07/06/2006

Nadine Masson et la croix huguenote

Présidente du Conseil Presbytéral de la Paroisse Réformée des Disséminés de l’Aisne. L’engagement de Nadine Masson est énoncé par le titre qu’elle porte. Elle veille sur la communauté protestante de Soissons et Villers-Cotterêts, de Laon et de Tergnier, une petite centaine de familles.
    Son grand-père, alsacien protestant, venu à Douai dans le Nord après un divorce, avait épousé une jeune femme catholique. Exclus de l’église, ils se marient au temple, et leurs enfants sont élevés protestants. « Ma grand-mère est restée catholique dans l’âme » se rappelle Nadine. « Cela nous intriguait de l’entendre prier les saints, par exemple pour retrouver un objet perdu. »
    La mère de Nadine se marie à son tour avec un Catholique, et Nadine et son frère naissent à Valenciennes juste avant la guerre. En 1940, son père est tué sur le front. La jeune veuve s’essaie au commerce sans succès, et devient directrice d’un hospice de vieux. « C’est là que j’ai appris le contact avec les gens. »
    Adolescente, Nadine rencontre son futur mari Serge pendant la préparation de leur confirmation. Seuls deux ans de service militaire au Maroc pendant la guerre d’Algérie les ont séparés depuis.
Après le bac, Nadine suit une licence d’Allemand à Lille. Que pensait sa mère de ce choix de la langue de ceux qui avaient tué son mari ? « Ce n’est qu’après sa mort que j’y ai réfléchi. Elle ne parlait pas de tout cela. »
     Une bisbille avec la philologie française retarde sa licence et, sans attendre le CAPES, elle devient « adjointe d’enseignement ». Serge et elle se marient et vivent à Cambrai pendant sept ans. Dessinateur industriel, Serge passe un concours pour devenir enseignant aussi.
     En 1969 ils sont mutés à Soissons, où un paroissien les accueille et les aide. Après un congé pour se consacrer à leurs trois fils, Nadine reprend son poste, obtient le CAPES, et continue jusqu’à la retraite.
     Elle occupe son poste de présidente depuis douze ans. « Nous nous sommes réunis des années sans pasteur. A présent, celui de St Quentin vient deux fois par mois. »
    « En tant que Protestante » dit-elle « je me sens très libre, responsable directement devant Dieu, sans compter sur un prêtre. » Entre le grand mystère de la foi pour les Catholiques, et les certitudes armées des fondamentalistes évangéliques, où se situent les réformés calvinistes ? « La foi, c’est fait d’un tas de petites choses. Nous n’arrêtons jamais de débattre entre nous du sens de la Bible. C’est notre voie. »
    Nadine Masson dit son appartenance à une minorité qui ne se sent ni supérieure ni inférieure, mais distincte. Par la croix huguenote qu’elle porte au cou, elle se rattache à la longue et souvent pénible histoire du protestantisme en France. Rester séparé implique non seulement des convictions religieuses, mais de la ténacité pour les maintenir, pour se maintenir.

L'Union

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