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29/05/2014

« Press » au Mail : une marionnette récalcitrante

Un homme élégant, tout de noir vêtu, enfermé dans un cube sur la scène du Mail : Soissons voyait enfin Pierre Rigal dans « Press », son ballet de 2008. Les danseurs hip-hop d’« Asphalte » nous avaient révélé sa quête du sens du corps humain en 2012.
    L’homme tourne sur lui-même, puis soudain est secoué par des mouvements qu’il ne maîtrise pas : torse, membres, mains et pieds sont tirés, poussés par de bruyantes forces invisibles. Le toit du cube se met à descendre par paliers : sa tête s’y frotte bientôt, avec un grincement métallique. A chaque étape, il s’adapte, essaie de reprendre pied, de garder son allure de dandy. Marionnette récalcitrante, il tient tête au séisme corporel, avant d’être à nouveau assailli. Une lampe d’architecte radioguidée accroît le sentiment de puissances extérieures. Enfin le cube s’aplatit. L’homme meurt-il écrasé, ou s’agit-il d’hallucinations schizophrènes terrorisantes ?
    La performance physique de Pierre Rigal est extraordinaire. Il a été athlète avant d’être chorégraphe, et « Press » se situe à la frontière entre athlétisme et danse. Les mouvements exigent autant une grande résistance physique qu’un profond sens de la poésie du corps.
    Les spectateurs, lycéens sensibilisés à la danse dans leurs établissements, pouvaient apprécier le langage corporel. Olivier Catalan, du lycée Jean-Rostand à Chantilly, n’analysait pas encore le spectacle à la sortie : « C’était bien » disait-il, encore sous le coup du cauchemar claustrophobe.
L'Union

01/04/2014

Danser devant le jury

Une candidate dans
la catégorie Jazz/modern jazz.
Qu’est qui créé cette ambiance, à la fois attentive et fébrile, dans la grande salle du Mail au milieu de l’après-midi ? C’est parce que presque spectateur montera à son tour sur scène pour faire preuve de son talent.
    Le théâtre accueille le concours de la Fédération régionale de danse Champagne-Ardennes. Plus de 250 candidats tentent de se qualifier pour le concours national en mai prochain. Il faut pour cela une note d’au moins 16/20.
Les membres du jury.
    Chaque danseuse – et chacun des quelques danseurs – doit tout faire voir dans un passage de quelques minutes. La tension est permanente. Un fragment de bande sonore accompagne la démonstration, devant un jury bienveillant mais implacable. Le nom des lauréats ne sera annoncé qu’en fin de journée.
L'Union

27/02/2014

La théorie des genres en dansant

Tout n’est pas ce qu’il paraît dans
 cette image de deux danseuses.
Une femme nue, assise par terre dos au public, met un collier de perles, puis des chaussures à talon aiguille, signes de l’éternel féminin, séduisant, vulnérable. Mais au fur et à mesure qu’elle s’habille en tailleur sévère, elle se redresse, devient une de ces femmes puissantes qui font peur dans les conseils de direction.
    « T.I.N.A – There Is No Alternative » du chorégraphe laonnois Benoît Bar a fait un passage discret par le Mail, pour une représentation à l’intention des programmateurs d’autres théâtres.
    Trois danseuses dissèquent la ligne de démarcation entre le masculin et le féminin, les rôles biologiques et sociaux, les préoccupations, comportements et attirances. « Quand on s’approche de la limite, de drôles de choses se passent » selon Benoît Bar.
    A la différence de ses autres spectacles plus narratifs déjà vus à Soissons Mail, tels « Canapé(s ) » ou « Les trois ours », « T.I.N.A » explore les images et mouvements qui dénotent une femme. En fait, il s’emploie à invalider le titre : « Il n’y a pas d’alternative ». Les avatars de femme qui se succèdent sur scène tordent chacun le cou aux idées reçues, par les rictus du visage, gesticulations du corps. Une femme poupée en robe rouge s’agite comme un pantin, sans grâce aucune.
    Le spectacle verse sa pièce au débat sur la théorie des genres par cette étude des femmes. Cependant, son apparente transparence n’empêche pas que tout n’y est pas ce qu’il paraît. Il faut rester jusqu’à la fin.
L'Union


