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07/03/2013

La fonction archaïque du conteur

Dans une pièce de théâtre, un film de fiction, un téléfilm, des acteurs jouent une histoire à regarder. Le conteur, en revanche, remplit une fonction plus archaïque, tenant ses auditeurs par le pouvoir de la seule parole, et des images qu’elle dévoile.
    « Abraham » de Michel Jonasz ouvre le Printemps des conteurs en racontant la vie d’un aïeul. La salle du Mail était pleine à ras bord, d’autant plus que l’entrée était gratuite.
Michel Jonasz fait plonger Abraham dans « la nuit profonde ».
    L’histoire est ponctuée par les conversations quotidiennes entre deux Juifs dans un village hongrois. Assis sur un banc, le conteur esquisse quelques gestes : tourné vers sa gauche, il est Abraham le Polonais, expansif, bien dans sa peau et sa religion, cantor à la synagogue ; tourné à droite, penché en avant, il est Yanken le tailleur, inquiet, plaintif, qui envie son compagnon et chipote sur les rituels religieux.
    L’émotion déborde partout. La sentimentalité est l’expression excessive d’une émotion ; mais dans ces communautés d’Europe centrale, les sentiments eux-mêmes étaient tellement amplifiées que la barre est mise bien plus haut. Michel Jonasz explose de vitalité, dans la joie d’engendrer des enfants : « Allez, un petit effort, et c’est… le septième ! », dans la peine cachée de les voir partir chercher une vie meilleure. C’est énorme – et toujours juste.
    Les cris et les aboiements de la bande sonore qui précédent l’entrée d’Abraham annoncent déjà l’issue fatale. L’ardeur et les emportements de cette vie communautaire vont être engloutis dans « la nuit profonde, pour toujours et à jamais ».
L'Union

26/05/2012

Des histoires d’enfants


Photomontage Bibliothèque municipale

Le Théâtre du Grenier, spécialiste des soirées de lecture, reprendra son programme sur l’enfance, dans l’auditorium du Mail. Les enfants y apparaîtront dans toute leur diversité, poignants, comiques, insupportables, attendrissants.

Les auteurs de la soirée en spirale : Colette, Nathalie Sarraute, Jules Vallès, Marcel Pagnol, Goscinny (sous les traits du Petit Nicolas), Patrick Süsskind.

Nicolas Pierson, responsable du Grenier, décrit la préparation longue et soutenue d’un tel événement. Les textes choisis par le metteur en scène Madeleine Deleu sont répartis, essayés, relus, redistribués, travaillés.
Qu’apporte en plus la lecture à haute voix, alors qu’un livre peut être lu tranquillement chez soi, et plus vite ? « La découverte d’autres auteurs » selon le responsable, Nicolas Pierson. « La tonalité de chaque voix » selon Anne-Marie Natanson, conservateur de la Bibliothèque qui organise l’événement. L’imaginaire intime de la lecture solitaire est remplacé par une interprétation externe. Une distance théâtrale s’installe, avec une nouvelle écoute.
L’Union

13/03/2012

Jacques Weber célèbre la langue française


Les érudits dans la salle du Mail auront pu identifier tous les extraits qu’assemble Jacques Weber pour faire son spectacle « Eclats de vie ». D’autres auront reconnu quelques phrases et auteurs. Mais beaucoup de spectateurs ont sûrement fait abstraction des auteurs individuels, et se sont laisser emporter par le récit, avec toutes ses variations de contenu, de ton, de style, de vocabulaire. Un écolier grandit avec l’ambition de devenir acteur. Jacques Weber l’accompagne somptueusement. Il peut être intense ou léger, renversant ou émouvant. Parfois il cabotine, mais seulement pour ajouter au texte la dimension extravagante qu’il faut à ce moment-là.
Entre ses mains, « Le corbeau et le renard » devient une leçon de jeu d’acteur, à la fois fine analyse et démonstration démesurée.
Ce spectacle ouvrait avec splendeur le « Printemps des conteurs et des arts de la scène », dont le programme couvrira l’Aisne pour un mois, en une longue célébration de la langue française.
Jacques Weber ne fait rien d’autre, au fond, qu’inaugurer cette célébration. Les spectateurs qui remplissaient la salle l’ont entendu illustrer la richesse, l’élégance, la souplesse, la subtilité, les sonorités de leur langue, sa structure formelle qui contraste avec l’anglais, par exemple, mais qui accommode toutes les nuances de la communication. Jacques Weber est lyrique au sujet du trésor que constitue l’« e » muet. « I love you » annonce ce qu’il annonce ; « Je vous aime » se prolonge par cette fin de mot qui n’en est pas une, ouvrant la déclaration vers l’avenir.
Pour finir, pourtant, il a laissé la parole pour donner une « master-class » en arts de la scène : comment saluer son public, de long en large, de gauche à droite, allant jusqu’à feindre la surprise devant l’ovation.
L’Union

