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11/01/2014

Les pulls sur scène au Mail

Katia Petrowick et Marie Sinnaeve.
Les enfants de Maternelle qui rentraient dans la petite salle du Mail, deux à deux et plutôt impressionnés, allaient, pour la plupart, voir pour la première fois un spectacle sur scène et non pas sur écran.
    La danseuse et chorégraphe Katia Petrowick avait séduit d’autres enfants il y a un an avec les rythmes et battements de « Cong cong cong ». Elle est revenue avec Ombline de Benque et Marie Sinnaeve pour le tout nouveau spectacle « Pull-over », co-produit par le Mail.
    Elles se démènent avec des douzaines de pulls plus délabrés, plus criards les uns que les autres, qu’elles portent, traînent, empilent, jettent, remettent. Elles s’y cachent, s’en déguisent, se les balancent rageusement.
Katia Petrowick, Ombline de Benque et Marie
Sinnaeve, chargées de pulls comme des tortues.
    Le jeune public s’est délecté de l’ingéniosité fabuleuse. Mais une fable a un sens, que les enfants peuvent saisir sans faire une analyse d’adulte. Ces lainages ne seraient-ils pas les habits qu’on revêt pour se donner une contenance dans la vie, dans les rôles à jouer ? Toujours trop petits ou trop grands, ils gênent, pèsent, déforment. Au lieu d’aider à vivre, les pulls en empêchent. Il y a pire : une des femmes, en agitant deux pulls vides, manipulent les deux autres corps. Les pulls ont pris le pouvoir, faisant des humains des pantins.
L'Union

22/11/2013

Faire danser l’air

C’est comme si un prestidigitateur exposait toutes ses ficelles avant de commencer, puis époustouflait quand même son public par la magie abracadabrante de son tour.
Jean-Louis Ouvrard au milieu des
ventilateurs après le spectacle du Mail.
    Dans « L’après-midi d’un foehn » de Phia Ménard, le marionnettiste Jean-Louis Ouvrard est raide dans un long manteau croisé. Il découpe des sacs en plastique de supermarché, en troue un, ajoute un carré pour la tête et deux tubes pour les bras, scotche tout, et le jette en boule au milieu d’un cercle de puissants ventilateurs, qu’il met en route. Il est facile de deviner que la boule se dépliera, se gonflera. Mais comment prévoir la suite ? La forme vaguement humaine se met à danser, tourner, s’allonger, se relever, sous le seul effet de l’air soufflé. Il est rejoint par un partenaire, et ils se lancent dans un extatique pas de deux. Le tourbillonnement attire une foule de leurs semblables, qui volent de plus en plus haut, replongent, s’écrasent, repartent.
    L’homme arrive, se prête solennellement au jeu, puis sort ses ciseaux et commence à déchirer ce qu’il a fait. Il ne laisse que des formes mutilées, des lambeaux, mais la folle danse continue. Créateur-destructeur, ou la raideur refusant la mobilité ? « C’est à chacun d’interpréter » confie Jean-Louis Ouvrard après le spectacle.
    C’est ingénieux, comique, mais surtout émouvant. En résumant l’être à quelques traits, la marionnette, au lieu de réduire l’humain, dégage toute la grâce fragile du corps et, plus étonnant, du cœur de l’homme.
L'Union