30/01/2014

La danse fait réagir les spectateurs

Une soirée de ballet classique crée une curieuse tension dans la salle, qui ne déborde qu’à la fin. Le programme du Ballet de Biarritz au Mail s’est terminé dans de longs tonnerres d’applaudissements. Les spectateurs reconnaissaient bien sûr la qualité du spectacle, mais leur forte réaction ressemblait aussi à une libération physique.
Les danseurs se relèvent sous un énorme assemblage
 de vêtements dans « Une dernière chanson ».
    Dans les chorégraphies de Thierry Malandain, des danseurs  de formation classique interprètent des ballets contemporains. Toute trace d’effort, de lourdeur, est donc effacée, subordonnée à la ligne aérienne du corps. Le public absorbe l’exploit corporel, et sa réaction en est le retentissement.
    La troupe était déjà venue au Mail en 2011 avec trois ballets, dont deux, « La mort du cygne » et « L’amour sorcier », étaient à nouveau au programme, permettant d’en apprécier l’évolution. Malandain donne le rôle rendu célèbre par Anna Pavlova à trois danseuses qui, au lieu de s’efforcer de l’accueillir avec élégance, se battent contre la mort. « L’amour sorcier », sur les obsédants rythmes de Manuel da Falla, nous plonge dans un conte magique où le jeune revenant emmène une fille vers le monde des ombres.
    Dans le ballet d’ouverture, « Une dernière chanson », des paysans dansent au son de chants moyenâgeux, avec une joie communicative. Les changements et échanges continuels de vêtements prennent fin lorsqu’ils sont tous happés par une énorme couverture de vêtements assemblés. Un seul couple presque nu en émerge, prêt à recommencer la ronde.
L'Union

18/12/2013

Le corps au théâtre

 Une « classe à horaires aménagés théâtre » (CHAT) avait été établie au collège Saint-Just il y a deux ans, en classe de Sixième. Quand ces élèves-là arriveront en Troisième l’année prochaine, chaque niveau du collège aura donc sa CHAT.
Les Cinquièmes en mouvements d'ensemble.
    Etudier le théâtre sans passer devant le public serait un non-sens, et le coordonnateur Philippe Chatton a organisé un spectacle de fin de trimestre pour les Quatrièmes et Cinquièmes. Au lieu de réciter des textes, pourtant, les élèves ont… dansé, sur une chorégraphie de Benoît Bar, qui intervient depuis la rentrée. En réponse à la question « Pourquoi la danse dans une formation de théâtre ? » une douzaine de doigts se sont levés ; ces jeunes montrent déjà leur assurance et leur engagement. Les réponses vont dans le même sens : la danse aide le corps à bouger, les émotions à s’exprimer, renforce la présence sur scène. Pour le chorégraphe, il faut reconnaître « le corps au théâtre ».
Les Quatrièmes s'engagent dans un voyage funeste.
    Avec plus au moins de grâce, selon que chacun sentait son corps comme un mécanisme à maîtriser, ou un allié dans le mouvement, les plus jeunes ont présenté un travail d’ensemble, où chaque individu était d’autant plus distinct qu’il participait pleinement au groupe.
    Les élèves les plus expérimentés sont ensuite rentrés en scène, en manteau, avec chacun une valise, la mine défaite. La musique yiddish urgente d’accompagnement ne pouvait qu’évoquer des départs funestes, un reste de la vie d’avant enfermé dans le sac. Isolement, soutien mutuel, bousculades : ils sont passés par tous les stades du drame.
    Ces jeunes danseurs ont réussi, non pas seulement à produire un spectacle acceptable pour des spectateurs indulgents, mais à toucher, émouvoir, interroger n’importe quel membre du public.
L'Union

