans l’arrière-salle du café Dakota à Soissons, où les gens viennent pour partager le jazz.
    Pascal est connu pour ses improvisations, son jeu expérimental, sa capacité à tirer de sa guitare des sons innovants. Daniel, dont la carrière musicale est plus parisienne, a l’habitude du jazz traditionnel. Alors comment faire pour se rencontrer dans la musique ? « Nous avons travaillé » admet Daniel « mais j’ai dû faire plus de chemin que lui. »
    Le résultat est un fin équilibre, avec des thèmes bien marqués qu’ils métamorphosent ensuite. Se cherchaient-ils encore au début ? Pascal a trouvé le deuxième set « nettement plus convaincant ». Voilà comment deux styles s’imbriquent, s’enrichissent, se provoquent.
    Daniel a profité pour sortir sa clarinette basse, dont le son peut plonger vers les profondeurs inattendues.      Seul regret de la soirée : c’était l’avant-dernier concert au Dakota, car le bail vient à sa fin. La patronne Emmanuel Bélair ne perd pas espoir : « Nous cherchons un autre local, pour faire un « Dakota bis » annonce-t-elle. Les amateurs de jazz à l’échelle intime lui souhaiteront de réussir. Pascal Bréchet à la guitare, Daniel Amadou à la clarinette basse, au Dakota.
L'Union

17/02/2014

Le jazz fantastique

Tigran Hamasyan prend la parole.
Alors qu’une soirée de jazz est le plus souvent annoncée sous le nom du musicien principal ou de sa formation, le pianiste Tigran Hamasyan avait choisi d’intituler son concert « Shadow theatre ». Qui dit « théâtre » laisse entendre un spectacle. Y aurait-il des projections, ou des effets de lumière ? Rien de tel. La configuration du plateau du Mail était au plus classique, rideaux striés de colonnes de lumière rouge. Les musiciens qui entraient ne regardaient même pas au public.
    Mais quand ils commencent à jouer, la musique suggère immédiatement des contes ou images. Changeant constamment de style, de rythme, d’intensité, de couleur, virant du lyrisme exacerbé à l’incisif ou à l’inattendu, et avec une voix planante de femme, elle fait comprendre aussi les origines arméniennes du compositeur.
    Son piano est sonorisé pour dominer l’ensemble, au point que l’auditeur frôle la sensation d’être assis lui aussi sur le tabouret.
    Le concert se termine tout de même par un vigoureux set de jazz libre, comme pour montrer qu’ils savent le jouer ; mais le premier bis est d’un romantisme déchirant qui nous ramène au fantastique.
    Le théâtre émerge donc dans la musique, qui stimule l’imagination autant que l’oreille. Mais rien n’est précis. Les images émergent des ombres et y retournent. C’est le théâtre d’ombres, le « Shadow theatre ».
L'Union



27/01/2014

Antoine Hervé : à moins que ça ne swingue

Antoine Hervé dédicace ses disques
après le concert.
« A moins que ça ne swingue, ça ne m’intéresse pas » : c’est ainsi qu’Antoine Hervé traduit le titre de « It ain’t worth a thing if it ain’t got that swing », un des premiers succès de Duke Ellington. Il s’assied aussitôt au piano, et fait swinguer toute la salle du Mail et ses auditeurs. C’était le début d’une conférence-concert sur le célèbre compositeur, pianiste et chef d’orchestre.  
    Après sa triple prestation de la dernière saison, Antoine Hervé est revenu pour une nouvelle série de « Leçons de jazz ». L’astuce qui éclaire tout est la projection du clavier, et donc des mains du pianiste, sur un écran au-dessus du plateau. Ce qui s’entend devient alors physique : les battements qu’impose la main gauche, le petit doigt allant chercher la note qui ancre tout au fond, les autres ajoutant les accords d’accompagnement, alors que la main droite occupe tout le haut du clavier, creusant et brodant sur la mélodie. Le rythme, qui domine ou agit en souterrain, est visible.
    Le spectacle s’appelle « Concert commenté ». En fait, les commentaires d’Antoine Hervé sont partie intégrale du concert. Ses explications sur Ellington et ses contemporains sont précis et documentés, mais elles sont autant des saillies d’esprit, sautillant autour du sujet, comme s’il s’agissait de jouer du jazz.
    Au fond, aussi bien la musique que les paroles possèdent le « swing » qui soulève l’enthousiasme des auditeurs. Ellington avait raison.
    Antoine Hervé reviendra pour Oscar Peterson en mars, et Dave Brubeck en avril.
L'Union