11/05/2013

Le long enfermement de Camille Claudel

Camille Trouvé a fabriqué la marionnette
de Camille Claudel qu’elle manipule.
C’est le geste le plus éloquent de « Les mains de Camille » au Mail : dans une débauche de papier froissé, Camille Claudel pétrit et arrache l’argile simulée, et il en émerge un pied humain, d’autant plus parfaitement formé que c’est celui de la marionnettiste. Pour un sculpteur, le corps d’art est aussi vivant que le vrai corps. Camille Claudel, manipulée par la marionnettiste Camille Trouvé, est elle-même en papier, avec cette approximation à la réalité qui rend les marionnettes émouvantes, parce qu’elles font appel à l’imagination pour exister.
Le public scolaire est mis en scène aussi.
    La pièce met en scène le long internement psychiatrique du sculpteur, en revenant constamment sur son passé de créateur et sa déchéance, enfiévrée par sa propre créativité et la désapprobation de son métier considéré peu féminin. Son enfermement est ponctué par les échanges avec son implacable mère, et avec son frère Paul, tiède au point de la laisser mourir à l’asile.
    La production est d’une ingéniosité éblouissante. Pour commencer, le public est amené sur scène par une porte de sortie d’urgence, et s’assied sur de jolies banquettes en demi-cercle face à la salle. L’ordre est bousculé. La scénographie est pleine d’astuces, cordes, rideaux, accessoires, projecteurs, que manipulent quatre comédiennes en pleine vue des spectateurs. L’illusion théâtrale sera d’autant plus forte qu’elle est transparente.
L'Union

26/03/2012

Les doigts de la main


Lentement, la lumière découvre le marionnettiste chinois Yeung Faï, assis en tailleur, en train d’étirer ses doigts, comme un athlète à l’échauffement. Il se gante d’une première marionnette et une deuxième, et la nécessité d’une grande agilité devient évident. C’est la tradition de la « gaine chinoise » : l’index dans la tête, le pouce et le majeur pour les bras, les autres doigts étant repliés et les pieds se trouvant au niveau du poignet.
    « Hand stories » a un aspect rituel : l’assistant, Yoann Pencolé, apporte une lampe au maître, présente les marionnettes, et elles commencent à raconter l’histoire des Yeung, marionnettistes depuis cinq générations. Le récit impressionniste touche à la révolution Culturelle – sous forme d’un grand dragon qui se tortille jusqu’à impressionner le jeune public – , le massacre de Tianmen, le départ pour l’Amérique, la brouille avec un grand frère.
    Comme toujours, ce qui rend ces bouts de tissu et de bois attachants n’est pas leur dextérité, mais leur éloquence. Ils se font la cour, se battent, se déchirent, volètent – et font rire et émeuvent.
    Derrière ce récit autobiographique se dit une autre histoire. L’assistant, grand en taille mais petit en importance par ses tâches subalternes du début, se met à manipuler des marionnettes, et finit dans l’attitude de départ du maître, qui dépose devant lui la lampe de la tradition à transmettre. C’est une réalité : Faï et Yoann enseignent la gaine chinoise, nouvelle matière, à l’école de Charleville-Mézières.
L'Union

24/11/2011

Un spectacle loufoque et hautement moral


Emilie Incerti Formentini manie la marionnette d’un vieil paysan en conversation avec le petit Claus (Bryan Polach).
Le décor de « Le petit Claus et le grand Claus », spectacle venu du théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis, est un atout majeur. Le plateau est équipé d’une série de portiques éclairés, avec des rideaux et des éléments mobiles. L’équipe technique du Mail avait mis quatorze heures de travail à le monter, en une sorte de réplique aux manèges clignotants de la foire Saint-Martin devant le théâtre. Explique-t-il l’enthousiasme des spectateurs scolaires dans la salle, obtenu sans aucun effort par les comédiens ? Ils ont ri, chanté, crié pour encourager les personnages, parfois pour les contredire. Un régal sans doute pour les acteurs.
    C’est une version loufoque et contemporaine du conte hautement moral de Hans Andersen. Le grand Claus (grand car il a quatre chevaux) et le petit Claus (petit car il n’en a qu’un, que tue le grand par surcroît) s’affrontent. La malveillance et la brutalité du grand ne le sauveront pas d’une série de déboires, face au petit, dont la bonté, l’imagination et l’intelligence l’amènent à la prospérité, la victoire sur son rival, et l’union avec une belle femme.
    Le spectacle, joué par deux comédiens et une comédienne, se sert de toutes les formes pour raconter l’histoire : musique, éclairage, marionnettes, théâtre d’ombres. Le public l’a suivi goulûment.
L'Union