07/12/2013

L’épate irlandaise subjugue la salle

Au 19e siècle, la danse suscitait une telle passion en Irlande que les gens se retrouvaient même aux carrefours pour danser tard dans la nuit. Ils cherchaient à briller, à épater, par l’agilité, la vitesse, la complexité des pas.
    Un long chemin a été parcouru pour arriver à la célébrité actuelle de la danse irlandaise dans le monde. Ses racines rurales ont été recouvertes pour les besoins du monde du spectacle : les projecteurs, le strass, les micros collés sur le plateau pour amplifier le bruit des talons qui le tambourinent en témoignent. Ce qui survit intact est l’énergie, et c’est sûrement pour cela que la grande salle du Mail était bondée pour la visite retour de « Celtic legends », ses sept danseuses, cinq danseurs, et ses musiciens sur scène.
    Ce qui caractérise l’ensemble, musique et danse, est sa précipitation. Ses rythmes urgents, presque furieux, semblent vouloir faire perdre pied aux spectateurs. Ils réagissent en criant et en tapant dans les mains.
    Un tel spectacle confirme la vitalité d’une culture populaire qui soutient un peuple. Elle illustre l’énergie que mettent les Irlandais à danser, à chanter, à parler, à lutter.  « Danser c’est comme se battre » disait quelqu’un.
L'Union

09/11/2013

Les guindés se déguindent

Nous laissons nos affaires et montons sur la scène du Mail. Un maître d’hôtel nous place sur les chaises qui entourent le plateau, nous sert une flûte et de petits canapés. L’ambiance est mondaine, voire guindée. Un danseur esquisse quelques pas devant nous, se confondant en gestes d’amabilité. Seule tache au tableau : une danseuse assise sur le canapé se cache derrière sa plante verte. Sa timidité vaut en fait un refus du jeu social qui l’entoure et, lorsqu’elle émerge, elle poursuit sans retenue sa vie de couple avec son partenaire. Lui ne peut que s’y prêter, tout en tentant de garder les formes pour nous. Bouderies, violences, réconciliations et sociabilité : le ballet « Canapé(s) » illustre brillamment les démarches contrastées masculine et féminine, dont le côté « m’as-tu vu » de l’homme, l’obstination de la femme.
Entre Vincent Huet et Emmanuelle Gouiard,
le chorégraphe Benoît Bar répond
 aux questions après le spectacle.
    Le ballet se termine par un grand pas de deux, extatique autant que décalé. Les spectateurs ne sont plus un frein mais une source de complicité. Le discret maître d’hôtel – qui s’avère être le chorégraphe de la pièce, Benoît Bar – est atteint par ce paroxysme, et se met à guincher derrière son buffet, en balançant des paquets de fleurs sur le couple.
    Ce trajet, qui part des superficialités de la mondanité pour arriver à une intimité partagée, toujours sur le ton de la légèreté et l’humour, explore les relations homme-femme avec une profondeur inattendue. Les danseurs ne ratent aucune mimique, aucune émotion.
L'Union

