20/10/2006

La voix de la cathédrale : cinquantenaire des grands orgues


Affiche de 1956

Un orgue est la voix d’une église. Il fait partie de sa matière. Les humains, avec leurs paroles et leurs chants, entrent et sortent, mais l’orgue est à poste fixe, comme les piliers, les voûtes, les chapelles. Cependant, il est fragile comme une voix humaine, et demande des soins constants pour résister aux agressions de son environnement immédiat, chocs thermiques, rongeurs, humidité.
Les orgues de Soissons ont eu une histoire complexe jusqu’à la Grande guerre, notamment avec le transfert de l’instrument de Saint Jean des Vignes après 1792. A partir de septembre 1914, les troupes ennemies sur les hauteurs de Pasly bombardaient la ville de Soissons, et des obus ont endommagé la cathédrale. Pour la Toussaint de cette année-là, l’orgue a pu encore être joué tant bien que mal, mais bientôt il était mis hors d’usage par d’autres obus. La voix s’est tue, pour longtemps. « La grande pitié de Soissons ! » disait-on. Après la lente résurrection de la cathédrale, se terminant en 1937, il était temps de penser à de nouveaux orgues. Mais la guerre a éclaté à nouveau, et les corps et esprits étaient occupés ailleurs.
Après la guerre, sous l’impulsion du Chanoine Henri Doyen, organiste et compositeur, et des Amis des Orgues de Soissons, les démarches ont recommencé. En 1952 le facteur d’orgue Victor Gonzalez a été choisi, et les travaux ont commencé. L’instrument serait un modèle « néo-classique » comme ils se faisaient à cette époque, entre orgue de concert et orgue symphonique, idéal pour la musique romantique, comme ceux de Limoges et de Beauvais.
Un témoin se souvient avoir tourné les pages pour Henri Doyen lorsque, à Noël 1954, il a réussi à jouer sur la moitié de l’instrument déjà installé. L’inauguration a eu lieu le 6 mai 1956, avec le faste et le protocole qui caractérisaient encore l’époque. Marcel Dupré est venu jouer. Le travail de Gonzalez, mort peu de temps avant, avait dû être terminé par un neveu.
Dimanche prochain, les cinquante ans des orgues seront fêtés. Un demi-siècle est bref par rapport à l’âge de la cathédrale, mais il marque la lente cicatrisation de cette grande blessure qu’était la guerre 14-18 dans nos pays. Le matin, il y aura une messe chantée avec les deux titulaires, Vincent Dubois aux grands orgues, Isabelle Fontaine à l’orgue de chœur. Après ce culte du matin, l’après-midi ce sera la culture, un récital par Isabelle Fontaine, dans lequel elle entend montrer la diversité du répertoire pour ces orgues. « C’est quand même impressionnant » elle admet, à l’idée de participer ainsi au cinquantenaire, elle qui est née vingt ans après l’inauguration. Elle fera entendre cette voix qui, à pleine puissance, paraît émerger des pierres mêmes de la cathédrale.
L’Union

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