02/03/2005

Didier Lhotte équilibriste de la danse

La danse traditionnelle française, les « bourrées, les « pas d’été », déjà amoindrie par l’industrialisation de la société, est encore affaiblie, comme en Picardie, par la guerre de 14‑18. Le collectage » par des chercheurs comme J.‑M. Guilcher, et la fondation en 1952 par Jacques Douai d’une troupe professionnelle, Chants & Danses de France, apportent un renouveau d’intérêt.
    Didier Lhotte a vu son premier spectacle en 1969, et l’inspiration reste intacte. Etudiant à Versailles, il commence à danser avec une troupe amateur parisienne. Devenu psychologue à Soissons, «chaque soir pendant trois mois, j’allais après mon travail danser à Paris. On se maquillait dans la voiture
     C’est un monde de rivalités. Après treize ans, il est «remercié»  - «c’est à dire viré» - pour avoir gardé des relations avec Jacques Douai. «Avec son encouragement, j’ai établi une structure à Soissons en 1984.» Il chorégraphie les spectacles, dont «La Malle à Danses», tour de France de la danse régionale, en assumant le paradoxe qui consiste à mettre en scène ce qui se pratiquait à l’origine pour le plaisir, non pas pour être regardé. La préoccupation de Didier est de garder un équilibre entre la fidélité aux sources documentées, et le besoin de tenir le public. «Dans un pas d’été, tel qu’il était dansé, un spectateur ne verrait qu’une rangée de fesses. Nous l’avons ouvert, adapté.» Certains cercles folkloriques sont prompts à cibler cette «trahison». «Chaque fois, j’explique le choix qui a été fait. D’ailleurs, c’est souvent nous qui avons raison
   A Ressons‑le‑Long, une pièce de la maison de Didier et sa femme Dominique, danseuse elle aussi, est réservée à l’activité de Chants & Danses. «Même le grenier de ma mère est rempli de nos costumes
    Avoir une conversation avec Didier, c’est trouver la table vite recouverte de livres, de revues. Pour chaque date, chaque information, il sort une référence. Les spectacles, les stages (plus de deux cents), les livres, les documents chorégraphiques, les partitions, les enregistrements, tout est archivé. «Il faut avoir la connaissance de ce qu’on fait.» Est‑il aussi méticuleux, aussi documenté, dans son travail actuel avec des adolescents ? «Pas du tout ! Si je notais tout, je ne pourrais pas écouter. Ou je n’entendrais que ce qui est dit, sans apercevoir ce qui s’exprime dans le regard, les gestes.»
     Avec son air conciliant et ses cheveux roux - «Ça c’est la Normandie de ma mère» - il serait tentant de voir en Didier Lhotte un doux fervent d’une tradition devenue confidentielle. Ne nous trompons pas : c’est un poids lourd, de renom national, dans la promotion de la grande tradition d’une France qui dansait, et qui danse encore.
L'Union

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