20/01/2014

Quand le jazz devient de la poésie

Lorsque le poète Léo Ferré chantait ses textes, il faisait passer avant tout le sens, la musique restant un accompagnement.
Le contrebassiste et compositeur Yves Rousseau
entre Claudia Solal (à gauche) et Maria Laura Baccarini.
    Au concert donné à l’Arsenal, le contrebassiste de jazz Yves Rousseau a voulu faire autre chose. Ferré avait mis seulement certains poèmes de sa première collection, « Poètes, vos papiers ! », en musique. Yves Rousseau en a pris quelques uns de ceux-ci, et a composé la musique d’autres lui-même.
     Mais au lieu de tout subordonner à la clarté des paroles, il les a intégrées dans une partition complexe, pour violon, saxophone, contrebasse, et deux voix de femme. Sa complexité correspond à la densité des textes de Ferré, où chaque mot a son sens, en lui-même et avec les autres, ou les idées et mots se chevauchent. Au lieu de se dégager, la poésie se marie avec le jazz. Les deux voix, chacun avec son timbre distinct, deviennent des instruments, dont les notes sont des mots.
    Ce jazz sature la musique comme la poésie sature le langage. Il faut parfois s’accrocher pour suivre le résultat, mais cela vaut la peine.
    Le programme a pris fin avec une renversante interprétation de la grande envolée lyrique qu’est « Madame la misère ». Seul restait le « bis », où une voix masculine s’est introduite, devenant de plus de plus forte jusqu’à tout dominer. Seul le violon accompagnait encore cet enregistrement de Léo Ferré. Un hommage élégant et plaisant au poète et musicien.
L'Union

12/12/2013

Improvisation jazz : sauter ensemble de la falaise

Quand il parle de jazz, Colin McKellar s’exprime avec une telle intensité que d’autres clients au café où nous sommes installés se retournent pour regarder. « Le jazz c’est la méditation, la pesanteur, la légèreté. » De grands gestes accompagnent les mots.
    Samedi prochain, il sera le contrebassiste du trio « We free », avec Pascal Bréchet de Cuisy-en Almont, guitare, et le Parisien Thierry Waziniak, batterie, au bar Le Dakota à Soissons. Cet ensemble « jazz libre » a déjà joué au festival de Mortefontaine.
Colin habite près de Saint-Quentin. Il a quitté Londres il y a treize ans, s’installant avec femme et fille près d’Uzès dans le Midi, pour poursuivre sa carrière de musicien. Ils sont ensuite montés vers la Picardie.
    Colin admet en avoir assez du jazz qui brode sur un thème. « Toujours le même schéma ! » Il ne veut plus que la pure improvisation. Cela implique l’abandon de la technique et du vocabulaire du jazz, pour ne garder que ses envolées. Avec les deux autres membres du trio, il veut explorer le champ de la composition instantanée.
    « C’est comme des molécules qui se frottent. »  Il faut se fier à la créativité partagée, pour que les trois chemins aillent dans le même sens. « C’est comme si vous avanciez ensemble vers le bord d’une falaise, puis sautiez en même temps, sans savoir ce qui se passera. »
Mais comment jouer à plusieurs si chacun rejette tout schéma ?
L'Union