30/09/2013

La saison du Mail à la carte


Aurélien Kairo traduit la mélancolie de Jacques Brel.
La traditionnelle présentation de la saison du Mail à son public a un petit côté cocasse. C’est comme si, avant d’aller au restaurant, nous écoutions le maître d’hôtel lire toute la carte. Une vidéo illustre chaque plat et ses ingrédients, suivie d’un hors d’œuvre, offert gracieusement pour mettre les futurs dineurs en appétit.
    Ainsi, le directeur de la programmation a annoncé des valeurs aussi sûres que le bœuf bourguignon : Jacques Higelin, Romane et Richard Bohringer. D’autres, appréciés par les spectateurs, comme le jazzman et conférencier Antoine Hervé l’année dernière, sont resservis aussitôt. Les orchestres de Picardie et Les Siècles inviteront à leurs banquets. Les ouvriers musicaux de Zic Zazou seront de retour, servis cette fois avec l’Harmonie municipale de Soissons. Les cygnes du ballet de Biarritz mourront à nouveau sur scène. Bien d’autres mets, en théâtre, musique, danse, humour et pour les jeunes, seront à déguster pour la première fois.
    Après cette introduction, le danseur hip-hop Aurélien Kairo a réagi aux chansons de Brel, en vieil homme revigoré par ses souvenirs des femmes dans sa vie. Virevoltant de jouissance ou mélancolique, audacieux ou timide, l’artiste traduit dans son corps la force, la tendresse et les peines de cœur du chanteur. Son spectacle donne envie de revenir goûter la suite de la saison.
L'Union

21/06/2013

Pascal Giordano danse avec les arbres

 Pascal Giordano danse dans les jardins de Droizy.
Un danseur ne danse pas dans un vide, mais dans l’espace qui l’entoure. En 2010, nous avons vu « Chant à la liberté sauvage » de Pascal Giordano dans la salle des fêtes au sous-sol du Mail. Pour « Jardins en scène » il a refait son solo au donjon de Droizy. L’espace ici est fait de gazon, d’arbres, de pierre, du ciel bleu au-dessus.
    Rencontré la veille, il a parlé de la danse. « Ce matin dans le train j’ai répété, c'est-à-dire que j’ai écouté la musique et pris mes repères. » Le cadre modifiera la danse. « Je peux tenir compte de cet arbre-là. Une fois, une volée de canards est passée, et le public était surpris de voir que je les suivais à travers le ciel. » Adapte-t-il sa danse aux réactions du public ? Que faire si un spectateur s’endort ? « Je le laisse, en me disant qu’il y a peut-être quelque chose d’apaisant pour lui dans la danse. »
    Pascal Giordano parle de tout avec douceur. C’est comme si la pratique intense de la danse libérait le corps de toute l’agressivité qui parasite les hommes, en dégageant l’énergie qu’il faut pour danser. Le lendemain, en dansant, il réussit l’exploit de faire croire que tel geste surgit de son corps, et de ce qui est autour, non pas parce qu’il est chorégraphié ainsi. L’impression de routine est écartée de ses performances.
L'Union

11/06/2013

L’art abstrait du hip-hop

Farid Berki, derrière à gauche, avec ses six danseurs
Le chorégraphe hip-hop Farid Berki admet volontiers l’influence sur son travail du peintre Kandinsky. Ce maître de la fragmentation élimine toute représentation figurative, n’admet que « la nécessité intérieure » comme ordonnatrice d’un tableau.
    « Vaduz 2036 » présenté au Mail est un titre kandinskien pour une œuvre abstraite. Elle ne traduit ni sens ni émotion. Le seul sujet est l’humain en motion.
    Le ballet classique subordonne tout à la ligne du danseur, tête, corps et membres dans une relation presque liquide. Le hip-hop, au contraire, fracture sciemment les mouvements, les décortique presqu’avec insolence. Les membres se désarticulent, faisant de la danse une analyse en même temps qu’une fête du corps.
    « Vaduz 2036 » met en sourdine le côté spectaculaire du hip-hop. Un danseur fait tourner longuement son corps horizontal sur le pivot d’une main, exploit autant que les 32 fouettées, toujours applaudies, de l’acte II du « Lac des cygnes ». Mais il est derrière les autres, et à l’ombre. Rien ne doit amorcer la recherche d’une histoire. Farid Berki vise à susciter une méditation active sur le sens de la danse, rien de plus, rien de moins.
    Est-ce parce que la tournée de ce ballet se termine à Soissons qu’après la fin chaque danseur est venu au milieu donner son échantillon du hip-hop genre « Regarde-moi que je t’époustoufle ! » ? Un moment, ému, on aperçoit l’histoire de chacun.
L'Union