22/10/2011

« Faim de loup » : rire de ses peurs


Laurie Cannac fait irruption parmi les spectateurs.
En face d’un public très jeune – et quelques adultes égarés – la fillette passera la nuit seule dans un lit immense, en vivant à sa façon l’histoire du Petit chaperon rouge. Voilà « Faim de loup », résultat de la rencontre entre Laurie Cannac, comédienne-clown de rue, et Ilka Schönbein, spécialiste des marionnettes « de corps », que manipule le marionnettiste de l’intérieur.
Devant nos yeux la fillette devient Chaperon rouge, le loup, la grand-mère. Laurie Cannac se démène, se roule sous une couette pour émerger chaque fois transformée. Ses jambes deviennent des bras interminables, sa tête porte deux masques devant et derrière, tout son corps agit à l’envers. C’est constamment ingénieux, et beau.
Chaperon rouge à l'envers
Quand la grand-mère danse, son visage plaqué sur l’arrière-train de la marionnettiste pliée en deux, ses pieds sont évidemment à l’envers. C’est ce mélange de l’hilarant et de l’inquiétant qui donne sa force à la pièce. « Faim de loup » commence par faire beaucoup rire, amenant ainsi les spectateurs à aborder leurs peurs sans panique ni larmes.
Le fait que la comédienne habite seule tous les personnages laisse entendre que ce sont des aspects d’elle-même que la fillette évoque ou rêve dans la nuit : la relation maternelle, l’audace adolescente, la férocité sanguinaire, la vieillesse, la mort, la renaissance à l’avenir. C’est jungien, et d’ailleurs Laurie Cannac se réfère au psychanalyste en répondant aux questions après le spectacle.
L’Union

24/09/2011

"Vy" : la douloureuse enfance de l’art


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Michèle Nguyen prend tous les risques avec son spectacle « Vy » dans la petite salle du Mail. Imaginez : elle raconte son enfance malheureuse à Mons (« autobiographique à 80 pour cent » admet-elle après le spectacle), auprès d’une grand-mère froide et méchante, alors que sa mère belge est à l’hôpital psychiatrique, et qu’elle est sans nouvelle de son père vietnamien. C’est lui qui l’appelait tendrement « Vy », c’est-à-dire « microbe » en vietnamien.
    Le risque était de faire du misérabilisme sur scène, de tirer des larmes faciles. Elle évite brillamment ces pièges. Sa voix est certes douce, pesée, lente, comme si elle ne prenait pas de distance par rapport à la tristesse du texte. Mais elle partage son rôle avec une marionnette espiègle, l’enfant qui défie la méchanceté ambiante avec son demi-sourire peint. Or les marionnettes, dont le jeu est réduit à quelques manipulations, traduisent à merveille l’émotion, c’est leur paradoxe.
    Michèle Nguyen a un autre atout. Son jeu est empreint de précision et de grâce, autant que si elle était danseuse. Ses gestes, ses mouvements, ses expressions créent la distance qu’il faut. A la fin, quand elle écrit un message d’amour sur la tombe de sa grand-mère, ce qui aurait pu être sentimental devient, comme au théâtre, émouvant.