14/11/2013

Le jazzman sculpteur sur la Grande muraille

Photo: D. Amadou
Le jazz et la clarinette à Paris, l’atelier et la sculpture à Cuisy-en-Almont : c’est ainsi que Daniel Amadou partage ses activités – encore qu’il envisage actuellement une exposition parisienne, et jouera prochainement à Soissons avec le guitariste Pascal Bréchet.
    Son atelier est une creutte derrière sa maison, à l’ambiance souterraine propice aux flâneries créatrices. Il y fait des assemblages, posés ou suspendus, jamais très grands, souvent miniatures, de plaques d’ardoise tenues par du fil de fer ou de pêche. Il peut y avoir un bout d’ustensile de cuisine ou objet recyclé. Parfois, le spectateur peut les faire se balancer, au son de tintement ou cliquetis.
    Daniel Amadou est venu à la sculpture en essayant de réparer des suspensions chinoises fragiles. N’ayant pas suivi un cursus formel, il se fie au « jaillissement » qui indique le chemin à suivre. « C’est bien venu » dit-il d’une œuvre qui atteint un équilibre, une relation sensible, entre la matière et l’espace qui l’entoure.
L’humour n’est jamais loin, un côté « jouet ». Le sculpteur piège ainsi l’attention du spectateur, l’amène à pénétrer dans l’œuvre, pour lui titiller l’imagination. Aucune interprétation n’est imposée : à chacun de donner son propre sens intime à ce qu’il voit.
    Autant musicien que sculpteur, il rentre d’une tournée en Chine avec un groupe de jazz traditionnel, invité par un gros entrepreneur à accompagner en musique l’inauguration de deux énormes réalisations immobilières à Dalian, ville géante perchée sur un promontoire dans  le golfe de Corée. Il y avait un défi : « On nous a demandé d’arranger deux mélodies traditionnelles chinoises dans le style Dixieland. C’était difficile, mais le public a aimé. »
    En rentrant, les musiciens se sont arrêtés trois jours à Pékin, pour visiter les monuments, et notamment se faire photographier sur la Grande muraille.
L'Union

07/05/2013

Pierre et le loup swinguent

Les choristes de Cuffies et Jean-Moulin ouvrent la soirée.
Le travail soutenu en amont du spectacle a assuré à « Concerts de poche » une belle salle pour une version jazz de « Pierre et le loup » de Prokoviev par The Amazing Keystone Big Band. Après des mois d’ateliers de chant choral dans les écoles de Cuffies et Jean-Moulin, les élèves ont chanté en première partie. Grâce aux parents, frères et sœurs, il ne restait pas une seule place libre dans la grande salle du Mail. Un jeune public en attente est vibrant et bruyant, mais exigeant : des vagues d’applaudissements ironiques ont marqué le fait que, bien après l’heure annoncée, il n’y avait encore personne sur scène pour les recevoir.
Sylvain Thomas avec son tuba
avant le concert.
    Une fois arrivés, les jeunes choristes ont vite mis la salle en rythme avec un air russe et un chant gospel.
    Après eux, la vingtaine de musiciens jazz ont sorti l’œuvre de Prokoviev de son chemin archi-familier en faisant swinguer tous les personnages : le chat, le loup et Pierre, dont la sage promenade devient une danse pleine de balancements. Le public était toute attention.
L'Union

30/04/2013

L’exotique et le familier

Le public venu écouter Katia Guerreiro au Mail était manifestement composé de deux éléments : les uns goûtaient l’exotisme musical, linguistique et culturel du fado portugais ; pour les autres, c’était sa familiarité qui les touchait. Les Portugais dans la salle, dont beaucoup encore vêtus des costumes folkloriques portés pour le spectacle qui a précédé le récital, allaient jusqu’à murmurer la mélodie de certaines pièces. Les non-Portugais se fiaient à l’ambiance, aux sentiments transmis.
    Le « Fado », du latin « fatum », destin, chante les mauvais coups, déchirures, remords et émois que la vie impose. C’est un cri de cœur brisé, un « blues » lusitanien. La voix puissante et délicate de Katia Guerreiro convient au ton désabusé, mélancolique.
    Après un brillant interlude instrumental par ses musiciens, sur une guitare portugaise et deux classiques, elle est revenue habillée, non plus en noir, mais en longue jupe claire. Le ton a changé, elle souriait, et chantait plutôt l’amour du pays.
    Comme Cristina Branco, autre célèbre fadiste venue à Soissons en 2009, elle a recours à une sonorisation poussée, donnant des résonances profondes à la voix comme pour refléter la nature cosmique des émotions exprimées. L’éclairage était celui d’un music-hall, des couleurs fortes se succédant sur les rideaux de scène. Car le fado, comme la musique irlandaise, n’est pas un genre désuet ressuscité pour les connaisseurs, mais un art populaire qui se renouvelle avec chaque fadiste.
L'Union