16/11/2010

Conteuse au Mail : retrouver les oreilles d’enfant


Cela tient du conte de fée : Onésime Schuler, lecteur de la Bibliothèque parti faire carrière ailleurs, ramène un jour une belle conteuse. En effet, il assure la diffusion des spectacles de Claire Landais.
A l’auditorium du Mail, qui héberge désormais les spectacles de la Bibliothèque, cette conteuse a présenté l’histoire d’une Cendrillon russe, envoyée par sa marâtre chez une méchante sorcière, mais qui s’en sort au point d’épouser le roi de pays.
A la différence des conteurs qui mettent tout dans la voix, Claire Landais s’engage physiquement dans son récit, par ses mouvements, ses gestes, ses expressions. Néanmoins, elle ne joue pas la comédie. Elle raconte une histoire, et sa voix garde le ton de la conversation.
Son conte touche à la nature double du féminin : la douce fille soumise Vassilissa, en bravant la cruelle, sanguinaire, magique Baba Yaga, gagne ses armes de femme pour faire face à la vie.
Mais ces aspects anthropologiques ne sont jamais explicites. Jamais Claire Landais ne passe au second degré, par un clin d’œil sur le pittoresque ou l’absurde de l’histoire. Un conte de fée se raconte aux enfants, et les grandes personnes doivent retrouver leurs oreilles d’enfant pour l’entendre.
L’Union

06/11/2010

A la découverte d’une Cendrillon russe


Rangeons les paillettes et les souliers de verre étincelants imposés par Disney pour découvrir une Cendrillon russe. Vassilissa-la-Belle ne va pas au bal mais, envoyée dans la grande forêt par sa marâtre, elle traversera épreuves et des peurs, sondera des mystères et, tout de même, épousera un prince.
Parmi les innombrables versions de l'histoire de Cendrillon, éclipsées par celles de Perrault et de Grimm, la conteuse Claire Landais choisit cette mouture unique « qui date peut-être d'avant l'arrivée du christianisme en Russie ». La légende fait partie de ce qu'elle appelle « le patrimoine du merveilleux », qu'elle fréquente depuis l'enfance. Elle propose au spectateur rien de moins que de « s'enfoncer dans nos mémoires, se perdre dans l'inconnu, oublier le temps, en ressortir vivant, nourri jusqu'à l'os, différent ».
Son spectacle sera présenté par la Bibliothèque municipale, mais à l'auditorium du Mail, pour des raisons de place. Les lecteurs et habitués n'auront que quelques mètres de plus à faire sur le même trottoir !
L’Union

07/01/2010

Une conteuse se tait


La croiser en réunion ou au Mail, dont elle était une fidèle, c'était avoir chaque fois droit à un mini-conte. En quelques phrases, Marguerite Ponce brodait sur les circonstances pour raconter une histoire, ses airs de grande dame ajoutant du sel à ce qui était souvent facétieux.
Cette conteuse connue est décédée au tournant de l’année. Née en Belgique en 1927, elle arrive enfant dans le Soissonnais, grandit à Blérancourt, s’y marie et se trouve jeune veuve en 1964. Elle prend un travail à « La sauvegarde de l’enfance » puis, la quarantaine venue, obtient son diplôme et un poste d’assistante sociale à la CAF.
A la retraite, elle devient la conteuse « Margot » à « Conte et raconte ». Francine Pérard, présidente de l'association, dit d’elle « Elle n’aimait pas le fantastique. Elle contait les histoires contenant une sagesse qui pouvait changer les gens. » Une moraliste, au fond, mais au style mordant et divertissant.
Pour rappeler son nom de famille, elle avait recours à une boutade : « Ponce sans Pilate ».
L’Union

09/10/2009

Du grenier à la crypte


Nicolas Pierson et Anne-Marie Natanson.