04/06/2013

Le hip-hop de retour au Mail

Les danseuses posent pour la photo dans le couloir des loges.
Le théâtre de Suresnes, par sa structure « Cités danse connexions », encourage la danse hip-hop, qui attire une nouvelle population au théâtre. Il s’agit pourtant moins de remplir la salle que de miner ce nouveau trésor de la danse, d’enrichir le répertoire de la danse contemporaine, en utilisant le vocabulaire du hip-hop pour créer un nouveau langage.
    Suresnes avait déjà envoyé le ballet hip-hop « Asphalte » à Soissons en 2012. Cette fois, sept danseuses ont présenté deux pièces. Dans « Elles » de Sylvain Groud, cinq d’entre utilisent des mouvements et même la parole, entre humour et gravité, mais avec une gouaille constante, pour montrer ce qui les fait danseuses.
    « Royaume uni » d’Angel Preljocaj met en scène quatre « reines », chacune avec son trône, chacune avec le style qui reflète sa personnalité. C’est en retirant son regard des gestes individuels que le spectateur unit l’ensemble qu’elles forment.
    Tout comme l’air paraît porter un danseur classique, ici les danseuses semblent parfois « dansées » de l’intérieur, malgré elles. La danse aime titiller les lois de la physique.
    Le spectacle, en tournée depuis un an, s’est terminé à Soissons. Et maintenant ? « Chacune partira vers de nouveaux projets » répond une responsable du théâtre de Suresnes, venue au Mail pour l’occasion. Le hip-hop n’a pas fini d’irriguer le ballet.
L'Union

12/04/2013

"Nouvelles virtuosités" : danseurs classiques au Mail

Samuel Murez (à droite) et Hugo Zigliotti dans « Me2 ».
Les douze danseurs sur la scène du Mail, huit hommes et quatre femmes, appartiennent au monde très structuré du ballet classique. Mais entre leurs prestations à l’Opéra de Paris, avec ses hiérarchies et traditions, la petite structure « 3e étage », animée par Samuel Murez, leur permet de se libérer, prendre un autre ton, expérimenter, même tourner en dérision leur pratique classique. Ils manient l’humour, se lancent des défis comme dans la danse irlandaise, tout en maintenant les formes du classique.
    La danse est fondée sur le rapport du danseur à son corps, et ce rapport est au premier degré dans la danse contemporaine. Un danseur classique, cependant, semble vivre en plus une relation avec l’air. Loin d’être un élément à vaincre par l’effort, l’air le porte, complice de ses pas.
    Bien sûr, cette légèreté n’est que le fruit d’une formation longue et intense, qui gomme tout signe d’effort. Un pas de deux dans le spectacle au Mail trahit sciemment ce secret. Les danseurs s’enlacent, se séparent presqu’en apesanteur. Mais chacun porte un micro, et la salle entend le souffle s’intensifier, le bruit de l’effort physique.
    Le spectacle contient bien des moments forts, comme « Me2 », étude de la dualité dans un paroxysme quasi-schizophrène. Il reste fragmentaire, pourtant, avec son ambiance de cour de récréation. L’envie vient de voir ces danseurs se mesurer aux grands rôles du répertoire.
L'Union