24/04/2013

Un ancien est de retour à l'EJC

Romain et Karine avec les jeunes enfants du stage.
Le guitariste Romain Gendraud a un parcours atypique. Né à Saconin-et-Breuil, il va au jardin musical d’Ambleny à quatre ans, apprend le solfège avec l’association La Scala, commence la guitare à sept ans, prend des cours particuliers avec Jean-Louis Raverdy, découvre les « bœufs du Mail » à treize ans, puis suit les classes de l’EJC, dont un cours de groupe pour travailler un spectacle.
    En parallèle il est élève au lycée Vinci, puis étudie le génie électrique à Cuffies, où il obtient sa licence. Cette option lui permet de se lancer dans une carrière musicale en ayant une alternative « sérieuse » si la guitare ne nourrit pas son homme. En septembre dernier, à vingt-deux ans, il rejoint la prestigieuse Music Academy International de Nancy. Du jazz au hard rock, il y couvre le répertoire.
    Devant faire deux semaines de stage, il consacre l’une aux concerts, et l’autre à accompagner un atelier d’arts plastiques et de musique pour les jeunes enfants à l’EJC, qui l’accueille volontiers. Il seconde l’animatrice Karine Gadret-Tassan. Parmi les tout-petits installés derrière les instruments des grands, guitare électrique, batterie, clavier, y aura-t-il un autre petit Romain, éveillant un talent qui transformera sa vie ?
L'Union

23/04/2013

Nino Ferrer par Denis Colin : musique et paroles

Les musiciens d’« Univers Nino » au Mail.
« Univers Nino » a fait entendre la musique de Nino Ferrer dans la grande salle du Mail. Musique et paroles : le groupe Denis Colin comprend deux chanteuses, Ornette et une choriste. La combinaison est importante pour ce clarinettiste de jazz.
    Il a voulu « mettre en jazz » ce chanteur-compositeur célèbre pour ses tubes dans les années soixante, mais dont les explorations au-delà des zones formatées du show-business ont eu moins de succès. Le programme ne pouvait qu’inclure « Le Sud », rondement mené, mais coloré aussi par la démarche particulière de Denis Colin.
    Il cherche à intégrer le vocal à l’ensemble, alors que l’instrumental passe d’habitude à l’arrière-plan dès qu’un chanteur ouvre la bouche. L’exemple le plus fini est également le moment le plus jouissif du spectacle. Pour « Le téléfon », Denis Colin invite le public à ouvrir les portables et faire entendre les sonneries. Devant ce tintamarre participatif, Ornette chante avec les musiciens dans le style emphatique voulu (« Gaston ! Y’a le téléphone qui sonne… »). En même temps, au-dessus de la mêlée, le trompettiste Antoine Berjeaud joue un solo venu d’un autre monde. C’est complexe, amusant, inspirant.
    Le maigre remplissage de la salle s’explique sans doute par un retard de programmation qui a empêché le spectacle de figurer dans le programme imprimé de la saison. Dernier détail : les grands-parents de Denis auraient parlé de Nino comme « un cousin éloigné », et les deux cousins, l’un en photo, l’autre sur scène, ont en effet un intrigant air de famille.
L'Union

19/04/2013

Le jazz tire sa révérence

Antoine Hervé reçoit les
applaudissements au Mail.
Antoine Hervé avait commencé sa série de trois conférences sur le jazz par le blues et le boogie. Après Thelonious Monk, l’original acharné, il est revenu conclure avec Keith Jarrett, dont les improvisations embrassent toutes les musiques : baroque, classique, jazz, free-jazz, rock, country… L’image est complète.
   Il a joué des pièces de Jarrett – dont une créée au légendaire concert de Cologne en 1975 – poignantes par la simplicité des moyens employés pour tout dire en quelques phrases.
    Antoine Hervé garde la démarche qui a tant plu les deux premières fois. Il transmet de solides informations sur les formes du jazz et ses musiciens, mais avec un air d’amuseur public. C’est comme s’il improvisait avec la voix, certes sur des thèmes méticuleusement établis.
    Au fond, ce qui relie ces trois concerts-conférences, encore plus que la présence du même conférencier, ce sont les rythmes du jazz. En contredisant les deux rythmes du corps humain, le battement du cœur et le souffle, la pulsation du jazz refuse de se mettre en rang. Antoine Hervé laisse son public un peu plus rebelle à la régularité, au convenu, à la circonspection.
L'Union