Le fantastique est un riche filon de la littérature. Ses auteurs taquinent ou renversent les lois naturelles, créant un monde parallèle au quotidien, mais autre.
Le surnaturel y joue, ou ne joue pas. Parfois, comme dans la nouvelle « Sredni Vashtar » de Saki, le doute subsiste : un dieu obscur a-t-il répondu aux prières du jeune héros, ou la victime a-t-elle été seulement imprudente ? Après le succès de sa soirée Maupassant, l'année dernière, la troupe amateur du Théâtre du Grenier (car à ses débuts il jouait dans un grenier, c’est logique !) présentera une nouvelle soirée de contes, choisis cette fois « au fil des pages de la littérature fantastique » et à nouveau en partenariat avec la bibliothèque municipale. Nicolas Pierson, professeur d'histoire dans le civil, explique : « Quatre conteurs liront chacun une nouvelle, sans mise en scène mais avec de la musique. Les auteurs sont Maupassant, Poe, Robert Bloch et Saki. »
En effet, les auditeurs auront l'occasion de suivre l'histoire du furet Sredni Vashtar, puissance des ombres ou animal irascible, à chacun de décider.
Ce spectacle du Grenier aura lieu dans… la crypte Saint-Léger. L'entrée sera gratuite. Anne-Marie Natanson, conservateur en chef de la Bibliothèque, conseille de réserver ses places, et de venir chaudement habillés.
L’Union

25/09/2008

L’avenir de Not’en chœur

Pour mettre en valeur le patrimoine des petites églises de campagne, « Not’en chœur » de Belleu est venue chanter à Chacrise. Cette chorale a la bonne idée d’amener son avenir avec elle, pour la première partie du concert. Cependant, vu la verve avec laquelle les adultes ont chantée, ces enfants ne prendront pas leurs places de si tôt.
L'Union

11/05/2008

Ouïe et imagination pour une soirée contes

Mettre les sens – vue, odorat... – en veille prolongée, en n’en gardant allumés que deux : l’ouïe, et l’imagination. Voilà comment se préparer pour une soirée de contes, car un conte entre par l’oreille et se met à amuser, émouvoir, enflammer ou même effaroucher l’imaginaire de chacun.
    Cet art du conte vient de loin, peut-être lorsque la lutte brutale pour survivre a commencé à laisser la place pour le monde de l’esprit.
    Le vendredi 16 mai, six conteuses de l’association Conte et Raconte en Soissonnais recevront les amateurs de contes au Grenier de la bibliothèque pour entendre des contes récoltés à travers le monde. Chacune a sa sensibilité. « Douce et poétique, ou plus acérée, ou comique, selon » : Francine Pérard, présidente de l’association, plus connue comme « Mamita » quand elle est conteuse, parle de la préparation de la soirée. La programmation est minutieuse, tout en ménageant une part de souplesse : « Il faut sentir le public ».
    Pourquoi ne pas lire tranquillement chez soi ?. « La lecture est personnelle, solitaire, alors que le conte est la parole en direct. » C’est un acte collectif, un échange entre le conteur et la communauté d’auditeurs.
    Conteuse depuis vingt ans, Mamita tient à son statut de bénévole. Les conteuses suivent des formations, et recherchent et assimilent constamment de nouveaux contes, traditionnels, populaires, oraux ou écrits. Pour un des contes de la soirée, elle a hésité entre des versions chinoise et sud-africaine. « J’ai choisi la chinoise. »
    Elle élude les questions abstraites sur la nature et l’objectif du conte, sauf à rappeler qu’un conte « est tout autant fait pour endormir les petits que pour éveiller les adultes ». En revanche, elle illustre volontiers ses propos en citant des contes. Du coup, l’entretien devient une mini-séance, un échantillonnage du genre. Sa maîtrise de cet ancien art oral s’entend dans ses mots, ses intonations, et se voit dans son évidente joie à raconter.
L’Union






"Mamita" (à g.) avec Anne-Marie Natanson, conservateur en chef de la Bibliothèque.



15/06/2006

Les conteuses font sentir le fabuleux au Grenier

De g. à dr. les conteuses Christiane Guille, Francine Pérard, Margot Ponce et Simone Pannet.