23/03/2013

Pour Giselle : l'équation vitale

"Giselle" est le seul des grands ballets où la danse fait partie de l'intrigue – alors que dans "Le lac des cygnes", par exemple, elle traduit une histoire qui n’a en elle rien à faire à la danse.
Le chorégraphe Michel Hallet Eghayan.
    Dans la version classique, Giselle, timide paysanne éprise de danse, meurt en apprenant la trahison de son amant. Au second acte, elle rejoint les Wilis, vierges mortes avant le mariage et qui se vengent des hommes, en les faisant danser jusqu’à en mourir. Giselle intervient pour sauver son amant.
    Il s’agit quasiment de deux ballets : la vie de village, puis la forêt hantée de créatures blanches.     « Pour Giselle », présenté par le chorégraphe Michel Hallet Eghayan au Mail, resserre les deux parties en une équation vitale : « Au premier acte la joie de la danse mène à la mort ; au second, la danse fait émerger la vie de la mort. »     Loin de mener la danse, Giselle est menée par elle, malmenée même. De la rencontre voluptueuse avec l’amant du début à sa véhémence en le protégeant à la fin, elle incarne une force qui dépasse même la mort.     Les Wilis ne sont plus de gracieuses danseuses alignées sur pointes, mais de terrifiants revenants voilés qui consument leur victime comme des méduses. La puissante partition de Jean-Christophe Désert ne retient que de rares échos de la musique originelle d’Adam. La scène, vidée jusqu'à dans les coulisses, avec une batterie de projecteurs de chaque côté, créé un espace où la vie et la mort se confrontent.
L'Union

12/01/2013

« Langsam » : la pure contemplation

Dans un ballet, si somptueux que soit la musique, si subtile l’éclairage, c’est généralement la danse qui monopolise l’attention et épate la salle.
Estelle Chabretou
    Pascal Giordano crée un autre équilibre dans « Langsam », sujet inspiré par le poète allemand Erika Burkat, et qui évoque le « mouvement lent », comme celui d’une composition musicale. La bande sonore dépasse l’accompagnement, pour devenir partie intégrante du spectacle. L’éclairage s’y joint, allant du blanc chaud au bleu glaçant. Les danseurs, trois femmes et un homme, sont mus par la musique, se fondent dans la lumière.
Pascal Giordano
    Les sublimes acrobaties de la danse classique sont loin. Ces corps parlent de l’humain et de ses efforts. Parfois, les bras qui font des moulinets donnent même un aspect facétieux.
De g. à dr. Pascal Giordano, Aurore
 Godefroy, Lucie Blain et Estelle Chabretou
    Le chorégraphe y voit «un voyage traversé de lumières et de temps » ; mais aucune interprétation n’est imposée. « Langsam » amène le spectateur dans l’espace entre la compréhension et la sensation, celui de la pure contemplation. C’est un défi, pas facile pour tous à relever, car le cerveau cherche une histoire, une signification. L’émotion sourd cependant à la fin, portée par « Morgen » de Richard Strauss.
    Le spectacle a été répété à Soissons en octobre 2011, dans le cadre d’un partenariat régional, et crée au Centre culturel de Tergnier un mois plus tard. Depuis, Pascal Giordano a ajouté une troisième danseuse, et s’est effacé quelque peu. « Ca me permet de prendre un peu de distance. »
L'Union

22/11/2012

La danse pour les Maternelles

Laurence Meisterlin et Katia Petrowick
La danseuse et la percussionniste devaient se produire deux fois au Mail pour des classes de Maternelle. Mais la demande est telle que trois représentations supplémentaires de « Cong cong cong » sont programmées.
    Katia Petrowick a dansé à Soissons avec la compagnie du Guetteur, et Laurence Meisterlin a joué ici dans « Carmen » des Concerts de poche. Elles s’associent pour sensibiliser de jeunes enfants aux notions de la danse et de ses rythmes. Ce spectacle lance les « Rencontres chorégraphiques », par lesquelles les classes participantes travailleront ces notions avec leurs enseignants, aidés par Katia Petrowick. En avril 2013 chaque classe montera son spectacle pour toutes les autres.
Laurence Meisterlin fait des bruitages avec ses mains.
    Le spectacle présente la danse, rythmée par des instruments, mais aussi par des bruitages faits avec les mains et les doigts qui tapent sur la peau, les vêtements, par terre. « Pourquoi vous avez frappé avec les mains ? » demande une petite élève aux artistes. « C’est la musique ! » répond la musicienne. En effet, le spectacle démontre que la danse et le rythme n’ont besoin que du corps humain et de son ingéniosité. La chorégraphie révèle aux enfants l’abstraction naturelle de la danse, égrenant des idées, des trouvailles, des gestes sans en faire une histoire. Elle a conquis les spectateurs, tout en les faisant bien rire.                   L'Union