21/03/2013

L'harmonica et le blues

L'harmonica : il en traîne un dans chaque caisse à jouets ou tiroir de rêves adolescents. On l'a mis dans la bouche comme un sandwich, soufflé, aspiré, pour produire un son confus, puis l'a rangé avec les autres jouets et rêves.
Christ Dérémaux.
    Certains deviennent malgré tout harmonicistes, et une vingtaine ont saisi l’occasion d’un atelier animé à l’EJC par Chris Dérémaux de HARMOtabs, pour étudier la technique de l’harmonica diatonique. On y apprend d'abord que pour jouer il faut n’ouvrir les lèvres que comme pour y insérer une paille. Il est question de solfège, de tablatures – partitions pour harmonica – et de l’exploit de « l’altération », par laquelle la respiration, soufflée ou aspirée, sert à créer des notes qui manquent au diatonique. Bien des musiciens n’y arrivent jamais – « comme Bob Dylan » selon Sylvie Prévost, webmaster du site www.harmonica-et-tablatures.fr.
    Soudain, pour illustrer son propos, Chris prend son harmonica dans les deux mains, et en tire un blues éloquent, la simplicité poignante du son reflétant la misère historique à sa source.
L'Union

11/03/2013

Une soirée de jazz en musique et paroles

Pour le premier volet de sa trilogie sur le jazz, Antoine Hervé avait évoqué le blues, cri de révolte contre les maux du monde et du cœur, et le boogie, pour danser (voir l’Union du 21 février). Après ces formes génériques, il est revenu pour présenter un des talents les plus individuels et les plus originaux de l’histoire du jazz, Thelonious Monk. Avec son mélange particulier d’informations solides et d’humour, il explique cet original, et l’illustre au piano.
    Loin du jazz facilement trépidant et entraînant, la musique de Monk est pleine de dissonances, de silences, de cassures. Il part sur une mélodie, l’explore, s’arrête brusquement, y revient sous un autre angle harmonique. Il attaque les notes, les abandonne, les reprend ailleurs sur le clavier, hésite à terminer une phrase. Et pourtant, derrière toutes ses bizarreries, il maintient un rythme entêtant.
    Antoine Hervé fait des improvisations étincelantes au piano. Quand il parle, c’est un peu pareil : il annonce un thème, le développe, l’orne d’anecdotes, le retourne, l’abandonne, y revient pour conclure. Cela fait que tout dans la soirée est du jazz, en musique comme en paroles.
    Il reviendra une dernière fois pour parler de Keith Jarrett, puis nous manquera.
L'Union

21/02/2013

Jazz au Mail : Touché par la grâce

Hervé Antoine expose les fondements du jazz et des blues.
Nous savions déjà, pour l’avoir déjà vu au Mail avec Jean-François Zygel, qu’Antoine Hervé était un savant facétieux. Revenu en solo pour la première de trois conférences sur le jazz, il l’a confirmé. Sa présentation sautillante d’informations sur les blues et le boogie était enrichie en parallèle par un véritable concert de jazz au piano.
    Les blues seraient l’expression de la culture africaine face aux épreuves de l’esclavage en Amérique, et de l’oppression qui lui a succédé. Mais plutôt que par la dépression, ils réagissent par une résignation narquoise, que porte « une pulsation ». Le boogie répond au désir d’avoir une musique pour danser, à côté des blues déchirants. La main gauche y est soumise à de tels excès de vitesse que, selon Antoine Hervé, « les pharmaciens adorent le boogie ».
    Un clavier projeté en bandeau en haut de la scène donnait une vue parfaite de ses doigts réussissant des miracles d’agilité, ou traînant avec délice sur quelques notes pour illustrer ses propos.
    Le mot « conférence » convient au sérieux des enseignements sur les fondements du jazz et du blues, mais ne correspond guère à l’humour anecdotique avec lequel il les transmet. Sa parole comme sa musique sont touchées par la même grâce, montrent la même créativité, la même malice et la même causticité. En fait, toute la soirée est du jazz.
    Il a fini par un bis, une composition sensible, joyeuse, claire et complexe à la fois, qui a laissé le public comblé. Il revient le 6 mars pour traiter de Thelonious Monk. Il serait absurde de rater une telle occasion d’éblouissement.
L'Union