Alors que de loin montaient les chants d’un concert donné par La Campanella dans l’église Saint Léger, quatre conteuses de l’association Conte et Raconte en Soissonnais ont fait participer le public du Grenier à la fête nationale du conte (voir l’Union du 6 juin), avec leurs « Contes d’ici, de partout, d’ailleurs ».
    Tout le long de la soirée, elles ont fait visiter un pays où le surnaturel est ordinaire, où des animaux parlent et se transforment. Cela finit souvent bien, parfois mal, comme la princesse devenue grue cendrée, qui s’arrache les plumes pour faire un tissu merveilleux, et meurt éclaboussée de sang. Les contes pour adultes ne font pas de concession.
    Un conte exige une attention qui est grignotée aujourd’hui par la multitude de media et d’imprimés disponibles. Son écoute interdit de feuilleter plusieurs livres à la fois, changer de chaîne trois fois à la minute, ou même s’endormir devant l’écran. La conteuse est là, maîtresse du temps, et on ne peut même pas zapper à une autre si l’attention flanche.
    C’est un peu comme si l’on ressortait son vélo, après des années de voiture. C’est plus lent, et il faut plus d’effort. Mais en échange, tous les détails du chemin reprennent leur netteté, les couleurs s’intensifient, et l’arrivée au but est une réussite partagée avec le peloton.
   Chaque conteuse a son style, sa façon de charmer le public. Rien n’est improvisé, mais rien n’est figé. « Apprendre par cœur un conte serait désastreux » explique Francine Pérard. Comme pour les encourager, l’environnement fournissait parfois des bruitages : les applaudissements au concert s’entendaient comme une averse de pluie sur le toit, et un oiseau a chanté obligeamment dehors à la fin d’un conte sur les oiseaux.
    Après, les sources orales et écrites du programme ont été citées, pour placer l’événement dans son cadre. Conte et Raconte distrait, mais rattache le public à une tradition de tout sérieux.
    Margot Ponce a détourné une fable de La Fontaine, dans laquelle une cigale fumeuse rencontre une fourmis non-fumeuse : « Vous avez fumé ? Eh bien, toussez maintenant ! »
    D’ailleurs, enfermés dans la salle étouffante, nous étions un peu comme des fumeurs. Le plaisir nous rendait incapables de décrocher, d’aller chanter à pleins poumons avec les choristes. Non, nous préférions vider un carton entier d’histoires entre nous, sachant que le lendemain, comme les cheveux sentent après une soirée enfumée, notre imagination fleurerait encore le fabuleux.
L'Union

06/06/2006

Ici, partout, ailleurs : une soirée de contes à la Bibliothèque

De g. à dr. Anne-Marie Natanson, Francine Pérard et Marie-Claude Fournier.
Le samedi 10 juin, quatre conteuses de l’association « Conte et Raconte en Soissonnais » participeront pour la première fois à la Fête Nationale du Conte, en accueillant le public au Grenier, à la bibliothèque de Soissons. Elles ont déjà leurs fidèles, habitués à entendre et à réagir à leurs contes. Ce sera l’occasion pour d’autres de les découvrir.
    Maire Claude Fournier, maire adjoint pour les Affaires culturelles, reconnaît le rôle d’Anne Marie Natanson, conservateur en chef de la bibliothèque, en prenant l’initiative d’organiser de tels événements. « La bibliothèque devient ainsi un vrai lieu de vie. »    Le titre de la soirée, « Contes d’ici, de partout et d’ailleurs », révèle l’étendue des sources d’inspiration. Les contes seront puisés d’abord « ici », c'est-à-dire dans l’imaginaire et l’histoire picards. D’autres viendront de « partout », c'est-à-dire de chaque coin du monde où une bonne histoire se déniche. Enfin, il reste le « ailleurs », cette contrée où les lutins, gnomes et autres esprits malicieux se disputent la vedette, où la chèvre est faite d’or, où le fabuleux basilic tue d’un seul regard.
    Ce sera une soirée pour les adultes, alors que ces conteuses bénévoles consacrent beaucoup de temps à visiter les écoles. Le but est de faire connaître aux élèves les plaisirs de l’imagination, en espérant les éveiller à la lecture, ce moyen pour chacun d’avoir accès à toutes les histoires du monde.
    Francine Pérard, présidente de l’association, parle de l’art du conte comme si elle en racontait un, illustrant chaque propos par des exemples, des fragments d’histoire. Elle possède un répertoire de deux centaines de contes, et chacune des autres conteuses a son fonds d’histoires. « D’ailleurs, le même conte dit par deux conteuses sera complètement différent, comme peut l’être le même conte dit par la même conteuse à deux publics différents. »
    Ces conteuses suivent des formations régulières et minutieuses. Récemment, elles ont appris à « construire » une veillée, à lui donner un rythme, en alternant les genres et les durées. « Mais ce n’est pas du tout un spectacle. » Elles restent toujours derrière ce qu’elles content, jamais devant.
    Question traîtresse : à quoi ça sert de raconter des histoires aux gens, au lieu de leur dire la vérité ? « Parce que nous avons besoin de rêver » proteste la conteuse ; « Nous sommes tous des enfants quelque part » souligne le maire adjoint, qui fut enseignante; alors que la bibliothécaire se réfère à Bruno Bettelheim et sa vision freudienne des contes. Une quatrième réponse est peut-être que les histoires elles-mêmes contiennent la vérité, mais qu’elle y est déguisée en jeune fille allant à son premier bal, en potentat nu convaincu d’être vêtu comme un empereur, ou même – car tout doit se raconter – en ange de la mort.
L'Union