17/11/2010

Stones : les pierres se mettent à vivre


Les pierres livrées à Varsovie pour un monument au Führer ont servi, après la victoire, à élever un mémorial aux résistants du ghetto. De cette ironie la compagnie israélienne Orto-Da a tiré une idée lumineusement théâtrale. Les personnages de pierre se mettent en mouvement, et mènent la vie de ces résistants après la guerre.
Un camp de concentration, un voyage épique vers la Palestine, la construction, mais aussi les pièges de la vie moderne, les faux semblants : les six comédiens miment tout. Les trouvailles crépitent, amusent, émeuvent. Les barbelés deviennent les cordes d’une harpe, un étrange être fait d’un drap sort d’une poubelle, s’agite, déguisé en Hitler mais ânonnant des lieux communs du spiritualisme oriental. Tout est évoqué, rien n’est asséné. Les spectateurs gardent une marge d’interprétation subjective. C’est cela, la générosité artistique.
Parlant après le spectacle, à côté du tonneau de vase grise de la mer Morte avec laquelle ils se griment, le metteur en scène Yinon Tzafrir parle du travail en cours qu’est  « Stones ». « Nous le changeons continuellement. ».
Il admet la difficulté de faire une tournée en quant qu’Israéliens. « Nous sommes des artistes, « nous voulons la paix. » Bien sûr que la situation actuelle aiguise notre écoute. Des trois parties en cause dans cette histoire, les Allemands sont bruyamment présents sur la bande sonore, les Juifs vivent leur histoire dans les pierres ; les Palestiniens, eux, ne sont pas entendus.
L’Union

17/05/2010

En chair et en kraft

Quatre comédiens arrivent sur scène avec un rouleau de papier, l’ouvrent, le tirent, le chiffonnent, le plient, le nouent, et mettent au monde une énorme créature de forme humaine. Sous leurs mains elle s’ébroue, se dresse, bouge.
Un danseur entreprend une chorégraphie qui met en avant la souplesse et la diversité des gestes du corps. Il est suivi, maladroitement, par Kraffft. Un pas de deux s’esquisse, fait d’imitation, de méfiance, puis de confiance grandissante. Aussi de défis : le danseur étale son agilité, Kraffft répond en enroulant ses bras, sautant en l’air et y restant suspendu.
Le danseur, Jan Raballand, est jeune et beau et gracieux et brillant, mais c’est la poupée de papier froissé qui émeut, par ses efforts à être humaine.
Le réalisateur, Johanny Bert, metteur en scène déjà des piquantes « Histoires de Post-it », atteint une apothéose quand le danseur soutient Krafft, et que ses opérateurs manipulent dans le vide. L’astuce marionnettiste est dévoilée, et cela ne fait que confirmer le miracle.
L’Union






Même sans la poupée, les marionnettistes poursuivent les manipulations.

15/05/2010

Un projecteur sur la nature humaine


Petites formes, d’accord. Mais deux comédiennes qui manipulent quelques bouts de papier, cela ne va-t-il pas trop loin dans la petitesse ? Essayons tout de même « Histoires Post-it ». Et nous voilà embarqués dans un grand voyage à travers les bizarres comportements des hommes. Avec des Post-it sur lesquels sont griffonnés des yeux et une bouche, et qui collent à leurs doigts, Barbara Galtier et Isabelle Monier-Esquis, venues du Puy en Velay, présentent une série d’histoires souvent grinçantes. Il y figure même des rencontres qui constitueraient un petit manuel de pratiques sexuelles. Des désespérés se suicident, ou tentent de le faire, comme l’un qui rate sa noyade dans un bac d’eau.
Tout se passe à l’intérieur d’un cadre suspendu, qui cache aussi les têtes des comédiennes. Seules les bouches au rouge à lèvres éclatant restent visibles en-dessous.
    Un étal d’ingéniosité, alors ? Certes, mais ce spectacle va plus loin, jusqu’à remplir la grande fonction du théâtre, c'est-à-dire diriger un projecteur sur la nature humaine.
L’Union

14/05/2010

Les yeux désabusés du chien


Une foule de collégiens, et quelques adultes qui trépignaient trop pour attendre l’ouverture officielle de V.O., se sont retrouvés aux « Enchaînés ». Quatre marionnettistes venus de Strasbourg illustrent les méfaits de la télévision : l’implacable élimination de candidats à la gloire médiatique, les animateurs gluants de fausse jovialité.
Les marionnettistes en ombres noires. 
Les marionnettes et leur manipulation sont éblouissantes, tout décantant du corps pour n’en laisser que les gestes les plus éloquents. Que quelques morceaux de mousse et de bois nous atteignent tant, c’est le miracle du genre.
Ici, leur abêtissement, leur abrutissement, n’en sont que plus troublants. La terre n’est pas ronde mais plate et carrée. Un gamin esseulé apprend que tous ses copains potentiels regardent la télé.
Le plus hilarant, c’est le couple scotché au canapé et au sac de popcorn, toutes leurs réflexions et réactions dictées par ce qu’ils voient à l’écran. Parfois le chien étendu à leur côté, un puits de sagesse, lève la tête et les regarde, désabusé.
L’Union