12/06/2012

Des galipettes hip-hop


Pendant que le public entre au Mail pour assister à une manifestation de la culture officielle, trois jeunes danseurs l’amusent et s’amusent devant les portes, au son d’un CD. Ce sont des membres du groupe soissonnais de hip-hop « Substance crew ». Ils veulent bien en parler, mais leur vraie éloquence, empreinte d’audace et d’humour, jaillit de leur corps.
    Le temps de prendre cette photo, Teescha et Dir Purple (ce sont leurs noms de scène) se calent sur les mains, alors que derrière eux Billy Jim reproduit imperturbablement ses galipettes, la tête en bas.
L’Union

22/05/2012

Les sirènes de Septmonts


Satya Roosens scrute le visage
 de Mirte Courtens dans l'eau de l'étang.

Les spectateurs, assis dans l’herbe le long de l’étang de Septmonts, en face d’une plateforme flottante, voient trois danseurs-nageurs – deux femmes, un homme – émerger de l’eau, y replonger, se rouler sur le radeau, y danser. Le ballet « Two sink, three float » de Satya Roosens en fait des créatures marines. Entre le mâle et les deux femelles, toujours aux aguets, s’engage une relation d’attirance, de rejet, de chasse, d’agression, toujours aux aguets. La chorégraphie traduit puissamment ce comportement de phoques mais, paradoxalement, ne rend que plus éloquente, plus poignante, la nature humaine des danseurs.
L’Union

31/03/2012

Un corps de femme


Une femme arrive sur scène, faisant péniblement avancer une énorme pomme, comme Sisyphe son rocher. C’est le corps du délit, le fruit par lequel Adam, tenté par Eve, a assumé sa nature humaine et ses désirs d’homme, dont la soumission, la séduction et la distraction de la part des femmes.
La cantatrice hurle son air.
    Dans « La tentation d’Eve » Marie-Claude Pietragalla assume toute seule les rôles que plaquent sur son corps les hommes, dont la femme d’affaires aux talons vertigineux, la danseuse, la cantatrice, la ménagère rendue complètement folle par son balai à wassingue et ses produits de nettoyage. A chaque fois l’énergie du personnage s’effrite, ses gestes assurés se cassent.   Elle est dans une prison à de multiples cellules. L’armature d’une crinoline, symbole d’élégance féminine, devient littéralement une cage.
    Dans la danse classique, la ligne pure du corps impose sa grâce aux mouvements. Pietragalla, qui a été danseuse classique, rompt continuellement cette ligne, ses membres bougeant comme indépendamment les uns des autres. Elle ne recule devant aucune forme d’expression, touchante, comique, plaintive, grotesque.
    Dans un « pas de deux » sûrement inédit dans l’histoire de la danse, une star sur le retour, en longue robe noire aux épaules emplumées danse, sur une chanson de Barbara, avec une cigarette, ou plus exactement avec les traînées et volutes de la fumée qu’elle en tire.
    Pour finir, cette Eve se met à rire aux éclats. Elle enlève son dernier costume d’apparat et, dans sa tunique courte couleur chair, reprend sa pomme, le fardeau qu’elle porte depuis que, par son fait, les créatures éthérées du jardin d’Eden ont pris conscience de leur chair et toutes ses failles.
L’Union