10/11/2012

Le Père Noël démasqué

Nicolas Martel est un père Noël transgressif.
Rappelant que le 25 décembre a été choisi arbitrairement pour fêter Noël, Florent Marchet, dans son tout nouveau spectacle créé au Mail, fait une pirouette de calendrier et proclame la date de la première (et sans doute de toute reprise) le jour fatidique. « Alors joyeux Noël ! » N’empêche qu’un tel salut en novembre fait penser aux montagnes de chocolats prématurés qui promettent déjà la crise de foie dans les magasins.
    « Noël’s songs » reprend en electro-pop – mais avec piano droit, guitare acoustique et violoncelle – les tubes des fêtes, même « Petit papa Noël ». Sympathique et coloré, tout reste anodin jusqu’à l’arrivée d’un père Noël aux ongles rouge sang, qui enlève son habit rouge et se dévoile « drag queen ». Le chanteur Nicolas Martel fait exploser le spectacle gentillet. Il a la vigueur d’un Mick Jagger et la hargne de Yanowsky qui, avec son associé Parker, crachait son venin réjouissant à Soissons en 2010. Il en fait un père Noël transgressif, antidote au bonhomme qui représente l’aspect matérialiste et moralisant (« Si t’es pas gentil, il viendra pas ») d’une fête qui incarne pourtant un élan sublime et inconditionnel.
    Note pédante : l’apostrophe possessive anglaise ne s’utilise que pour les personnes, pas les objets ou abstractions. Marchet chante des « Noël songs ».
L'Union

16/05/2012

La fête de la musique


La salle n’a pas besoin d’être « chauffée » pour l’entrée sur scène des « Tri Yann an Naoned », les trois Jeans de Nantes. Le public était déjà en liesse en faisant la queue devant le Mail. Des spectateurs agitaient de grands drapeaux bretons, d’autres portaient des chapeaux fantasques. Des Soissonnais ressortant leurs origines ? Ce seraient plutôt des Bretons qui, n’arrivant pas à obtenir des places lorsque leurs héros se produisent au pays, se déplacent pour les voir.

Jean-Louis Gossic à la cafetière fumante.

    Les Tri Yann – devenus désormais huit – étaient venus à Septmonts dans les premières années de Pic’Arts. Ils ont plutôt gagné en extravagance, faisant d’un concert une fête à tout casser, un tourbillon emportant tout sur son passage, dont l’adhésion entière du public.
    Le premier effet est frappant : ces pourvoyeurs d’un vieux folklore arrivent portant des déguisements fantastiques, du croisé au casque de centurion au pirate avec – allez savoir pourquoi – une cafetière sur la tête, avec tasses et soucoupes.
    Le pirate est Jean-Louis Jossic, locomotive de ce train. Parfois il se met à raconter une histoire. Elle est à la fois juste, invraisemblable, désopilante et touchante. Ses intonations druidiques donnent une portée épique à tout ce qu’il dit.
    En même temps, toutes ces extravagances sont au service de la musique. Elle plane, galope, chaque coup de poing rythmique mettant le public en délire. Et elle garde les mélodies et harmonies énergiques et plaintives de la musique celte. Il est à rappeler que les Tri Yann étaient parmi les premiers à se demander pourquoi l’ancien héritage musical de la Bretagne ne se mettrait pas à rocker ?
L’Union

25/04/2012

Zic Zazou : la musique des bricoleurs


Les Zic Zazou
Le cœur de tous les bricoleurs dans la grande salle du Mail n’a dû faire qu’un bond, devant la scène encombrée des établis, escabeaux, tréteaux, outils, matériaux et détritus qui font un atelier de rêve. Lequel d’eux n’aurait pas pu passer une journée de bonheur à y concocter quelque projet irréaliste mais gratifiant ?
    En bleus de travail, les neuf hommes des Zic Zazou investissent ce paradis, se mettent à gratter, à frapper, à souffler (dans un tuyau d’arrosage), et une musique émerge, aux rythmes obsédants.
    Ils se comportent comme des ouvriers appliqués mais brouillons, s’interpellent, se charrient même. Ils n’émettent que des bribes de paroles, des grommèlements. « Brocante sonore » aurait pu être un film de Tati : le chef d’équipe – il porte une blouse au lieu d’une veste – a les mêmes mouvements raides que Monsieur Hulot. D’autres gestes répétitifs feraient penser aux « Temps modernes » de Chaplin.
    C’est une fête de l’ingéniosité. Un des ouvriers gonfle un ballon et, en laissant parcimonieusement s’échapper l’air, joue « La vie en rose ».
     Il y a une ambiance de joyeux brouhaha, mais le spectacle est minutieusement réglé. En réagissant aux applaudissements soutenus de la salle, ces neuf Amiénois remercient les spectateurs d’être venus soutenir « les intermittents du spectacle que nous sommes ».
L’Union