07/04/2009

Le public prend ses distances au Mail


Si le public venu voir « L’opéra des quat’sous », rajeuni par la présence des élèves participant aux Journées départementales du théâtre, n’a pas saisi la notion de « distanciation » après ce spectacle, c’est qu’il ne la comprendra jamais. La mise en scène insiste en effet sur l’approche de Bertolt Brecht, dans laquelle le théâtre ne doit pas encourager une identification avec les personnages sur scène mais, au contraire, rappeler la distance entre le comédien et ce qu’il joue. L’acteur n’est pas son personnage, il l’illustre. La mise en scène ne reproduit pas la réalité, elle aide à la décortiquer. Le public n’est pas simple récepteur d’images, il est entraîné dans une dialectique. Ce théâtre est politique.
Les six acteurs-chanteurs imposent puissamment leur présence, mais s’effacent aussi pour manier des marionnettes-carcasses, conçues dans le style des expressionnistes allemands. Cela dédouble la distance – encore elle ! – entre scène et salle.
Sur une partition de Kurt Weill, « la musique la plus merveilleusement insultante que j’ai jamais entendue » selon le critique Walter Kerr, on raconte la vendetta entre Peachum, formateur en mendicité, et le fripon séduisant Mackie. Peu recommandables, l’un et l’autre, et qu’utilise Brecht pour narguer le monde bourgeois : quel est le malfrat, demande-t-il, celui qui fonde ou celui qui vole une banque ? A bon entendeur d’actualité, salut !
L’Union

















Mackie, homme et marionnette, se préparent tous deux à être pendus.

08/05/2008

Poupées, mère et fils


Réduire le corps humain à une forme géométrique surmontée d’une tête de poupée, la manipuler pour exécuter quelques gestes. Simpliste, la marionnette ? Dans « Dissident », au contraire, la simplification révèle l’essentiel avec une distance toute brechtienne. Christian Chabaud, avec Nicolas Charentin, montre un fils dans une relation fusionnelle avec sa mère. A la fin, la poupée-fils déchue tombe dans un trou. Simple, fort.
L’Union

11/04/2008

Vingt doigts au Mail

Comme par un mauvais sortilège, le spectacle « Boliloc » du marionnettiste Philippe Genty s’est tardivement avéré trop gourmand en espace pour la grande salle du Mail, dont les coulisses manquent notoirement de profondeur. Que faire ? Eh bien, par un coup de baguette remplacer l’énorme machin par un spectacle miniature à deux comédiens et à vingt doigts. « Zygmund Follies » a été hébergé dans la salle des fêtes, transformée en théâtre à gradins.
Eric de Sarria, Philippe Richard et leurs vingt doigts.
Genty, perfectionniste entre tous, est venu à Soissons régler longuement sa mise en scène. Trois séances ont été prévues pour recevoir tout le monde. La solution n’a pas plu partout, mais ceux qui ont vu le spectacle sont tombés sous le charme et devant son punch.
Les premières lumières découvrent un grand personnage sans tête, une boîte sur la poitrine qui contient une tête vivante. Cette image d’autorité paternelle capricieuse pèse sur l’histoire d’une main partie comme Ulysse pour un voyage d’aventures et de découverte.
L’impact vient de l’ingéniosité du texte et des effets visuels. Les personnages sont sommaires : une petite tête sur le doigt majeur, un bout de tissu sur la main – que doit même enlever le héros devant un médecin. Ce condensé crée une distance qui – c’est le rôle du théâtre – jette une lumière sur la nature humaine, forte, fragile, parfois risible. Le spectacle finit sur une réconciliation, lorsque deux mains osent s’enlacer, sous le regard du père.            L'Union