20/02/2012

Asphalte : explorer l’identité du corps


Un grand bloc domine la scène, tour à tour sombre ou lumineux. Il change constamment de couleur. La danseuse et les quatre danseurs d’« Asphalte » défilent devant, passent derrière et repassent devant. Cette progression se répète à l’obsession. Mais le rythme, l’allure, l’attitude ne se répètent jamais.
    Alors que la danse classique impose des lignes allongées, une apparence de légèreté, le hip-hop accueille le poids qui tire le corps vers le sol, et montre l’effort pour l’en détacher. Un danseur hip-hop défie la gravité, mais ne cache pas la force qu’il lui faut.
    Loin de décrire les arcs et arabesques du classique, ces danseurs cassent les lignes, font danser chaque partie du corps, comme si elles n’étaient pas solidaires les unes des autres. D’étonnants mouvements de vague traversent les bras tendus d’une main à l’autre. En silhouette noire devant le bloc éclairé, même les doigts dansent longuement.
    Le chorégraphe Pierre Rigal vient de l’athlétisme, mais sa danse n’est pas acrobatique. Le spectateur n’applaudit pas l’exploit, il s’étonne de sa beauté.
    Si la danse est l’écriture par le corps, il s’agit ici du langage poétique, saturé de sens, non narratif. Dans une quête d’identité, avec ses affrontements et son humour – la salle rit souvent – les danseurs explorent le corps, même ses côtés monstrueux.
     Loin d’être vidés après le spectacle, les cinq refusent un simple alignement pour la photo. Yoann Nirennold s’accroupit devant, Christopher Rouyard et Camille Regneault se penchent contre le mur, et Julien St-Maximin se perche sur les épaules de Mathieu Hernandez. Le temps de la prise, ils prennent un air buté, puis les sourires reviennent.     L’Union

31/01/2012

« L’homme à tête de chou » : la chaise vide


Une vieille chaise de bureau à roulettes, renversée, occupe seule la scène. Un danseur entre, la regarde et la redresse. Quelqu’un et quelque chose sont absents. Cette absence planera sur « L’homme à tête de chou », spectacle chorégraphique de Jean-Claude Gallotta tiré de l’album de Gainsbourg, dans lequel un amant jaloux tue une effrontée shampouineuse avec un extincteur. Alain Bashung raconte ce fait divers sordide sur la bande sonore.
    La chaise serait le cercueil prémonitoire de la mort de Marilou. Mais elle est autant l’absence de toute raison ou réflexion chez les personnages. Ils ne pensent point aux conséquences de leurs passions et paroxysmes, se lancent à corps perdu, et le corps est perdu.
    Treize danseurs accompagnent la musique. Gallotta n’a recours à l’anecdotique que pour l’assassinat, représenté au ralenti par plusieurs couples simultanément, comme dans ces jeux de miroirs qui réfléchissent à l’infini. Pour le reste ils dansent, en parallèle à l’histoire, les sensations, attirances, violences et folie qu’elle suscite. Une sexualité exacerbée s’empare des corps.
Jean-Claude Gallotta parmi les danseurs.
    Un homme nu est amené sur la chaise, face à la salle et portant une tête de singe. Il l’enlève, s’habille, et danse avec sa partenaire le duo le plus lyrique du ballet. Le sublime côtoie le dégradant. Enfin, la folie les écrase tous, titubants dans le vide.
    Le style de Gallotta se reconnaît dans les brusques pas à l’intérieur de mouvements d’ensemble, mais surtout dans l’individuation des danseurs, leurs visages, leurs corps et leur interprétation. Loin est l’image du corps de ballet sévèrement aligné, des cygnes au plumage de tête uniforme.
    Le spectacle, et les danseurs, dégagent une énorme puissance, et le public l’a reconnue en leur faisant une ovation. Gallotta, présent dans la salle, les a rejoints sur le plateau.
    Gainsbourg a pris le thème de la célèbre « Oh Malou, oh Marilou » des premières notes de la sonate « Appassionnata » de Beethoven. Cela aurait pu être le titre du spectacle.
L'Union