23/05/2007

Entre la morgue et le couvent


Angeline Bouille et la détenue se regardent.
« Le tac tac tac des tuyaux de chauffage. » Pour remarquer ce bruit, il faut des oreilles qui manquent terriblement de communication humaine. Par exemple en prison, « entre la morgue et le couvent ». Dans « Le sas », une détenue attend, entre une longue peine et sa sortie redoutée (« Comment payer dans un bistro ? Comment pousser moi-même une porte ? »). Elle revoit les seize ans de brimades, d’amitié restreinte à des relations avec ses codétenues, toujours un peu illégitimes, de privation de son rôle de mère.
Le texte déchirant de Michel Azama, qui reprend des entretiens avec des femmes de la prison de Rennes, a été retrouvé par Angeline Bouille. C’est elle qui dit tous les rôles, en faisant jouer une marionnette de mousse grisâtre.
La question se pose toujours devant les marionnettes : pourquoi ne pas prendre des acteurs, et rendre le jeu littéralement plus humain ? Et la réponse ? Une actrice ne saurait guère assumer ce rôle d’une femme jouet des circonstances, subissant son sort, exposée nue aux regards alors qu’elle frise l’obésité, sans gêner les spectateurs, ou bien les éloigner par une performance de star. Cette loque nous atteint directement par sa vulnérabilité, son état d’objet. Comme son expressivité dans les mains de la marionnettiste est absolue, il peut même venir une envie de réagir, lui montrer de la compassion, lui prendre la main.
L’Union

22/05/2007

La brouette volante : conte pour enfants, adolescents et adultes


La classe « Festival » du Lycée Nerval a retrouvé l’Union à un spectacle de marionnettes présenté par Bouffu Théâtre à la Coque. Autre expérience du théâtre d’objets, comédiens en chair et os jouant avec des marionnettes en mousse.
 « Mauvaise herbe » est le surnom d’un vieillard à la réputation douteuse que côtoient un frère et sa sœur vivant les plaisirs, peurs et contraintes parentales de l’enfance. Il forme avec le garçon une amitié hargneuse, lui donnant d’autres repères qui le feront grandir. Ancien taulard, Mauvaise herbe rêve de voler. L’enfant l’aide à construire une brouette volante dans laquelle il se tue, bien sûr sans avoir décollé.
La mise en scène est ciselée, comique par son ingéniosité, les marionnettes si expressives qu’on se met paradoxalement à préférer, aux interventions directes des simples humains, le jeu des objets qu’ils manipulent.
C’est un spectacle « tous publics ». Autrement dit, les élèves du primaire dans la salle suivaient l’histoire au premier degré, alors que les lycéens avaient une perspective sur le fantastique. Pour les quelques adultes, Mauvaise herbe songeait sans doute au vol libératoire par lequel chacun quitte ce monde. Le débat après le spectacle dégageait le terme « enfantin », avec un sens différent pour chaque groupe d’âge.
L’Union

19/05/2007

Iago et les trente-trois critiques de théâtre


Voies Off a réussi à attirer le public jeune, ce qui promet pour l’avenir du théâtre, assuré par cette arrivée de nouveaux fidèles.
Cependant, la présence de la « classe Festival », venue du Lycée Nerval assister à « Iago » à la Mutualité, avait un sens particulier. Ces élèves de Seconde, avec leur professeur de lettres Marie-Claude Fonteny, avaient à réagir au spectacle en critiques de théâtre. Au lieu de le recevoir passivement, ils devaient formuler leurs opinions, en premier lieu au correspondant de l’Union, ensuite sur le blog du festival.
« Iago » du Théâtre Mu présente la tragédie shakespearienne « Othello », réécrite pour la centrer sur le personnage d’Iago. C’est lui qui mène à sa perte le Maure Othello, le convaincant de l’infidélité de sa femme. Il l’étrangle, puis se tue. Simple changement d’angle ?  Plus que cela, car les personnages sont représentés par des marionnettes de bouts de bois et tissu, opérées devant nos yeux par deux comédiens, qui jouent… un double Iago. Double par sa duplicité, et jouant avec les autres personnages dans les deux sens du terme.
Les jeunes critiques, qui pour beaucoup avaient ici leur première expérience du théâtre d’objets, ont trouvé la pièce « originale », « pleine d’humour » (notamment une épique bagarre entre marionnettes). Ils ont apprécié le rythme, le fait que rien ne soit caché du jeu. Plusieurs entendent lire la pièce originale. Rassurés de voir un spectacle pour adultes, ils aimaient aussi le rappel des poupées et petits soldats de leur enfance. Ils ont pu questionner les deux marionnettistes. En fait, leur rôle les amenait de façon évidente à réfléchir au sens du théâtre, ses choix, ses décors, sa distance de la vie réelle, ce qu’il éclaire de la nature humaine. Ile répéteront l’expérience samedi, pour « Mauvaise herbe ».
L’Union

26/05/2005

Drôles d’oiseaux au donjon

Broslavinia, qui se situerait entre les Carpates et la Slovénie du Sud, là où les cours de géographie s’arrêtent, n’est connue par le grand public que pour ses bestioles, aussi célèbres que le panda chinois, aussi géantes.
Quatre spécimens ont accueilli les spectateurs des Voies Off. Mi‑autruches, mi‑arbustes, ils ont déambulé à l’aise dans le parc de Septmonts, convaincus sans doute que le donjon est un de leurs mythiques ancêtres, pétrifié sur place.
Igkor, Totor, Tator et Irma montrent une grande délicatesse, empreinte de timidité, dans leurs contacts avec les gens, s’approchant, se laissant approcher, mais sans jamais s’imposer. Parfois, ils s’éloignent gracieusement, et doivent être rappelés à leur tâche.
Le pâtre, qui leur applique sa douce discipline, parle anglais aux spectateurs et Broslavinien à ses charges, langue italo‑slave (« avec un tout petit peu d’espagnol »). Lui n’est pas timide pour deux « drats » (sous), et anime l’événement avec adresse et spontanéité. « Ils sont tous différents » remarque quelqu’un. « Vous aussi, you are all different » insiste‑t‑il.
Broslavinia existe‑t‑elle vraiment ? Au moins autant que ces créatures – sinon, d’où seraient‑elles venues ? C’est le Théâtre en Kit de Nancy qui les a emmenées de leurs forêts sombres. Quand on pense qu’elles ont commencé toutes petites, marionnettes pour enfants, avant de grandir, grandir, et commencer à marcher toutes seules !
L’Union

Roméo et Juliette à Septmonts



Qui ne s’est pas attendri devant un enfant qui joue, sa boîte d’allumettes camion, le caillou qui devient alpiniste et grimpe sur une marche d’escalier ? Jeune, qui ne s’est pas pâmé devant l’amour absolu des amants de Vérone, surtout intensifié par la musique de Prokofiev ? Le spectacle présenté par le Théâtre Mu de Lyon, dans la salle du château de Septmonts, mixe l’un à l’autre devant un public confidentiel (il fallait être près pour voir). Dans cette version créée par Ivan Pommet, les personnages sont de minuscules marionnettes faites de bouchons de champagne. L’acteur Mathieu de Chabalier, habillé et ganté de noir, les déplace avec les doigts, amène les accessoires (dont nécessairement le balcon de Juliette), dit les dialogues, réduits plutôt à des exclamations, cris et grognements. Les spectateurs du premier rang y sont acquis aussitôt, alors que c’est le visage innocent du manipulateur, trop innocent pour être vrai, qui en fait une joie pour les adultes derrière.
L'Union